RDC : un hold-up électoral à huis clos

Alors que le dépouillement est toujours en cours et que les résultats du scrutin présidentiel devraient être connus le 6 janvier, toute laisse présager une fraude massive en faveur du dauphin de Joseph Kabila, avec son lot de conséquences imprévisibles.

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Il y a d’abord eu les problèmes logistiques et le report d’une semaine du scrutin, initialement prévu le 23 décembre. Puis une brusque multiplication des signaux inquiétants : une coupure d’Internet au lendemain du vote, suivie d’une coupure du signal de RFI le 2 janvier assortie d’une levée de l’accréditation de sa correspondante. Le message a le mérite d’être clair : le régime veut tricher sans témoin, afin de faire gagner son candidat, Emmanuel Shadary.

En matière de black out médiatique, le pouvoir n’en est pas à son coup d’essai. Le 19 décembre 2016, dernier jour du deuxième et dernier mandat de Kabila, le régime avait déjà demandé à tous les opérateurs de suspendre leurs services. Quel meilleur moyen de contrôler l’information en ligne, d’empêcher de s’informer sur les irrégularités constatées ou les manœuvres en cours ou encore d’appeler au rassemblement ?

Chaos électoral

S’y ajoutent d’autres indices d’une fraude massive, à commencer par le report du scrutin au mois de mars dans trois régions acquises à l’opposition (Beni, Butembo et Yumbi), pour des motifs très discutables (Ebola et tueries de civils) et le possible report de la publication des résultats par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), du fait d’un retard de compilation.

Et que dire de l’accumulation de dysfonctionnements et de décisions arbitraires ? Des machines à voter défaillantes aux listes d’électeurs tronquées, en passant par l’expulsion du chef de mission de l’Union européenne, le 28 décembre - une mesure de rétorsion face à son « comportement répréhensible », comprendre ses critiques au sujet de l’organisation de l’élection présidentielle.

Résultats tronqués

Reste que selon les premières remontées de terrain, Martin Fayulu, le candidat de la coalition d’opposition Lamuka, serait largement en tête. La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui a suivi de près le processus électoral grâce à son réseau de 41 000 observateurs déployés dans les bureaux de vote, a rendu public le 3 janvier un premier rapport d’observation. Les données issues des procès verbaux de vote consacrent le choix d’un candidat comme Président de la République, dont l’identité sera tenue secrète jusqu’à l’annonce officielle des résultats par la Ceni, que la Cenco appelle à publier « en toute responsabilité, (…) dans le respect de la vérité et de la justice ».

Malgré l’évidence, la coalition au pouvoir revendique une écrasante victoire de son candidat dans les milieux ruraux (où elle n’a jamais initié le moindre projet), qui concentre 80 % de l’électorat national, et où il est beaucoup plus facile de tricher qu’à Kinshasa. Une mascarade que s’est empressé de souligner Moïse Katumbi sur Twitter, le 3 janvier : « Alors qu’Internet est bloqué, que RFI et d’autres médias sont coupés, le régime clame que le FCC gagnera dans les provinces. Faux ! Comme à Kinshasa, le FCC a été sanctionné à l’intérieur du pays. En 17 ans, le régime n’a rien fait. Soyons prêts à revendiquer notre victoire ! »

De fait, si dimanche, les résultats ne s’avéraient pas conformes à la vérité des urnes, Moïse Katumbi affirme que la coalition Lamuka, dont il est membre, demandera au peuple de « se prendre en charge. C’est un devoir constitutionnel de se lever contre un individu ou un groupe d’individus qui tentent de confisquer le pouvoir par la force ». Si tout a été fait pour préparer le passage en force du candidat du pouvoir, une chose est sûre : personne n’acceptera que Shadary soit déclaré vainqueur. Le chaos électoral n’aura pas raison de la mobilisation et de l’extraordinaire aspiration des Congolais au changement.

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