A vos claviers, pour une histoire…

Petit atelier d’écriture, pour confinés… Sans aucune prétention si ce n’est de passer le temps et construire un petit rien ensemble, et seulement pour ceux que ça intéressera et si ça n’intéresse personne, ce n’est pas grave…

Je commence une histoire et chacun rajoute cinq ou dix lignes à tour de rôle, en commentaire en continuant ce qu’a écrit le précédent. Cela suppose un petit temps de pause entre chaque commentaire -le temps de pause imposé par Mediapart conviendra histoire qu’il n’y ait plus de corrections à faire dans le commentaire… Le temps de pause est nécessaire s’il y a de nombreux participants (sourire). A charge pour moi de coller chaque partie du texte dans le billet au fur et à mesure, avec au début de chaque séquence le nom ou le pseudo du participant… Et moi aussi, même si je commence, j’ai le droit de re-participer…

Je propose que l’histoire commence ainsi, la prochaine fois ce sera quelqu’un d’autre qui écrira l’entame… Ou pas…

butine

 

GTK Il était une fois un virus, qui a privé tout le monde occidental du printemps. Les bourgeons, les oiseaux, les fleurs, les feuilles, les abeilles, les bourdons, tous étaient là, au rendez-vous, sauf les humains. Ils sont tous enfermés chez eux. Cette obéissance soudaine, est effrayante. Tout peut arriver. La fin du monde ? Pas tout de suite ?  Plus rien ne sera comme avant. Des millions d’humains ne sortent plus de chez eux. Elle se demandait bien comment elle allait continuer ainsi, sans embrasser les arbres, sans toucher la terre, sans regarder les étoiles, quand soudain…

ZORGLAR La colline n’était pas là la veille. Il s’était réveillé un matin, très tôt, était sorti de chez lui ouïr la contempler. Il s'était fait un ordre de mission de marche, pour se rendre au travail, et là où s’étirait normalement la longue et morne plaine industrielle qu’il arpentait depuis tant d’années, il avait constaté une légère déclivité de la rue, d’abord insignifiante, mais qui peu a peu s’était accentuée, au point que son corps, retrouvant de vieux réflexes perdus de montagnard, s’était penché en avant et avait allongé le pas bien avant que son esprit plongé dans les pensées du quotidien ne ce fut rendu compte que quelques choses sonnait différent. Il regardait le pavé de ciment du trottoir devant lui, songeant au confinement, à l'épidémie mondiale, au film de la veille, aux amis sur Skype de plus en plus énervés, au conversations, aux réunions, aux actualités sinistres… mais le sol qu’il ne voyait pas imposa bientôt sa présence à son esprit occupé. Avant la déclivité, il remarqua une densification de cette micro végétation qui se tisse aux franges des pavés, les mousses et les plantes minuscules soulevant, écartant les plaques dures , et même quelques fleurs en ce printemps précoce ,éclosaint au ras des murs de briques…. Et les pavés disjoints peu a peu s’écartaient, laissant des travées de verdures de plus en plus touffues ; puis leurs angles s’ émoussaient en galets de jaspes, s'effritaient en plaques de schistes, ou se granulaient en calcaires étincelants sous le soleil déjà haut dans le ciel.

Ces petits riens le tirait hors de lui même, et il releva les yeux. La colline était là. Immense, verdoyante, bordée d’une foret qui grimpait en pente douce. Déjà il était au dessus des toits de la ville. Le ciel immense apparaissait au dessus. Déjà s’estompait les bruits. Tout un pan de la cité, vers l’est était devenu cette grande nature : il aurait pu redescendre, interroger, questionner, allumer son portable s’enquérir du pourquoi et du comment sur un site d’information, mais il était comme foudroyé par le charme de cette colline déserte sous le vent qui se tenait là comme si elle y avait toujours été. . Et plutôt que soupeser, il avait préféré jouir du miracle de ce silence soudain dressé devant lui et se glisser dans le murmure du vent.

Il parti en avant, sur la voie d’un chemin a peine dessiné à la lisière de la prairie et de la forêt, il marcha ainsi des heures sans fatigue sur un chemin de plus en plus étroit et escarpé : bientôt, les prairies et les forêts firent place aux plaques de granit, aux dures couleurs des pierres qui seules avec les choucas savaient la force de tenir face à la dureté du ciel… et bientôt, il n’y eu plus que les dalles du chemin dans un océan de brumes grises à travers laquelle se dessinait parfois l’éclat roux de la lune à l’horizon.

Lorsque la ville se ranima autour de lui, une partie de son être n’est plus là, et arpentait encore pour longtemps l’âpre chemin des brûmes… il remarqua  GTK de l’autre coté de la rue, un homme assis qui le regardait de loin. Un peu plus loin sur le même coté marche une vieille dame avec une canne. Péniblement elle s’avançe jusqu’à l’homme. Elle a un cabas accroché à son bras. Apparemment ils se connaissent. L’homme se lève. La vieille dame lui donne sa canne le temps de prendre un paquet dans son sac. Un sachet avec un sandwich. L’homme se rassied en lui rendant sa canne et ils discutent, comme de vieux potes… Je m'approche d’eux et j’entends qu’ils rient. Puis la dame est repart, tout doucement, comme elle était venue. Avant de partir elle dit à l’homme « à demain »…. J’ai pensé à la chanson « à demain sur la lune… » j’y pense chaque fois que quelqu’un dit "à demain"… Tout à coup

Le retour du silence KAMEL DAOUD. « Vous l’avez, on l’a tous, redécouvert, de nuit dans nos villes et villages. On a tous goûté à son eau glaciale et sauvage, même quelques secondes, quand on a fini de faire dormir les enfants et qu’on a tout éteint chez soi. Penché à sa propre fenêtre ou debout à l’heure tardive et nocturne, on a tous été surpris par ce vide soudain présent, cette immense immobilité céleste qui fait tourner le ciel et la terre, dans sa meule, mais sans aucun bruit audible. Dans la nuit, l’insonorité est un coup que l’on prend en pleine poitrine si, pour quelques secondes, on arrête de respirer, seul à sa fenêtre ou dans sa cour, chacun dans son coin dans notre monde menacé.

Imprévu, le silence revient avec nos confinements, doucement, s’écoule dans les rues, remonte les boulevards jusqu’aux balcons, ose même « couler » de jour, à la lumière comme une crûe immatérielle. Places publiques vides, boulevard déserts, avenues inhabitées, capitales inutiles. Le silence se montre en chose ancienne et oubliée et qui revient à cause de la rétraction des hommes et des machines, de la prédation de la « croissance » et de la consommation. Peu à peu, on se retrouve à se pencher non sur une rue, sa rue, son quartier, mais sur soi-même et sur ses propres responsabilités. Paradoxalement, le confinement débouche sur l’immensité et pas seulement sur l’enfermement. C’est l’une des plus vastes prisons que nous ayons construites. Peut-être pas pour tous, mais peu à peu, doucement, on s’y enferme. Morts, malades ou inquiets. »

FIN

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