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Billet de blog 22 oct. 2020

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Miguel Rio Branco: 1968 – 1992, la naissance d’un regard

LE BAL à Paris, revient sur la première période de la carrière du photographe Miguel Rio Branco, depuis ses études à New York et son retour au Brésil, ce pays natal qu'il découvre après avoir passé la majeure partie de son enfance et son adolescence à l’étranger, jusqu'à l'abandon du format 24x36 au début des années 1990. Une révélation.

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Miguel Rio Branco, Salvador de Bahia, 1979 © Miguel Rio Branco / Magnum Photos

L’exposition qui se tient actuellement au BAL à Paris propose de revenir sur les débuts de l’un des plus grands artistes contemporains brésiliens, le photographe Miguel Rio Branco (né en 1946 à Las Palmas de Gran Canaria), plus précisément sur la période 1968-1992 qui, de New York où il fait ses études, à son retour au Brésil, pays natal qu’il découvre enfin après avoir passé la majeure partie de son enfance et son adolescence à l’étranger, s’installant d’abord dans le Nordeste puis dans le quartier populaire de Pelourinho à Salvador de Bahia, à son abandon du format 24x36 au début des années 1990, qui constitue un autre déplacement, un nouveau déménagement. Elle raconte la naissance d’un regard qui révèle la beauté du négligeable, irradie le dérisoire, sublime l’insignifiant. L’exposition donne ainsi à voir une face peu connue de l’œuvre de Miguel Rio Branco à travers une série de tirages issus de sa collection personnelle. Ils laissent apparaitre une attention très particulière à l’objet, rappelant la manière du peintre qu’il fut à ses débuts et qu’il n’a jamais cessé d’être. L’artiste entretient une relation complexe avec la photographie, médium qu'il juge insuffisant pour exprimer les émotions. Il passe de la peinture à la photographie à la fin des années soixante, début des années soixante-dix, sans toutefois abandonner totalement la toile.

Miguel Rio Branco, Salvador de Bahia, 1979 © Miguel Rio Branco / Magnum Photos

Né à l'étranger d'un père diplomate, Miguel Rio Branco voyage durant toute son enfance et son adolescence : Portugal, Suisse, Etats-Unis... Il a la volonté de photographier le Brésil, son pays qu'il ne connaît pas. Etudiant en 1966 à l’Institute of Photography de New York, il poursuit sa formation, deux ans plus tard, à la School of Industrial Design de Rio de Janeiro. De 1970 à 1972, il est de retour à New York où il vit dans les quartiers pauvres de East Village et du Bowery. Il travaille comme chef opérateur et commence à réaliser des films expérimentaux. Il se lie d’amitié avec son compatriote Helio Oiticica (1937 – 1980) qui vient de cofonder le mouvement tropicaliste[1], adaptant le psychédélisme et le mouvement hippie à la réalité brésilienne. Il collabore sur un projet avec Gordon Matta-Clarck et rencontre Vitto Acconci. Il aborde donc la photographie par le biais de l’art contemporain. A partir de 1972, il commence à exposer son travail photographique. Il retourne ensuite au Brésil où il s'installe d’abord dans le Nordeste parmi les chercheurs d’émeraudes, puis à Salvador de Bahia. L'exposition s'arrête au début des années 1990 au moment où il abandonne le format 24 x 36 pour le 6 x 6, s'acheminant vers quelque chose de plus formel, plus allégorique. 

« Ce qui est exalté est immédiatement immolé »

Dans les années soixante-dix, le quartier populaire et insalubre de Pelourhino est habité par des familles dans le plus grand dénuement et des prostituées. Miguel Rio Branco devient un habitant bien connu de cet ancien quartier bourgeois aux façades délabrées. Il photographie des corps triomphants ou fatigués, des fragments de corps (buste, bras...), réalise des portraits parfois aussi, dans lesquels il essaie de capter l'âme du quartier. On y descelle l'importance de la couleur. Une dominante souvent traduit un sentiment. La considération du cadre dans le cadre – fenêtres, façades... – traduit l'enfermement, l'absence de perspective des habitants du quartier. Les compositions sont très fermées, très obliques. « La photographie le plus souvent oppresse ou asphyxie la réalité », précise-t-il. La scénographie dans la salle du bas traduit bien cette idée d’enfermement qui se dégage du quartier de Pelourinho, reprenant l’idée de fenêtres, d’embrasement de portes... Sa fascination pour la culture populaire se traduit par son omniprésence dans l'image où magazines, journaux, marquent le temps. L'artiste américain Robert Rauschenberg (1925 - 2008), son contemporain, est aussi l'une de ses références. Comme lui, il tente de dégager  la beauté d'un rebut, de sublimer l'insignifiant.

