Annulation du référendum à Madagascar : la HCC sous influence ?

Alors que la Haute Cour constitutionnelle (HCC) vient de dire non au projet de référendum constitutionnel d’Andry Rajoelina, des questions existent sur le rôle de l’opposition malgache et de la Mission d’observation électorale (MOE) de l’Union européenne dans cette décision du 25 avril annulant le référendum prévu le 27 mai.

Elle est plutôt discrète, réputée être neutre. Arrivée à Madagascar le 6 octobre dernier pour scruter le déroulement de la campagne et de l’élection présidentielle, la MOE, pilotée par le député européen Cristian Preda, avait comme objectif d’établir un rapport sur le déroulement du processus électoral, son caractère démocratique et transparent. À cette fin, un réseau d’observateurs a été déployé dans les bureaux de vote, menant enquêtes et entretiens auprès des différents camps politiques. Un dispositif complété par une cellule de veille chargée de scruter les médias et d’éplucher les échanges sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, plusieurs faits, du choix des employés, à certaines accusations du rapport final, jusqu’à la décision de la HCC au sujet du référendum font poser de lourds soupçons sur la neutralité de la mission.

 Les fausses accusations de corruption

 Pendant la campagne électorale, la MOE a fait de fausses allégations à l’encontre du candidat Rajoelina, affirmant notamment qu’il avait soudoyé les rois traditionnels - un symbole culturel important dans le pays. Une enquête menée par des journalistes de tous bords a démonté cette accusation. Plus encore, les rois cités se sont eux-mêmes exprimés publiquement pour s’indigner de ces fausses allégations en affirmant que le camp Rajoelina ne leur avait jamais proposé d’argent… La MOE n’a jamais apporté de preuves de ces accusations.

 Propos diffamatoires de certains membres

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Pendant la campagne présidentielle, la MOE avait recruté un observateur en charge de surveiller les réseaux sociaux partisans d’Andry Rajoelina. Par la voix de son « analyste médias », Mandimby Maharo, elle a multiplié les propos diffamatoires vis-à-vis du candidat n°13, propos que n’ont pas manqué de relayer les partisans de Marc Ravalomanana. Face à ces propos diffamatoires publics, la MOE n’a cette fois pas eu d’autres choix que de s séparer de cet analyste média…tout sauf neutre.

 La MOE a-t-elle été influencée par d’autres candidats ? Peut-être. Est-ce à son insu ou en toute connaissance de cause ? Difficile à dire, mais un récent épisode vient ajouter des soupçons.

 

Une MOE manipulée par Marc Ravalomanana derrière l’échec du référendum ?

 

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En mission de « bilan » à Antananarivo la semaine dernière, la MOE et son chef Preda se sont-ils mêlé de la question du référendum et ont-ils fait pression sur la HCC ?

Marc Ravalomanana qui s’est entretenu avec Christian Preda, lui aurait affirmé qu’il ne présenterait aucun député aux prochaines législatives si le référendum se tenait. Preda qui a pris cette menace au sérieux se serait donc immédiatement sentit investi d’une mission politique malgache et aurait fait pression, via les représentants de la communauté internationale,  sur la Haute Cour constitutionnelle pour qu’elle invalide ce projet présidentiel promis. Quand on sait la posture radicale prise par Marc Ravalomanana depuis l’élection de Rajoelina, il ne serait pas étonnant qu’il tente d’instrumentaliser cette mission qui, décidément, ne semble pas s’en tenir à son rôle d’observation.  

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