Doris Stauffer, l'art érigé en manifeste

Le Centre culturel suisse à Paris consacre la première exposition institutionnelle à la vie et l'œuvre de Doris Stauffer (1934 - 2017). A la fois artiste et militante, elle fut une figure majeure de l'activisme féministe dans l'art des années 1970 en Suisse et joua un rôle pionnier dans les nouvelles méthodes d'enseignements de l'art. Portrait d'une sorcière zurichoise.

Vue de l'exposition  de Doris Stauffer, "Je peux faire disparaître un lion", Centre culturel suisse, 2019 © Margot Montigny / CCS Vue de l'exposition de Doris Stauffer, "Je peux faire disparaître un lion", Centre culturel suisse, 2019 © Margot Montigny / CCS

"Je suis une combattante pour la liberté et j’ai l’intention, par tous les moyens nécessaires, de libérer les masses opprimées. Jugez-moi donc selon ce que je fais et non selon mon sexe." (Doris Stauffer, Je suis une combattante pour la liberté)

Notre époque semble redécouvrir bien tardivement les artistes femmes qui ont eu a malchance de naitre trop tôt, auxquelles elle rend un hommage souvent posthume, à l'image de Rosemarie Castoro (décédée en 2015), figure centrale de la scène new-yorkaise des années 1960, dont la récente exposition rétrospective à la galerie Thaddeus Ropac à Paris fut la première en France. La plupart du temps, c'est leur mari que l'on célèbre. Castoro était l'épouse de Carl Andre. L'artiste et activiste zurichoise Doris Stauffer (1934 - 2017) n'échappe pas à cette règle. Avec "Je peux faire disparaitre un lion", titre à la fois drôle et combatif reflétant si bien l'état d'esprit qui était le sien, le Centre culturel suisse à Paris propose la première exposition institutionnelle consacrée à la vie et l'œuvre de cette plasticienne qui, dans son pays, fut une figure majeure de l'activisme féministe dans l'art au cours des années 1970, jouant également un rôle pionnier dans la mise en place de nouvelles méthodes d'enseignements artistiques. 2015 est l'année de la consécration. Elle reçoit le Prix culturel de la ville de Zurich et voit certaines de ses œuvres acquises par la Aargauer Kunsthaus (Musée des Beaux-arts d'Argovie à Aarau) et la ville de Zurich, les premières a entrer dans des collections publiques officielles. La même année, la publication d'une première monographie permet dès lors d'embrasser la quasi-totalité de son œuvre. L'artiste a alors 81 ans. Elle peut maintenant se reposer. La journaliste du quotidien Neue Zurcher Zeitung, venue l'interviewer chez elle, fait part de ce post-it collé au mur sur lequel est écrit : "Doris-Projekt: Mich freuen, was ich alles gemacht habe." "Projet Doris: je suis heureuse, j’ai tout fait" (Brigitte Ulmer, "Doris Stauffers subversives Universum", Neue Zurcher Zeitung, 28 mai 2015). Elle décèdera deux ans plus tard. Les archives Serge et Doris Stauffer sont intégrées à la Bibliothèque nationale de Berne. Manquait une exposition personnelle d'envergure, une rétrospective dans un lieu institutionnel public pour une reconnaissance officielle. En 2013, l'exposition que la Helmhaus de Zurich consacre à Serge Stauffer contenant certaines œuvres et documents de Doris Stauffer, révèle la nécessité d'une autre exposition. L'espace d'art et bureau de production zurichois les Complices, dont les propositions sont à la croisée de l'art contemporain, du théâtre et du cinéma, de la théorie critique et de la pratique activiste, proposait, en novembre et décembre 2014, avec "Doris Stauffer – der januar, der februar, der märz, die april, die mai, die welt", une première approche complète de l'œuvre protéiforme de l'artiste. Aujourd'hui, à travers la proposition du Centre culturel suisse à Paris, son travail mais aussi, son engagement politique et son approche novatrice de l'enseignement artistique, sont salués officiellement et, par leur présence parisienne, élevés au rang de promoteurs de la culture helvétique à l'étranger. La manifestation rassemble un corpus de dessins, photographies, vidéos, installations et documents d’archives

"Sans créativité, pas de féminisme !"

