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Billet de blog 14 avr. 2022

Guerre ou Paix. La tentation de l'abîme (Partie 2)

L'information dirigée (ou propagande) a ceci de toujours étonnant: c'est qu'elle nous subjugue, et paralyse les esprits et les pensées. Qui en sort indemne? Et la propagande ne peut que travestir l'information , qu'il faut bien tordre. Elle a aussi le mérite aux yeux des gouvernants de pouvoir avancer une parole sacralisée autant qu'elle est improbable.

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Un déferlement de propagande

Le médias d information continue feraient  penser à « 1984 » de G. Orwell et à la lutte d’Eurasia contre Estasia.

Un bloc massif d informations à  sens unique nous est asséné . Rien n apparaît d’un journalisme informatif. Les bulletins d’information semblent parfois surgir des services de renseignement. Les journalistes ou les intervenants appellent à l’intervention armée, à l’accroissement souhaité du conflit , à la folie de la guerre. L’information devient un appel à la guerre ou nous y prépare.

Les informations regroupent quelques grandes catégories.

1)  «Nous allons vers la 3éme guerre mondiale», thème si rebattu que certains sembleraient le désirer, ignorant l angoisse  que peuvent créer de tels propos. Mais c est en même temps l’occasion  de montrer la Russie comme seule responsable. Des journalistes n’ayant aucune compétence déclarent qu’« il faut y aller »

2)  Tout ce qui est ukrainien est sacralisé et notamment son président et son armée, au risque de la perte de toute lucidité, l’objectivité devenant une notion qui est vidée de son sens.

3)  V. Poutine, plus encore que d’être « fou, dictateur, autiste, suicidaire, paranoïaque, un homme qui a perdu la raison, un forcené, atteint de démence»  etc... ne peut être que la réincarnation du mal absolu. Les « Deux Minutes de la Haine » (cf. le roman « 1984 »)se multiplient.

4)  Tout est vu à travers  l’émotion, émotion réelle de la part des peuples européens pour ceux qui sont victimes , mais qui est utilisée par les médias (quelle exception?) pour convaincre de la nécessité (sous-entendue) d’être  implacable, pouvoir justifier toute action future et viser des objectifs (militaires)qui ne sont pas communiqués, cachés, et dériver l’attention des responsabilités occidentales qui ont aussi contribué à cette situation.

L’émotion utilise de façon obsessionnelle les images des réfugiés, des dégâts infligés aux civils, sans aucune explication. L’émotion ne vise alors qu’à provoquer un réflexe d’adhésion instantané et à diaboliser l’autre camp. L’image bloque toute réflexion , simplifie la situation en une image sélectionnée qui ne donne aucun sens réel , sinon d’orienter exclusivement vers un parti pris.

Un seul mérite: l’aide que ces images peuvent susciter face à l’exode des civils.

Les agences de communication ont souvent été sollicitées pour influencer ,et peuvent faire basculer des pays (cas de la Grande Bretagne sous Mme Thatcher ou en Afrique de sud lors de l’apartheid).

«L’opinion , ça se travaille» a déclaré un officier supérieur de l’OTAN .

5)  A longueur de journée , nous sont transmis les avis et opinions d’ experts supposés , dont les fonctions sont un aveu criant de leurs opinions partisanes, jusqu’à cet extrême «d’officiers politiques de l’ OTAN» (qui pourrait être présentée , sur le plan stratégique, comme la grande ennemie de la Russie) ou de Radio Free Europe , financée par le Congrès américain (au départ par la CIA), ou de généraux anciens «commandeurs suprêmes» de l’ Otan ou d’ambassadeurs(avec, par définition, une absence totale de liberté de parole)

S’exprimera , par exemple, un intervenant de l'Atlantic Council, présenté comme un spécialiste (sur le site web, la présentation du Conseil est: «Le Conseil de l Atlantique … galvanise le leadership américain»

Un représentant d’ONG, très virulent contre les Russes, est en fait, par ailleurs(ce qui n’est pas dit), un conseiller de l’Otan.

L’Otan est  là  pour protéger ses alliés; c’est aussi une machine de guerre, en fonction de sa doctrine idéologique. qui sait  montrer, si elle l’estime nécessaire, son agressivité

Circulera même une vidéo présentée en boucle à titre d’information , qui s’avérera être une vidéo du groupe Azov (aux sympathies néo nazies).

6)  M .Macron voudrait se présenter comme le seul interlocuteur valable de M. Poutine ou en donner l’impression. Il peut seul lui en imposer et dispose d’accès privilégiés et se pose  en sauveur de la sécurité européenne. Mais ses déclarations et ses actes s’apparentent à  ceux d’un adversaire de la Russie. La communication fait alors de son échec la célébration d’un homme d’État en protecteur, garant de la paix comme de la guerre, et qui prétend dialoguer lorsque ses actes s’apparentent à ceux d’un belligérant. (Une auditrice dira: n’oublions pas que nous sommes en guerre).

