Tunisie : en finir avec la bipolarité

À un an du prochain scrutin présidentiel, la Tunisie s’enfonce dans la crise et le pouvoir tâtonne, sur fond de troubles sociaux et sécuritaires. Plus que jamais, une troisième voie s’impose et l’opposition doit se structurer pour permettre au pays de se relever.

Rencontre le 28 novembre dernier entre le Président Essebsi et Mehdi Jomaa, fondateur d'Al Badil Ettounsi Rencontre le 28 novembre dernier entre le Président Essebsi et Mehdi Jomaa, fondateur d'Al Badil Ettounsi
Elle est loin, l’euphorie du 14 janvier 2011. Sept ans après la révolution tunisienne, le pays semble à l’arrêt faute de volontarisme politique d’une coalition improbable à la tête de l’Etat, dont les deux protagonistes (le parti nationaliste Nidaa Tounes et la formation islamiste Ennahdha) ont fini par divorcer fin septembre dernier.

Censé préserver le processus issu de la révolution de 2011, ce consensus a surtout paralysé l’action du gouvernement, ballotté entre des forces contraires. La recherche de compromis à la tête de l’Etat a aussi affaibli le rôle de l’Assemblée des représentants du peuple. Fragilité du processus électoral, retard dans la mise en place de la Cour constitutionnelle prévue par la Constitution pour être réalisée au plus tard fin 2015, blocage institutionnel… À l’évidence, l’investissement dans le renforcement des institutions démocratiques a fait défaut. Résultat : le pays a été maintenu dans un état de transition sans fin affaiblissant l’Etat. L’éclatement de la coalition au pouvoir ébranle le «consensus démocratique», au moment où l’Assemblée reprend ses travaux.

Risque de dérive autoritaire

À cet immobilisme s’ajoute un risque de dérive autoritaire, comme le pointait déjà l’ONG International Crisis Group en janvier dernier. Au printemps, l’évocation d’une révision de la loi électorale pour passer d’un mode de scrutin proportionnel à un mode de scrutin majoritaire uninominal à deux tours a été perçue comme la volonté présidentielle de restaurer un régime fort. Un premier pas avant une éventuelle révision de la Constitution pour mettre en place un régime présidentiel.

En plus de subir ces errements du pouvoir, les Tunisiens pâtissent d’une situation économique précaire. Inflation galopante, hausse régulière des prix, dévaluation du dinar, dette publique en constante augmentation, chômage en hausse… La grève générale du 22 novembre dernier a été un bon indicateur du climat social dans le pays. Ciblant les agents de la fonction publique à l’appel de la puissante centrale syndicale UGTT pour réclamer des hausses de salaire, elle a été suivie par 95 % d’entre eux et a rassemblé largement au-delà de la fonction publique.

Une opposition à consolider

Si l’UGTT s’impose comme porte-voix des travailleurs tunisiens, un réel contre-pouvoir doit désormais émerger sur la scène politique. C’est tout l’enjeu de la dynamique amorcée par le mouvement Al Badil Ettounsi, lancé par l’ancien chef du gouvernement Mehdi Jomaa fin mars 2017. Il a fusionné le 12 septembre dernier avec le parti Tounes Awalann avec un objectif : faire émerger un cadre politique nouveau en dépassant les intérêts partisans et les clivages idéologiques.

Dans la construction de l’alternative qui va s’engager pour le combat électoral, reste à ces nouveaux alliés à attirer d’autres déçus de la politique. C’était entre autres l’objet du grand meeting à Ksar Hellal, le 28 octobre, qui a rassemblé plus de 8000 personnes. Dans sa marche vers la présidentielle, Mehdi Jomaa peut compter sur sa réputation de probité, son positionnement au-dessus de la mêlée et son bilan à la tête du gouvernement de transition, entre janvier 2014 et février 2015. Signe des temps : cet ingénieur a été le premier à être reçu par le président Essebsi dans le cadre d’une consultation amorcée le 28 novembre pour sortir le pays de l’ornière.

 

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