Auteur inconnu, Doris Stauffer, après 1971 Photographie, 9 x 12.5 cm;  Auteur inconnu, Doris Stauffer, Thema Dia auf Körper», Hexenkurs / Doris Stauffer, Sujet, Diapositives sur Corps, cours de sorcières , 1977 Photographie, 10.5 x 14.8 cm © Schweizerische Nationalbibliothek, Graphische Sammlung: Archiv Serge und Doris Stauffer, Photo Margot Montigny / CCS Auteur inconnu, Doris Stauffer, après 1971 Photographie, 9 x 12.5 cm; Auteur inconnu, Doris Stauffer, Thema Dia auf Körper», Hexenkurs / Doris Stauffer, Sujet, Diapositives sur Corps, cours de sorcières , 1977 Photographie, 10.5 x 14.8 cm © Schweizerische Nationalbibliothek, Graphische Sammlung: Archiv Serge und Doris Stauffer, Photo Margot Montigny / CCS

Arrivée seule à Zurich à dix-sept ans à peine, Doris Kloetzer s'inscrit en année préparatoire à l’école des arts appliqués de la ville (Kunstgewerbeschule, KGSZ, devenue depuis la Zürcher Hochschule der Künste) et poursuit, à partir de 1952, sa formation dans la classe de photographie d'Hans Finsler. Ce dernier a développé, à partir de 1926, un style fonctionnel de photographie documentaire afin de pallier l'absence de documentation des travaux d'élèves de l'école d'arts appliqués de Halle en Allemagne, où il est chargé de cours en histoire de l'art. Pionnier de la "Nouvelle photographie", il fonde la toute première classe dédiée à ce médium à la KGSZ de Zurich en 1932. Ce cours, qu'il dirige jusqu'en 1958, formera notamment Werner Bishop et René Burri. Le médium occupera une place importante dans la carrière de Doris (Kloetzer) Stauffer, d'abord comme témoin de ses actions éphémères, il sera plus tard un outil pour interroger l'image du corps et de soi, au sein des cours qu'elle dispensera. C'est précisément à la KGSZ qu'elle rencontre son futur mari, Serge Stauffer. Artiste et chercheur, il s'intéresse aux nouvelles formes d'enseignements artistiques et sera un des premiers à considérer la pratique comme une recherche. Il sera plus tard l'éditeur et le traducteur des textes de Marcel Duchamp. Ils se marient en 1954. Doris a alors vingt ans. Très vite, elle donne naissance à trois enfants et découvre alors l’isolement social inhérent à la vie de femme au foyer tandis que Serge commence à enseigner la photographie à la KGSZ, fréquente Marcel Duchamp, Daniel Spoerri et André Thomkins. Témoignant sa profonde incompréhension face à cette stricte séparation des domaines d'activité entre les hommes et les femmes, elle développe un langage artistique subversif. Elle réalise ses premiers assemblages avec des textiles issus de son environnent immédiat, puis à partir des années 1960, avec des objets de la vie quotidienne, trouvés sur des brocantes. Si elles dénoncent ces vies aliénantes des femmes au foyer, ces œuvres furent perçues au moment de leur création comme l'expression d'un travail hautement féminin dont on reconnaitra plus tard le regard critique qu’elles portent sur l'inégalité ente les femmes et les hommes. 

