MADAGASCAR - Election présidentielle 2018 : Madagascar dans l'impasse

Les Nations Unies se sont réunies les 10 et 11 juillet pour examiner la situation dramatique de la corruption à Madagascar. Et à un an de l'élection présidentielle, les deux candidats déclarés, l'actuel et l'ancien Président Marc Ravalomanana, offrent très peu d'espoirs de progrès aux Malgaches.

Alors que le Comité des droits de l'homme des Nations Unies s'est réuni le 10 et 11 juillet 2017 à Genève pour examiner la situation à Madagascar, l'ONG Amnesty international en profite pour tirer la sonnette d'alarme en matière de droits humains.1 Dans un communiqué, l'organisation encourage les autorités malgaches à faire le bilan de leurs actions, mais surtout de ce qu'il reste à faire, à un peu plus d'un an de la prochaine élection présidentielle.

En 1969, Madagascar signait le Pacte international relatif au droits civils et politiques (PIDCP) et le ratifiait en 1971, début d'un engagement dont les résultats peinent à être concluants. Le Comité des droits de l’homme examine le 10 et 11 juillet le quatrième rapport périodique de Madagascar sur la mise en œuvre du Pacte, dont les représentants de Madagascar devront répondre devant des experts indépendants.

Mais quels arguments la délégation malagasie at-elle pu bien avancer devant les experts onusiens ? L'actualité, les différents rapports d'experts et témoignages de la population laissent aujourd'hui peu de portes de sorties aux représentants actuels de l'île rouge pour défendre un bilan de corruption et atteintes aux libertés ces quatre dernières années. « A Madagascar, la situation en matière de droits humains est en train de se dégrader fortement, car, de toute évidence, l'Etat de droit n'est pas respecté » a déclaré Desprose Muchena, directeur du programme Afrique australe d'Amnesty internationale. 

Pourtant, le Président Hery Rajaonarimampianina, élu en 2013, suscitait un grand espoir. Soutenu par la Communauté internationale et Ministre des finances d'Andry Rajoelina, Président de la Transition de 2009 à 2013, le nouveau Président au profil gestionnaire sans passé politique houleux, semblait être l'homme d'une politique volontariste de développement qui sortirait peut-être l'île de l'abîme.

Une corruption institutionnalisée qui ne date pas d'hier

Peu s'en est fallu pour que les promesses ne soient plus qu'illusions : une corruption institutionnalisée continue de pulluler à tout les niveaux de la société. L'exécutif et une grande partie des parlementaires se sont récemment dressés pour « l'affaire Claudine » contre le Bureau indépendant anti-corruption (Bianco), seul grand organe indépendant anti-corruption du pays.2 Tout y passe ; intimidations, menaces, pressions en tout genre. Lors d'un passage à Paris, le Président Rajaonarimampiana a même démenti l'existence de tout lien avec celle qui est sa conseillère spéciale et milliardaire, accusée de détournement de fonds publics. Et pour ne rien arranger, la Première Dame Voahangy Rajaonarimampianina, est grande amie de Claudine Razaimamonjy avec qui elle partage des séances de shopping intensives dans les luxueux centres commerciaux de Johannesbourg.

Une violente corruption gangrène le pouvoir et les instances juridiques. « La justice est sous la coupe de l'exécutif et l'Etat de droit est en danger » affirme la Présidente du syndicat des magistrats de Madagascar, Fanirisoa Ernaivo au micro de TV5 Monde. La grève entamée le mardi 11 juillet 2017 par les magistrats pour réclamer le respect de l'indépendance de la justice, témoigne de l'inaction délibéré du gouvernement en matière assainissement du secteur public. Au niveau politique, la récente interdiction du rassemblement du TIM, pour l'anniversaire du parti de Marc Ravalomanana rend compte de la volonté de museler une opposition qui cherche à se mettre en rang3. A Madagascar, inutile de parler de quatrième pouvoir ; plusieurs observateurs indiquent que bon nombre de journalistes s'autocensurent, de peur d'être victimes d'intimidations de la part de personnes souhaitant protéger des intérêts particuliers, notamment sur le trafic et l'exploitation illégale du bois de rose et autres essences, dont plusieurs proches du gouvernement en sont les acteurs clés. En outre, corrélations politiques et économiques sont depuis longtemps installées à Madagascar, où l'accaparement des richesses fait rage alors que la pauvreté bas des records.