Miguel Rio Branco, Salvador de Bahia, 1979 © Miguel Rio Branco / Magnum Photos

Dans la série sur la capoeira, tout en jeu d’ombres se détachant sur des bandeaux bleutés, ou dans celle surprenante en noir et blanc sur le carnaval de Rio (1978-83) – « J’ai pris ces photographies en 1978 et en 1983, bien avant qu’Oscar Niemeyer ne construise le Sambodrome où viennent défiler toutes les écoles de samba. Et bien avant que le carnaval ne devienne un énorme spectacle sophistiqué fait pour la télévision. A l’époque, les gens se préparaient dans la rue, j’aimais le côté précaire, artisanal et cru des choses[2] » –, on remarque l’attention particulière portée aux détails, fragments dans un cadre particulier. L’œuvre de Miguel Rio Branco a été qualifiée de « réalisme exorbité ». Ambigus, mystérieux, ses clichés évoquent l’art de Goya. La ligne, très présente, s’incarne dans toutes les cicatrices de son environnement, celles des bâtiments, des humains, des cicatrices à la fois physiques et morales. La qualité exceptionnelle des tirages et l’attention très forte accordée aux formats sont notables dans l'exposition. Aucune exaltation, pas de taille démesurée. Miguel Rio Branco travaille à partir d'un lexique qu'il révise en permanence. L’artiste prend peu d'images, les réarrange, les associe. Il n’y a pas d'intention particulière ici, donner à voir suffit. Quelque chose de l’ordre de l’allégorie, une codification symbolique du monde qui n’est pas dérivée d’une expérience concrète et politique. La révélation est picturale, elle ne vient pas du sujet. Miguel Rio Branco développe une démarche hautement plasticienne du réel. Son utilisation monochromatique de la couleur diffère des photographes américains contemporains. La couleur n’est pas son sujet. Photographe mais aussi peintre, cinéaste, artiste multimédia, Miguel Rio Branco photographie comme on peint, avec cette volonté de faire ressortir la texture de chaque élément qui fait image. Il le dit lui-même : « Toute photographie est par nature un document mais mon intention n’a jamais été de documenter. Je capture par la photographie des fragments dissociés, épars de réel, tentant de répondre viscéralement à une question : Pourquoi la vie doit-elle être cela ? »  

Miguel Rio Branco, Rio de Janeiro, 1979 © Miguel Rio Branco / Magnum Photos

[1] « The story of Hélio Oiticica and the Tropicália movement », Tate, https://www.tate.org.uk/art/artists/helio-oiticica-7730/story-helio-oiticica-and-tropicalia-movementConsulté le 22 octobre 2020.

[2] Claire Guillot « En noir et blanc, un sensuel carnaval de Rio vu par Miguel Rio Branco », Le Monde, 15 octobre 2020, https://www.lemonde.fr/m-styles/article/2020/10/15/en-noir-et-blanc-un-sensuel-carnaval-de-rio-vu-par-miguel-rio-branco_6056083_4497319.html Consulté le 21 octobre 2020.

Miguel Rio Branco, Mona Lisa, Luziânia, 1974 © Miguel Rio Branco / Magnum Photos

« Miguel Rio Branco - Photographies 1968 - 1992 » ; commissariat d'Alexis Fabry et Diane Dufour.

Un texte inédit "Le Couteau par terre", de Jean-Pierre Criqui, conservateur au service des collections contemporaines du Musée national d’art moderne, sera publié dans le livre accompagnant l’exposition (co-édité par Toluca Éditions, LE BAL et RM).

Du 16 septembre au 6 décembre 2020 - Du mercredi au dimanche de 12h à 19h, nocturne le mercredi jusqu'à 22h.

LE BAL
6, impasse de La Défense 
75 018 PARIS

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