Doris Stauffer, 1969, avec la poupée conçue avec sa classe Teamwork pour Misswa(h)l, vente aux enchères de vêtements aux revenus destinés à l’installation d’un distributeur automatique de pilule contraceptive. Organisation : FBB (Frauen Befreiungs Bewegung / mouvement de libération de la femme) © Schweizerische Nationalbibliothek, Graphische Sammlung : Archiv Serge und Doris Stauffer Doris Stauffer, 1969, avec la poupée conçue avec sa classe Teamwork pour Misswa(h)l, vente aux enchères de vêtements aux revenus destinés à l’installation d’un distributeur automatique de pilule contraceptive. Organisation : FBB (Frauen Befreiungs Bewegung / mouvement de libération de la femme) © Schweizerische Nationalbibliothek, Graphische Sammlung : Archiv Serge und Doris Stauffer

A partir de 1965, Hansjörg Mattmüller et Serge Stauffer son chargés de diriger le département F + F ("Form und Farbe") sur la forme et la couleur au sein du KGSZ. Cette unité spécifique prône la libre expérimentation, promeut un travail transdisciplinaire, est ouverte à l'engagement social et politique et aux nouvelles tendances en matière d'art et de design. Au fil des années, elle est de plus en plus orientée vers l'art social critique et expérimental. Au début de 1969, Doris Stauffer commence à enseigner son cours de "Teamwork". Un après-midi  par semaine, les étudiants sont invités à travailler ensemble, à la manière d'un collectif. Elle tient du Living Theatre, le premier théâtre américain gratuit qu’elle ait vu à la Volkshaus, son goût pour le happening collectif et l'improvisation qu'elle considère comme une tentative, un essai, remettant en question le rôle moteur de la concurrence et l'individualisme. Doris Stauffer a érigé le jeu et humour en principes de travail, que ces soit dans sa carrière d'artiste, dans son approche de l'enseignement en tant que professeure d'art ou dans son militantisme politique féministe. Elle cofonde en 1969 le Mouvement de libération des femmes (Frauen Befreiungs Bewegung, FBB) qui devient une plate-forme pour son action artistique. Ainsi, cette même année, la création avec sa classe "Teamwork" d'une gigantesque poupée lascive en bois et en papier mâché marque les esprits. Imaginée pour l'événement "Misswa(h)l", vente aux enchères de vêtements dont les revenus sont destinés à installer un distributeur automatique de pilules contraceptives, elle est l'objet d'une sorte de cérémoniel qui la voit parader dans les rues zurichoises, portée par Stauffer et ses étudiantes qui exhibent pour mieux les dénoncer les dictats d'une beauté oppressant les femmes contenue dans la position même de l'effigie. Lui reprochant une instrumentalisation politique de ses étudiantes, la directeur du KGSZ Mark Buchmann décide à l'automne 1969 de fermer le cours "Teamwork" mis en place par Doris Stauffer. Il tentera de dissoudre le département F + F en décembre 1969, sans y parvenir.

Pour un féminisme créatif: les cours de sorcières et l'atelier des femmes

Diapositives de différents workshops et cours donnés par Doris Stauffer tels que: analyse et imitation d’images de la femme dans la publicité, jeux de rôle et déguisements, actions dans la rue, production en collaboration d’images, de collages, de transformations, de projections de diapositives sur corps et de collages avec portraits de photomaton (1970-1980) © Schweizerische Nationalbibliothek, Graphische Sammlung: Archiv Serge und Doris Stauffer, Photo Margot Montigny / CCS Diapositives de différents workshops et cours donnés par Doris Stauffer tels que: analyse et imitation d’images de la femme dans la publicité, jeux de rôle et déguisements, actions dans la rue, production en collaboration d’images, de collages, de transformations, de projections de diapositives sur corps et de collages avec portraits de photomaton (1970-1980) © Schweizerische Nationalbibliothek, Graphische Sammlung: Archiv Serge und Doris Stauffer, Photo Margot Montigny / CCS