Aucun des potentiels de cette île magnifique ne sont correctement exploités, pas même le tourisme -l'un des meilleurs atout économique de Madagasacar- dont le Ministre à drastiquement réduit les crédits. Il faut dire que l'insécurité patente n'arrange pas la situation : en février 2017, des policiers auraient incendié cinq villages de la commune d’Antsakabary après que deux de leurs collègues aient été tués, semble-t-il, par des villageois.4 En effet, faute d'une justice efficace, la population se fait justice elle-même, ce qui explique l'augmentation du nombre de lynchages et un taux de criminalité élevé.

Echéances électorales en 2018 : que choisir entre la peste et le choléra ?

Malheureusement, la classe politique est ici encore davantage intéressée par son enrichissement personnel que par le soucis du bien collectif, un état d'esprit qui semble être collectif au continent africain, dont Madagascar est l'un des pays les plus corrompu. Pourtant, une réelle alternance ne semble pas émerger de l'offre politique malgache actuelle en vue des prochaines élections présidentielles normalement prévue pour décembre 2018. Alors que le Président Hery Rajaonarimampianina souhaite briguer un second mandat malgré un bilan désastreux, l'ancien Président pour la première fois élu en 2001, Marc Ravalomanana, a récemment annoncé sa candidature, une décennie après avoir fuit le pays après sa démission.5

Outre le fait que la victoire de 2001 ait été contestée par une partie de l'opposition, le nouveau président, qui est aussi PDG du groupe Tiko, fleuron de l'industrie agro-alimentaire malgache, ne fera pas défaut à la coutume. Président de la République malagasie pendant huit ans, il aurait favorisé sa propre entreprise sur les marchés publics et est suspecté d'avoir éliminé les entrepreneurs malgaches performants pour se placer lui-même dans tous les secteurs économiques avantageux. Un vaste manège organisé sous l'égide de son Ministre de l'économie, qui n'est autre que le conseiller fiscal de Tiko.

Au cours de son mandat, il accroit la présidentialisation du régime malgache et s'octroie l'achat d'un Boeing aux frais du contribuable. L'affaire fera scandale et le bolide est revendu par la suite par le futur Président Andry Rajeolina, qui reverse les fonds à la population. Bien qu'il ait mis en place le Bianco en 2004, le Président ne s'est pour autant pas senti concerné par la démarche : aujourd'hui, il refuse encore de se soumettre à tout exercice de transparence sur ces biens, alors qu'il fut déjà condamné par le Tribunal économique spécial de Tana.

En 2008, il trahit la confiance que le peuple lui avait accordée en vendant à l'entreprise sud-coréenne Daewoo Logistics environ 1,3 millions d'hectares de terres exploitables6, tout en sachant l'attachement sacré à la terre des malgaches. Cette démarche est vivement dénoncée par la société civile et annonce les prémices de la grave crise qui secourra l'île rouge l'année suivante.

Pourtant, celui qui est reconnu coupable pour le meurtre massifs de civils en 2009 et que l'on nommait le « Président dictateur » s'érige aujourd'hui en figure incontournable de l'opposition, victime du pouvoir en place. Le 8 juillet, il a organisé une manifestation pour l'anniversaire de son parti, le TIM, interdit par un arrêté préfectoral. Un habile coup de communication savamment orchestré afin de préparer son retour sur la scène politique nationale.

