Frédéric Thomas : expert d'Haïti ou relais en chef de l'opposition ?

Sur le site de Libération, Frédéric Thomas, chercheur au Centre Tricontinental, a écrit une tribune à charge contre le président Jovenel Moise. Habitué des diatribes contre le gouvernement et vu son peu de connaissance factuelle du sujet, il faut s'interroger sur les réelles motivations de ce "chercheur".

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Frédéric Thomas semble très intéressé par Haïti. C’est même son sujet unique depuis quelques mois. Il enchaîne les articles à charge contre le Gouvernement haïtien, avec une connaissance assez limitée du sujet.

La Saline, une guerre de gangs mal gérée par la police mais en aucun cas un massacre orchestré

Sur la triste affaire de La Saline, il y a en effet eu une guerre de gangs qui a fait entre 5 et 8 morts selon l'ONU. Cette dernière a ensuite dénoncé une certaine passivité de la police haïtienne mais en aucun cas une complicité, voire pire, une orchestration, comme le dit Frédéric Thomas. Rien ne permet d'avancer qu'il y a eu un "massacre de l'Etat". Ces graves accusations sont assez rares pour être soulignées et reprennent des arguments de l'opposition politico-économique radicale.

Depuis La Saline, la police a mené de nombreuses opérations anti-gangs. Le président a même récemment annoncé, dans le département de l’Artibonite, sa décision d’employer l’armée afin de contrer ce fléau qui ravage le pays. Pour rappel, l’emploi de gangs violent dans les années 1990 fût historiquement le fait de l’oligarchie Haïtienne : or cette dernière, via Dimitri Vorbes et Réginald Boulos, tous deux en proie à la justice américaine notamment, combat furieusement le président haïtien. Dès lors, soit monsieur Thomas est cruellement amateur, soit c’est sa déontologie qui est à mettre en cause.

Petrocaribe, un dossier vide

Après plusieurs années et 8 enquêtes, il n'y a à date aucune preuve de détournement. Ce qui a été démontré par les commissions consiste plutôt en des irrégularités administratives sur les soumissions de documents du ministère. Aujourd'hui en Haïti, de l'avis de tous, ce dossier était davantage une tentative de la part de l'opposition d'affaiblir, voire renverser le Président.

Quelles motivations pour cette réthorique ? 

Qu'est ce qui motive Frédéric Thomas? Une croisade anti-libérale contre le Président Jovenel Moise ? Rappelons en effet que le Centre Tricontinental, où travaille le ci-devant « expert », est une référence explicite à la conférence altermondialiste de 1966, organisée à Cuba, et qui réunit les dictatures les plus violentes d’alors (Cuba, URSS, Chine…). Avec de telles parrainages, c’est une gageure d’attaquer le président Jovenel Moise pour une soi-disant dérive dictatoriale.

L’analyse des critiques sur l’action gouvernementale, vitale en démocratie, met en lumière le fait que la plupart des arguments avancés ne survivent pas à l'épreuve des faits et sont particulièrement proches de ceux l’opposition. 

 

Méconnaissance institutionnelle ou intentionnelle ?

Le fait que le président Moise gouvernerait par décrets et ce devant un Sénat vacant signerait, selon Frédéric Thomas, la dérive dictatoriale du président… Mais monsieur Thomas oublie de dire que le président, élu au suffrage universel direct, n’à pas la main sur le Sénat et l’ensemble du parlement. En aucun cas le trafic de siège et l’absentéismes qui caractérisent le parlement haïtien, acquis à l’opposition, ne peuvent être imputable à la présidence…C’est précisément le blocage de la double investiture parlementaire, entrainant l’impossibilité de nommer un premier ministre, qui contraint le président à gouverner par décrets.

Une nouvelle Constitution pour lutter contre les blocages parlementaires

Or ce sont précisément ces vices constitutionnels sclérosants que Jovenel Moise se propose d’effacer par un changement constitutionnel. De facto, et pour de nombreux experts comme le juriste français Pierre Egea(https://www.lalibre.be/debats/opinions/pour-sortir-haiti-de-l-impasse-l-espace-democratique-doit-etre-restaure-5f981c45d8ad58270596f93e), la constitution de 1987 est une impasse si ce n’est un vecteur d’instabilité. Une réforme que soutenait, sur le principe, Me Dorval, Bâtonnier de Port-au-Prince, assassiné cet été. Une contradiction flagrante dans le discours Frédéric Thomas qui accuse explicitement le président de ce meurtre. On frôle là la dénonciation calomnieuse, la grave diffamation…

Des oublis pratiques dans sa tribune

Comment ne pas se questionner sur les très nombreux points que Frédéric Thomas "oublie" de mentionner les 1.2 milliards de USD payés à la famille Vorbe qui a pillé l’Etat pendant 10 ans via des surfacturations liées au contrat d'électricité. Un sujet grave couvert par de nombreux reportages et articles. 

NOU PAP DOMI qui est citée comme "parole d'évangile" n'existe plus car en Haïti, il est de notoriété publique que ce groupe a été crée et utiliser par Dimitri Vorbe afin de lancer sa campagne contre le Gouvernement. Il est étonnant qu'un chercheur aussi "reconnu" que Frédéric Thomas ne mentionne pas cela par souci d'équité. Visiblement, ce n'est pas sa première préoccupation.

Expert en militantisme de l’opposition

Au-delà de l’inélégance de ce genre d’accusation, qui contribue à mettre de l’huile sur le feu dans un pays déjà fragile, c’est la parfaite concordance argumentaire avec l’opposition haïtienne qui dénonce la « dictature Moise » et l’« illégalité » du changement de constitution. Une critique du pouvoir est de bon aloi dans une démocratie. En revanche quand le militantisme se cache derrière l’expertise, c’est là que se cache de vraies dérives. Et à aucun moment dans la tribune de Libération, la mention du rôle délétère de l’oligarchie Haïtienne n’est mentionnée. Serait-ce parce que, Réginald Boulos, homme d’affaire leader de l’opposition, jusqu’ici chantre du capitalisme mondialisé, s’est subitement mué en anti-libéral altermondialiste ? Une conversion par ailleurs peu convaincante…mais qui a convaincu visiblement le Centre Tricontinental et son « expert d’Haïti » Frédéric Thomas. Dommage qu’un média comme Libération contribue à véhiculer ces fausses idées sur ce pays.

 

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