Les manifestations de 1970 entrainent de nombreux enseignants et étudiants à démissionner du KGSZ. En janvier 1971, Serge et Doris Stauffer fondent avec leurs collègues Bendicht Fivian, Peter Gygax, Peter Jenny et Hansjörg Mattmüller l'Ecole de design expérimental F + F. Doris Stauffer enseignera durant dix ans dans cette nouvelle école d'art privée alternative qui proposait à Zurich une approche plus ouverte et plus libérale de l'éducation artistique, passant par l'expérimentation. Une pédagogie de conception alternative émergeait. En soutien à la nouvelle école, la Kunsthalle de Berne organise l'exposition "Experiment F+F" pour laquelle Doris Stauffer imagine les "Tastsäcke" (Sacs à toucher). Exécutés à partir de tissu de drapeau, ces enveloppes suspendues au plafond, rendues informes par les objets qu'elles contiennent, sont une invitation à la perception tactile. Son enseignement entremêle les pratiques artistiques tel que musique, danse, parole, happenings, souvent dans un environnent singulier et sans cesse renouvelé, qu'il s'agisse d'être dans la nature ou dans une déchetterie.

Lilo König et Doris Stauffer, "Peniswärmer / Chauffe-Pénis", 1971-1975, Laine, tricot sur carton, Projet faisant partie de l’exposition "Les femmes voient les femmes" organisée au Strauhof de Zurich, co-organisée par Rosina Kuhn, Bice Curiger, fait partie du catalogue unique de l’exposition produit par les participantes. Les chauffe-pénis, issus de la collaboration entre Doris Stauffer et d’autres artistes femmes, étaient des «ordres» remis à des hommes dont le mérite était d’avoir contribué au © Schweizerisches Sozialarchiv, Photo: Margot Montigny / CCS Lilo König et Doris Stauffer, "Peniswärmer / Chauffe-Pénis", 1971-1975, Laine, tricot sur carton, Projet faisant partie de l’exposition "Les femmes voient les femmes" organisée au Strauhof de Zurich, co-organisée par Rosina Kuhn, Bice Curiger, fait partie du catalogue unique de l’exposition produit par les participantes. Les chauffe-pénis, issus de la collaboration entre Doris Stauffer et d’autres artistes femmes, étaient des «ordres» remis à des hommes dont le mérite était d’avoir contribué au © Schweizerisches Sozialarchiv, Photo: Margot Montigny / CCS

Lilo König et Doris Stauffer inventent les "Peniswärmer" (chauffe-pénis) qui sont remis en 1975 à l’occasion de l’exposition "Frauen sehen Frauen" (Les femmes voient les femmes) au Strauhof de Zurich, regroupant les œuvres de trente-huit artistes. Ces ordres, au sens de décorations, sont remis à des hommes dont le mérite était d'avoir contribué au maximum à la maintenance du patriarcat. A la même exposition, elle montre ses "Patriarchalisches Panoptikum", huit dioramas miniatures enfermés dans huit boites contenant autant de scènes de la vie quotidienne. En 1977, ses "cours de sorcière", qui revendiquent une distance de sécurité avec les hommes, invitent les femmes à photographier des parties de leur corps qu'elles n'aiment pas, pour en discuter ensuite au cours de projections collectives de diapositives. "Tu es une sorcière si tu es femme, indomptée, en colère, joyeuse et immortelle". Doris Stauffer fait sienne la définition de la sorcière parue dans la revue du groupe féministe américain WITCH (Women International Conspiracy from Hell, activist feminist group). Critiquée par la direction de l'école pour avoir exclu les hommes de son cours, elle met en place l'année suivante un "Frauenwerkstatt", un atelier réservé aux femmes, indépendant de l'école. Il s'inspire de l’Ecole pour un féminisme créatif (Schule für kreativenFeminismus) qu'Ulrike Rosenbach fonde à Cologne en 1974 et du Feminist Art Programme de Judy Chicago et Miriam Schapiro au CalArts en Californie à partir de 1971. Dans les années 1980-90, Doris Stauffer reste très active politiquement. Elle fait partie, notamment, de Rote Hilfe (Aide Rouge), un groupe de soutien pour des détenus. Elle démarre une activité de journaliste en collaborant à plusieurs revues parmi lesquelles "WOZ" ou "Die Woche" sur des sujets presque uniquement féministes et tient une chronique dans le journal zurichois "Kontakt" pendant dix ans (2000-10).