7)  Rien n est montré de la véritable guerre. Ce ne sont que des images issues des réseaux sociaux, avec toute la désinformation qui l accompagne. Pourquoi ne connaît -on pas les opinions ou les explications, quelle qu’en soit la valeur, des camps opposés, leur compréhension de la situation , leurs justifications, qui nous permettraient de nous faire une idée éclairée et en tirer notre propre réflexion personnelle . Pourquoi les journalistes n’interrogent-ils  jamais aucun dirigeant ou chef militaire? Il y a un vide total dont personne ne s’ étonne . Les journalistes manquent à leur devoir le plus élémentaire, et simplement à leur travail. Les informations qu’ils répandent semblent dans certains cas venir de services de renseignement ou de bureaux de propagande.

On suggère pour pouvoir accuser; des crimes de guerre sont commis dans les deux camps mais un seul camp est accusé et on accuse sans preuves réelles, démontrées, indubitables (c’est à dire par des organismes indépendants, et non des journalistes).

L’éthique devient un mot d’une autre époque et la déontologie une curiosité.

Toutes les manœuvres de l’autre camp qui ont pu contribuer à dégrader la situation seront exagérées. Des images sont montrées comme illustrant la barbarie d un camp.

Tout est filtré de façon très étudiée , choisi, sélectionné, et les médias ne font que répercuter sans vérification.

La situation arrive à son terme lorsqu’il est visible que les journalistes n’en ont plus la perception et pensent délivrer une information correcte. Ils deviennent prisonniers de l’information qu’ils distillent.

Les seuls témoignages sur place sont ceux de journalistes  dans une ville, attendant jour après jour , sans avoir rien à dire d’autre que , par exemple, les rues sont vides et qu’il y a des check-points. Rien n est montré de la vie quotidienne des gens, ou si peu. Personne n’est interrogé ou si peu, alors qu’ils sont sur place…

8)  Des émissions comme Les grandes gueules ou T P M P n hésitent pas à aborder les grands thèmes de la guerre, de la géopolitique, de la stratégie militaire et émettent des avis définitifs , dans leur compréhension de tous les aspects d’une guerre où on ne voit ni les combattants, ni les terrains où les armées s affrontent. Un art de la divination se développe. Les saltimbanques se transforment en géopoliticiens et stratèges.

9)  C’est un des travers des médias: après les spécialistes de la Covid 19 , les médecins de plateaux, dont la compétence était sans doute inversement proportionnelle  à leur obsession des plateaux de télévision (jusqu’à l’ imposture de certains qui ont pourtant  été célébrés par les médias)  apparaissent les spécialistes de la guerre.

C ’est une règle générale qui s observe pratiquement toujours que la communication est en sens contraire de la compétence. Les raisons en tiennent principalement à deux facteurs: la personnalité particulière de l’intervenant, ses traits psychologiques, et le fait simple et essentiel que les gens compétents travaillent et n’ éprouvent pas le besoin de s’afficher.

10) Il se développe enfin une pensée Sciences po, conformiste dans sa virulence contre la Russie, sans analyse critique réelle, sans profondeur. L’impression est  donnée qu‘il n’existerait aucun connaisseur des grandes questions internationales en France en dehors de cette institution. Une pensée univoque, virulente, sans distance et surtout sans objectivité.

Le travestissement de l’ information

Le même phénomène s est reproduit pour la guerre : tout le monde s’ institue spécialiste de la géopolitique , de la stratégie, des relations internationales.

Des médecins généralistes voulaient apparaître comme des spécialistes internationaux de l’épidémiologie et des maladies infectieuses. Certains , par le miracle d’un diplôme accessoire, étaient présentés par les médias comme spécialistes d’une discipline qu’ils méconnaissaient. Des journalistes deviennent des spécialistes de la polémologie, de la stratégie, de l’art militaire, de la géopolitique, embrassant le monde entier dans leurs vues et opinions.

C ‘était aussi oublier de voir que que beaucoup d intervenants avaient des partis pris évidents qu ils dissimulaient (de par leurs fonctions antérieures), qui faussent les jugements qui ne peuvent être qu’orientés, qui deviennent des jugements de valeur, et plus encore pour les politiques ou membres d’ associations dirigées contre la Russie, les ambassadeurs, les organes militants dirigés contre la Russie. Et la longueur infinie de leurs mêmes dissertations a pour but d’empêcher une opinion contraire de se manifester et d’opérer une répétition continue qui obscurcit toute réflexion.

L’ apparition de jeunes femmes ukrainiennes vivant en Europe, montrait comment  l’image  peut sensibiliser l’ opinion. La jeunesse attire une sympathie immédiate, une adhésion instantanée. Et par contre, les Ukrainiennes vivant dans leur pays n ‘étaient pas interrogées …

Comme pour la Covid 19, seules quelques rares exceptions de gens compétents et objectifs apparaissent , et trop peu souvent (4 ou 5?)

Mais même un grand spécialiste des relations internationales,ne voulant pas être en reste,  parlera de «néo stalinisme» et de «dictature» (pour un président élu)

Des exemples extrêmes de désinformation données comme des vérités évidentes ont concerné la centrale nucléaire de Zaporijia.

