RDC : des méthodes déloyales, aveu d’impuissance du pouvoir

Loin de se contenter d’avoir empêché ses principaux opposants d’être candidats à l’élection présidentielle du 23 décembre prochain, le pouvoir multiplie les basses manœuvres à l’encontre de la principale coalition d’opposition, Lamuka. Objectif : entraver par tous les moyens la bonne marche de la campagne de Martin Fayulu.

Martin Fayulu Martin Fayulu
Il y a eu l’interdiction pour Moïse Katumbi d’atterrir en jet à Lubumbashi, d’embarquer dans un avion de ligne à destination de Kinshasa faute de passeport biométrique puis de dépasser le poste-frontière de Kasumbalesa, le 3 août dernier. Il y a eu la mise à l’écart de Jean-Pierre Bemba, autre poids lourd de la scène politique congolaise. Il y a eu le refus d’accréditer des observateurs européens. Il y a cette obstination à vouloir tester des machines à voter coréennes, dont nul ne doute qu’elles faciliteront les tricheries. Les procédés se répètent, avec le même cynisme.

Complications logistiques

Cette fois, c’est Martin Fayulu, le candidat de la plateforme Lamuka, qui en fait les frais. Le 19 novembre, son jet n’a pas reçu l’autorisation d’atterrir à Kinshasa. Quatre jours plus tard, les trois avions que la principale coalition de l’opposition avait loués en Afrique du Sud pour mener campagne en RDC n’ont pu atterrir à Kinshasa. Une décision que l’administration congolaise a justifiée par la nécessité de se rendre dans le pays d’origine de l’avion pour l’inspecter et vérifier son bon fonctionnement. Un argument fallacieux, ce type de contrôle n’étant prévu qu’en cas d’importation d’avion.

Pour Lamuka, aucun doute : c’est la main de Kalev Mutond, le patron des services de renseignements congolais, qui est derrière ces basses manœuvres. « Maintenant, au Congo, c’est le patron des renseignements qui dirige l’aviation civile et qui dicte sa loi aux fonctionnaires et aux ministres. Où est la démocratie, ou est l’état de droit ? », interroge ainsi Moïse Katumbi, président du mouvement Ensemble – l’une des cinq composantes de la coalition. Au-delà du préjudice financier pour Lamuka et des complications logistiques qui en découlent, cette démarche est inacceptable car elle fausse les règles du jeu. « Ce qui se fait là est totalement illégal, martèle Olivier Kamitatu, responsable de la communication de la coalition Lamuka. On ne peut empêcher un candidat de battre campagne. »  

Début de campagne triomphal

Un jet a bien fini par être libéré suite à ce « contrôle », mais deux avions à hélices sont toujours bloqués en Afrique du Sud sur ordre des services de sécurité. « De la manière la plus scandaleuse, en dépit des rapports favorables des inspecteurs de l’Autorité de l’aviation civile, l’Agence nationale de renseignement refuse toute autorisation aux deux autres avions affrétés par Martin Fayulu », constate Olivier Kamitatu.  Une décision qu’il explique par « la volonté de priver Martin Fayulu de la mobilité nécessaire dans un début de campagne particulièrement réussi dans l’Est du pays ».

Le 5 décembre, alors que le régime a tout fait pour retarder son arrivée dans le Nord Kivu (six heures de retard au départ dues à de multiples tracasseries aéroportuaires, une tentative d’intimidation au moment de l’escale à Goma), Martin Fayulu a reçu un accueil triomphal lors de son entrée dans Beni. Il a été longuement ovationné par la population locale qui avait décidé de l’attendre malgré son arrivée tardive. Le 6, c’est une foule compacte qui l’a escorté sur la route Beni-Butembo. Le ton de la campagne est donné !

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