Haïti à la croisée des chemins

Le 14 septembre, à l’issue d’un marathon législatif, le discours inaugural de Jean-Henry Céant a été approuvé et son cabinet, ratifié par une large majorité de parlementaires. Zoom sur les chantiers prioritaires de ce gouvernement inclusif.

Après deux mois de vacance du pouvoir, Haïti tient enfin son nouveau gouvernement, mais il prend ses fonctions dans un contexte des plus délicats : le scandale Petrocaribe - du nom de cette affaire de détournement de fonds censés financer des projets sociaux - est dans tous les esprits et la population, encore marquée par les émeutes de début juillet consécutives à l’annonce de la hausse du prix des carburants. Dès lors, nul autre choix pour Jean-Henry Céant que d’honorer ses promesses, après en avoir appelé à une « prise de conscience collective ». À défaut d’engagements précis, son discours de politique générale présage d’orientations encourageantes pour résoudre des défis politiques, économiques, sociaux et financiers auxquels le pays est confronté.

Déminer le dossier Petrocaribe

Avant même de s’attaquer aux priorités listées dans son discours de politique générales, le Premier ministre va devoir s’atteler à déminer le dossier Petrocaribe. Dès les premières pages du document de politique générale, Jean-Henry Céant a annoncé son intention d’activer le processus devant aboutir à l’obtention du rapport d’audit de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif. « Mon gouvernement accordera une attention toute particulière à la finalisation des enquêtes, dans les meilleurs délais, sur l’utilisation des fonds Petrocaribe », a-t-il ainsi déclaré devant les parlementaires, soulignant que les enquêtes ne se limiteront pas aux sphères de la fonction publique haïtienne. Alors que ce fonds a déjà fait l’objet d’enquêtes parlementaires et d’une information judiciaire pour dilapidation, la lumière sera-t-elle enfin faite sur son utilisation ?

Répondre aux urgences sociales

Alors que l’indice de développement humain d’Haïti est le plus faible de la Caraïbe, Jean-Henry Céant a insisté sur ses engagements dans le champ sanitaire afin de favoriser l’accès de tous aux soins de santé. En l’absence d’hôpital de référence et face à la quasi-inexistence des centres de soins d’urgence, cela se traduira par la démocratisation de l’accès aux soins primaires sur tout le territoire, la réforme du système de santé et des services hospitaliers et la mise en place d’un système d’assurance-santé générale.

Concernant le système éducatif, alors que le pays compte 85 % d’écoles privées, le nouveau gouvernement table sur la réhabilitation d’une centaine d’écoles, la création de nouvelles salles de classe et de dix académies d’excellence qui accueilleront les meilleurs élèves de chaque département. De quoi accueillir 500 000 enfants de plus dans le système éducatif haïtien.

Rationaliser les dépenses et moderniser l’Etat

Sur le front économique, alors que le taux de croissance a été révisé à la baisse pour 2018 (2,1%), l'objectif est d'atteindre 4% dès 2019. Cela passera notamment par un soutien au développement de l’agriculture, le développement du réseau d’infrastructures de transports, l’encouragement de l’entrepreneuriat chez les jeunes et la relance du secteur touristique. Le projet de loi de finance, qui doit être soumis au plus vite, devra clairement refléter clairement cette obligation de rationalisation des investissements. Le Premier ministre s’est ainsi engagé à une « utilisation optimales des maigres ressources disponibles et à une rationalisation des dépenses, en fonction des besoins réels ». Il a aussi annoncé l’ouverture d’un dialogue franc avec les partenaires sociaux et la mise en place d’un paquet social allant d’une réévaluation des salaires à la mise en place d’une fiscalité plus équitable.

Enfin, en matière de gouvernance, Jean-Henry Céant a annoncé la tenue, sous sa supervision directe, d’une table sectorielle dédiée à la réforme de l’Etat et à la décentralisation. Des experts nationaux et internationaux auront pour mission d’élaborer un programme de modernisation de l’État, de préparer les projets de loi d’accompagnement ainsi que les modalités d’application. Des travaux censés déboucher sur une décentralisation effective du pays et renforcer sa stabilité politique et institutionnelle du pays, condition essentielle à son développement.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.