La révision constitutionnelle, gage de la légitimité future d’Haïti

Un consensus se dessine sur la nécessité de réviser la Constitution de 1987. Destinée à préserver Haïti du spectre dictatorial, cette dernière a outrepassé son rôle et illustré l’échec de l’ultra parlementarisme qu’elle a consacré. Alors que le Président Moïse serait sur le point d’annoncer le lancement de la révision, les observateurs retiennent leur souffle.

Rendons à César ce qui appartient à César. En 1987, bien qu’imparfaite, cette Constitution a répondu à l’impératif du moment : sans elle, les acquis démocratiques permis à l’époque par l’éviction du régime sanglant des Duvalier auraient été mis en danger par les partisans institutionnels du dictateur et les redoutables tontons Macoutes. Elle a permis l’exclusion définitive des nostalgiques de la dictature, au prix d’un déséquilibre des pouvoirs publics, de l’immobilisme et de l’instabilité politique chronique.

Instabilité chronique

 En témoignent les vingt-cinq Premiers ministres et quatorze chefs d’État que le pays a connus en trente-trois ans et les longues périodes où Haïti a été administré sans aucun gouvernement. Une situation due à un climat institutionnel irrespirable où le seul objectif de chaque instance dirigeante est de parasiter les autres dans leur fonctionnement. Une instabilité chronique qui n’est pas sans rappeler celle que la France a connue sous les IIIe et IVe Républiques.


C’est l’un des grands paradoxes de la vie politique haïtienne : la Constitution qui est censée garantir l’équilibre des pouvoirs apparaît elle-même comme l’une des principales sources de l’instabilité conduisant le pays au blocage, voire à l’impasse politique. Il est temps pour Haïti de sortir de cette impasse et d’inscrire la gouvernance dans une certaine verticalité contrôlée par le Parlement.

Contexte propice

Alors que des élections générales doivent être organisées en 2021, l’organisation d’un référendum constitutionnel se fait de plus en plus pressant. De fait, procéder à ces élections dans le régime actuel signifierait relancer la spirale d’instabilité et de crises augurant de drames futurs pour au moins encore une dizaine d’années.

Car s’il convenait de procéder conformément à la Constitution de 1987, interdisant les modifications par référendum, il faudrait attendre la dernière année de la législature à venir, dans quatre ans, pour que les parlementaires puissent proposer des modifications, et, la première année de la législature suivante pour statuer sur ces modifications. De telles législations n‘entreraient donc en vigueur que sous le Président succédant à celui sous le mandat duquel l’amendement aurait été adopté !

Volonté politique, nomination d’un nouveau Conseil électoral provisoire, calendrier et annonces des partenaires et amis d’Haïti : tout est en place pour offrir à Haïti des conditions électorales optimales afin d’offrir à ses habitants, parmi les plus pauvres du monde, une si nécessaire et précieuse stabilité politique, gage de paix sociale et de progrès économique.

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