Un média français: «La plus grande centrale nucléaire a été pilonnée par l’ armée russe»

Et le porte-parole de la centrale: «Le premier réacteur nucléaire a été touché»

Le président Zelensky fait planer la menace d une catastrophe nucléaire qui serait voulue par les Russes: «Cet État terroriste a maintenant recours à la terreur nucléaire» « Aucun pays ,hormis la Russie, n’a jamais tiré sur des centrales nucléaires»

Évoquant Tchernobyl: «La Russie veut reproduire ça et le reproduit déjà»

«Il faut empêcher que l’Europe ne meure d un désastre nucléaire»

L’ armée russe serait-elle devenue folle ou suicidaire au point de susciter un désastre nucléaire , après avoir connu Tchernobyl et si prés de la Russie?

Et pour l’anecdote, le cas de l’Île aux serpents, une manipulation de l’opinion ukrainienne.

Et finalement, ne sont montrés que les réactions des civils , en cachant entièrement les opérations militaires ou l’avancée des combats. Quelle information sur une guerre dont on ne connaît ni les opérations, ni les avancées, ni les opinions des parties en cause, que ce soit les politiques ou les militaires? Et pourtant, un flot d’information continue nous est donné , sans rien sur l’essentiel, ou pour nous distraire de l’essentiel.

Une exception remarquée (la seule?): un journaliste français expliquant lors de deux interventions que les frappes sur les bâtiments civils seraient dues , selon les forces armées ukrainiennes mêmes, à des déviations de missiles contrés par des tirs anti missiles . (Il y a sans doute d’autres explications, mais celle-ci contrecarrait l’explication unique selon laquelle les Russes ne veulent que des destructions massives et sont prêts à massacrer les civils , quels qu’ils soient, où qu’ils soient, afin d’ introduire une image de totale barbarie de la Russie).

Et si la situation n’était aussi dramatique, pourrait être reprise pour les médias  cette phrase du président du Conseil Henri Queuille (1949-1951):   «Quand vous êtes embêtés, embrouillez tout».

Et  la censure s’applique dans notre pays , en interdisant des médias considérés comme proches de la Russie. Or, la France n’est pas en guerre et surtout la liberté d’expression doit être absolue. Comment doit être qualifiée l’atteinte à la liberté d’expression , l’application de la censure, dans un pays qui n’est pas en guerre? Et s’il y a mensonges, ils se retournent contre ceux qui utilisent la liberté d’expression pour les répandre (sauf s’il n’y a plus qu’une information complètement tronquée ; y est-on arrivé?)

Également, les médias considérés comme les plus sérieux empêchent des commentaires ou analyses qui ne vont pas dans le sens de l’ambiance médiatique  dominante et se joignent à celle-ci , sans vue critique dans leurs articles.

Enfin, à titre d’exemple, les médias français ont utilisé une vidéo du groupe Azov (néo nazi) débarrassée de son logo Azov, où deux hommes (qui sont-ils?) demandent de ne surtout pas viser le théâtre (une semaine avant qu’il ne soit touché).

Et un journaliste d’une chaîne d’information française parlera d’une «volonté génocidaire» des russes (21.03.2022).

Les paris risqués du président Zelensky

Les positions du président Zelensky ne laissent pas d interroger.

Était-il besoin de demander l’ adhésion immédiate à l’Union européenne , alors que le pays est en guerre. Est-ce l’urgence d’un pays en guerre?

Était-il nécessaire de tirer prétexte d’un tir visant un objectif militaire prés d’ un monument juif qui n a pas été touché, alors qu’il a affirmé qu’il était visé: «Vous êtes en train de tuer des victimes de l’Holocauste pour la deuxième fois» dans le but d’ alerter les Juifs du monde entier ?

Était-il judicieux , ne faisait-il pas courir un danger pour la paix du monde en demandant  une zone d’exclusion de vol?

Était-il indispensable d’agiter faussement  la terreur nucléaire pour espérer une intervention des occidentaux dans le conflit?

N’est-ce pas une  indécence que de faire une comparaison entre l’Holocauste et la situation ukrainienne , et d’ assimiler la «solution finale» à celle-ci (et alors que des ukrainiens – nationalistes, policiers, bataillons créés par les SS – avaient participé à des massacres de Juifs )?

Était-il raisonnable d’évoquer une catastrophe nucléaire devant le Parlement japonais («Les combats ont endommagé des centaines de centrales (...)»?

N’était-il pas déplacé de comparer l’Ukraine à Verdun devant le Parlement français? (Verdun: 300 000 morts et 400 000 blessés)?

Les défenseurs du président sont-ils  forcément les meilleurs? Ainsi, le philosophe français le présentant comme un héros et un homme d une grande noblesse a été parmi ceux qui ont créé l’Agence de modernisation de l Ukraine en 2015 , financée par des oligarque ukrainiens  (dont l’un recherché par le FBI) et demandant un plan Marshall de 300 milliards d euros … A une époque où l ‘Ukraine était considérée comme l’un des pays les plus corrompus au monde.  Il était prévu dans les 200 jours la production de livres blancs (?)

Et est-il besoin de rappeler la  responsabilité (partagée) dans l’intervention en  Libye, qui a conduit au chaos que connaît le pays et qui dure depuis 2011 ?

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