L'appel du pouvoir

Malgré un bilan très mitigé, l'appel du pouvoir subsiste, et Marc Ravalomanana n'est pas le seul. La fonction présidentielle s'avère être très attractive à Madagascar, puisqu'un autre ancien Président semble vouloir entrer dans la course présidentielle : Andry Rajoelina, alias TGV, le plus jeune Président que Madagascar ait jamais connu et qui, malgré son jeune âge, a su s'imposer comme l'homme fort de la transition en 2009.

L'élection présidentielle de 2018 ne sera pas le premier terrain sur lequel les deux hommes s'affrontent. Ils ont depuis longtemps engagés un bras de fer. Déjà, durant son mandat de maire de la Capitale, Andry Rajoelina n'a pas cessé de critiquer et de dénoncer les pratiques du pouvoir dont la gouvernance administrative et financière a souvent porté préjudice à son action politique. Fin décembre 2008, le Ministre de la Communication de Marc Ravalomanana décide de supprimer des ondes Viva, la chaîne de télévision du Maire de Tananarive. Car Andry Rajoelina porte une double casquette : il est aussi alors l'un des entrepreneurs les plus prometteurs de Madagascar. 

Vers une décennie de crise ?

Au début de l'année 2009, le pouvoir peine à gérer la grave crise politique dans laquelle il s'est embourbé. La démission du Président Ravalomanana suite à la pression de la rue, puis la remise du pouvoir à un directoire militaire en seront l'apogée.7 Grave faute constitutionnelle, cette démarche a pourtant nourri les détracteurs d'Andry Rajoelina, investi Président de la Haute Autorité de la transition de la République de Madagascar peu de temps après par les militaires qui refusent le pouvoir. Certains dénonceront un putsch organisé et le nouveau gouvernement peinera à affirmer sa légitimité sur la scène internationale.

Bien que l'on puisse discuter du bilan de Rajoelina a la tête de l'Etat malgache, on ne peut oublier qu'il a respecté son engagement quant à la tenue d'élections et au soutien d'une réelle alternance avec la clause du « ni ni », dont témoignent les premières élections démocratiques et pacifiques en 2013. 

 

Depuis 2013, la situation n'a cessée de se détériorer. Ce qui est certain, c'est qu'il faudra à la délégation malagache faire preuve d'imagination et de bonne volonté devant les experts internationaux des Nations Unies pour défendre un bilan dramatique en matière de droits de l'homme. Alors que Madagascar reste l'un des pays les moins développés du monde, l'absence de politique volontariste est déplorable et la corruption gangrènent toujours les institutions. Mais nous pouvons néanmoins retenir les mots du Père Pedro Opeka se souvenant des premières maisons construite sur une décharge par son association Akamasoa : «De cette montagne de déchets, nous en avons fait une oasis d'espérance». Un leader saura-t-il transformer cette espérance en réalité ?

1« Madagascar revers the human rights downward spiral » 10 juillet 2017 En ligne : <https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/07/madagascar-reverse-the-human-rights-downward-spiral/>

2« L'Affaire Claudine Razaimamonjy devient une affaire d'Etat » dans Madagascar Tribune 7 avril 2017 <http://www.madagascar-tribune.com/L-affaire-Claudine-Razaimamonjy,22954.html>

3« Le TIM interdit de manifester » Madagascar Tribune le 4 juillet 2017 En ligne : <http://www.madagascar-tribune.com/Le-TIM-interdit-de-manifester,23097.html>

4« Madagascar revers the human rights downward spiral » 10 juillet 2017 En ligne : <https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/07/madagascar-reverse-the-human-rights-downward-spiral/>

5 « Marc Ravalomanana prend la fuite après avoir remis sa démission tranformée en coup d'état » 17 mars 2012 Madagate <http://www.madagate.org/politique-madagascar/dossier/2308-marc-ravalomanana-17-mars-fuite-apres-demission-transformee-en-coup-detat.html>

6« L'Affaire Daewoo alimente la colère contre le gouvernement » Jeune Afrique/ AFP 10 février 2009 <http://www.jeuneafrique.com/161761/societe/l-affaire-daewoo-alimente-la-col-re-contre-le-gouvernement/>

 

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