LE COÛT DE LA GAUCHE VELLEITAIRE

Faisons crédit de sa bonne foi à Hamon. Sa volonté politique est sincère, sincère mais velléitaire. Or, le bilan de la gauche velléitaire est là : l’aide au développement des pays pauvres aura été moindre sous Hollande que sous Sarkozy. A gauche, l’heure n’est plus aux synthèses, qui sont toujours des accommodements avec l’inadmissible. L’heure est à l’unité.

Faisons crédit de leur bonne foi à Hamon, aux socialistes qui le soutiennent, et aux électeurs qui envisagent de voter pour lui. Ne discutons pas la volonté d’Hamon et des autres ministres de Hollande de défendre des valeurs de gauche et de traduire des mesures de gauche dans les faits, en conservant le gouvernement. Hamon veut prendre des mesures de gauche, si c’est possible. Sa volonté politique est sincère, mais velléitaire. Elle n’a pas, à ses propres yeux, force de loi. C’est qu’au fond, par « réalisme », il ne reconnaît de nécessité qu’à la loi du marché et à sa constitutionnalisation européenne. Et tout son rêve, est de s’y adapter, au mieux. Si les socialistes ont si facilement intériorisé les cadres mentaux de la droite, c’est parce qu’ils n’en souffrent, ni eux ni leurs enfants, les conséquences. Combien de classes d’école, de collège, de lycée, où aucun ministre ne mettrait ses enfants ? La moitié des salariés gagne moins de 1800 euros par mois. D’où parlent Valls et Hamon pour savoir si 700 euros par mois est un revenu décent ? De plus en plus de gens renoncent à se soigner. D’autres, aussi nombreux, lorsque ce ne sont pas les mêmes, ne se chauffent pas, ou pas assez, faute de moyens. Ceux qui travaillent ont la peur au ventre. Les cadres subissent à leur tour le régime généralisé de surveillance et d’infantilisation.

 

Le réalisme des socialistes européens est une bouffée d’abstraction qui leur dissimule le réel. Si Hamon a pu gouverner non pas avec mais sous Macron, ce dernier ayant fixé le cadre budgétaire du quinquennat, c’est qu’au fond il ne mesure pas le coût réel des « mesures de gauche. » Qui ne voit que les « mesures de gauche » ne sont dans les faits que des palliatifs à la politique de droite constitutionnalisée par le Traité européen de 2005 ? Une Europe qui ne peut être que de droite est-elle démocratique ?

 

Le bilan de la gauche velléitaire est là : l’aide au développement des pays pauvres aura été moindre sous Hollande que sous Sarkozy. Sur le terrain des valeurs, la solidarité gouvernementale aura eu aussi un prix : la relativisation de la liberté au nom de la sécurité, la stigmatisation des Roms, puis des Musulmans, dans la droite ligne de la droite de Sarkozy et Fillon, eux-mêmes à la traîne de Le Pen, et à l’arrivée, un FN légitimé par un gouvernement socialiste ; le « cœur ferme » de Valls face aux réfugiés qui se noient sous nos yeux ; le traitement policier des inégalités sociales ; la criminalisation de l’écologie, jusqu’à l’assassinat.  

 

Toutes les mesures et les valeurs de gauche n’ont jamais fait une politique de gauche. A gauche, l’heure n’est plus aux synthèses, qui sont toujours des accommodements avec l’inadmissible. L’heure est à l’unité.

 

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