Le courage politique

Hessel, Jacquard, l’abbé Pierre, de Felice, et tant d’autres nous manquent. Ils avaient le courage de leurs opinions. Nous sommes orphelins de voix fortes à gauche parce que tout le monde aujourd’hui fait de la politique politicienne, celle qui oblige à choisir un camp.

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« Je déteste la religion, le Coran est une religion de haine, l’islam c’est de la merde. Je dis ce que je pense, putain. Je suis pas raciste, pas du tout. On peut pas être raciste d’une religion. J’ai dit ce que je pensais, j’ai totalement le droit, je regrette pas du tout. Il y a des gens qui vont encore s’exciter, j’en ai rien à foutre. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci au revoir.» a dit la jeune Mila, peut-on lire sur Libération

Si je prends au mot tous ceux qui font un fromage de l’intervention de Mme Belloubet, et parce que même moi, mécréante, je sais que ces trois religions ont le même dieu, et que leurs livres ont beaucoup en commun, j’aurais donc le droit d’écrire en reprenant les mots de la jeune fille que la Bible, la Thora comme le Coran sont de la merde ? Sans être inquiétée peut-être et je n’en suis pas sûre, mais pas sans honte. Ceux qui font cela attisent la haine.

La Garde des Sceaux a dit a dit  dans un deuxième temps puisqu’elle a été sommée de s’expliquer : « Dans une démocratie, une menace de mort pour avoir exprimé ses opinions, c'était très grave. (...) D'une part, évidemment je n'ai pas voulu remettre en cause le droit de critiquer une religion, (...) et d'autre part, j'ai voulu dire que dans notre démocratie, les injures ou les discriminations à raison de l'appartenance religieuse, c'était une infraction, qui pouvait être grave parce qu'elle conduisait à la haine ou rejet de l'autre ».

L'article 24 de la loi du  29 juillet 1881 sur la liberté de la presse dispose que « Ceux qui, par l'un des moyens énoncés à l'article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende ou de l'une de ces deux peines seulement. »

La Garde des Sceaux est dans son rôle quand elle rappelle la loi. Elle a bien fait tout comme M Badinter a bien fait de rappeler que la violence pour tuer un autre même s’il est président de la République, n’a pas sa place dans une démocratie. De même qu'on ne menace pas de mort un autre à cause de ses opinions.

Hessel, Jacquard, l’abbé Pierre, de Felice, et tant d’autres nous manquent, eux aussi avaient le courage de leurs opinions. La violence contre les pauvres, les violences policières, les violences racistes, ils les dénonceraient, chaque jour, avec force et les dirigeants politiques se trouveraient empêchés de faire n’importe quoi.

Nous sommes orphelins de voix fortes parce que tout le monde aujourd’hui fait de la politique politicienne et que plus personne n’a le courage de ses opinions. Parce que plus personne n’écoute personne et que tout le monde condamne tout le monde. Pour rien.

Les droits des humains, les valeurs humanistes, le respect de l’autre, la liberté des autres, l’égalité des droits de tous, et la fraternité, ce serait juste bon pour les bisounours. Non. Non et non. Partout dans le monde, ils sont des millions à avoir donné leur vie pour ces valeurs. Ce sont les valeurs de notre humanité, inscrites dans une Déclaration universelle.

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