Vue de l'exposition monographique de Doris Stauffer, "Je peux faire disparaître un lion", Centre culturel suisse, Paris. Premier plan, Doris Stauffer, "Tastsäcke / Sacs à toucher", 1970, cinq sacs en étoffe de drapeaux, remplis avec objets divers, ca. 20-100 x 40 x 40 cm Aargauer Kunsthaus Aarau / Donation de Doris Stauffer © Margot Montigny / CCS Vue de l'exposition monographique de Doris Stauffer, "Je peux faire disparaître un lion", Centre culturel suisse, Paris. Premier plan, Doris Stauffer, "Tastsäcke / Sacs à toucher", 1970, cinq sacs en étoffe de drapeaux, remplis avec objets divers, ca. 20-100 x 40 x 40 cm Aargauer Kunsthaus Aarau / Donation de Doris Stauffer © Margot Montigny / CCS

Doris Stauffer,Patriachalisches Panoptikum/ Panopticon patriarcal, 1975 Boîtes 38 x 27 x 52 cm 8 boîtes dioramas en bois contenants différents objets, lampes électriques Kunstsammlung Stadt Zürich / Collection de la ville de Zurich © Kunstsammlung Stadt Zürich, photo: Margot Montigny / CCS Doris Stauffer,Patriachalisches Panoptikum/ Panopticon patriarcal, 1975 Boîtes 38 x 27 x 52 cm 8 boîtes dioramas en bois contenants différents objets, lampes électriques Kunstsammlung Stadt Zürich / Collection de la ville de Zurich © Kunstsammlung Stadt Zürich, photo: Margot Montigny / CCS
Photographies, collages, sculptures, installations ... l'imposant corpus d'œuvres produit par Doris Stauffer est indissociable de son engagement politique et de son approche novatrice de l'enseignement artistique. L'exposition du Centre culturel suisse à Paris révèle une artiste majeure de la seconde moitié du XXe siècle. A Zurich, elle incarnait l'esprit de changement artistique inspiré par les féministes à la fin des années 1960. Elle n'a jamais cessé d'imaginer des formes alternatives de féminisme et d’éducation artistique pour contourner les conventions et hiérarchies sociales. Aujourd'hui, alors que la place que devraient occuper les femmes dans la société n'est toujours pas acquise, l'esprit plein d'humour mais sans concession de Doris Stauffer est plus que jamais nécessaire, si parfaitement résumé par sa biographie fictive pour cours de sorcière : "Je suis tombé de la lune exprès il y a cent ans. En fait, je voulais juste voir ce qui se passe sur la Terre. Entre-temps, je connais la Terre, le Soleil et tout l’univers, et j’y suis attachée. Maintenant, la Lune est tellement vide ; en fait, il faudrait que j’y retourne, mais je n’ai aucune envie. Et pour faire passer le temps j’ensorcelle les gens, surtout la femme pour qu’elle me suive sur la Lune comme le joueur de flûte de Hamelin. Aïe ! Maintenant quelqu’un d’autre a transformé mon pied en épi de maïs. Qu’est-ce que je dois faire maintenant ? Je retire les grains et j’en fais des popcornspour tout le monde."

Doris Stauffer, "Je peux faire disparaître un lion"; 

Entrée libre du mardi au dimanche de 13h à 19h
Visites de l’exposition chaque dimanche et samedi à 16h

Centre culturel suisse - jusqu'au 12 mai 2019;
32-38 rue des Francs-Bourgeois 75 003 Paris - +33 (0)1 42 71 44 50

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.