LES PROMESSES D’UNE DROITE MALADROITE, OU LES VERTUS DU LAPSUS

En concentrant son discours et son programme sur l’augmentation du temps de travail, il se pourrait que la droite se montre maladroite et avoue ce qu’elle aurait intérêt à taire, à savoir que le travail est l’origine et le fondement de l’économie. Comment un peuple constitué pour l’essentiel de salariés peut-il brader dans les urnes le prix inestimable de son travail ?

 On se croirait dans un mauvais poème de Prévert : une ration d’oiseau et un nom de frites, un Clovis d’histoire et un programme de casque, une Jeanne de Bordeaux et un Mufti d’Arc, un mariage catholique et une manif pour tous…

 

Commençons donc par écarter ce nuage d’anecdotes qui voudrait nous dérober l’essentiel. Chacun se doute bien que les questions politiques qui se posent pour de bon ne sont pas aussi primaires que les primaires.

 

En effet, les représentants de la droite s’accordent tous à situer l’essentiel dans la question de la durée légale du travail. La loi travail voulue par Hollande, Valls et Macron consiste à faire qu’une partie supplémentaire de la valeur produite par des heures de travail passe des salaires aux revenus du capital. Le passage aux 39 heures ou, à défaut, la réduction du taux de rémunération des heures supplémentaires n’ont pas d’autre but. Juppé et Fillon s’inscrivent dans la même logique pour l’étendre et la généraliser. Les centristes aussi, tout comme Le Pen. Si cette dernière manie un double discours pour créer la confusion, elle déclare que la suppression des 35 heures est l’objectif. Le vernis social de son nationalisme ne suffit pas à étouffer la réalité droitière de l’extrême-droite.

 

Il n’y a rien d’étonnant à ce que la droite dans son ensemble soit contre la réduction du temps de travail qu’a représenté le passage aux 35 heures. C’est en effet la définition même de la droite que de promouvoir les intérêts privés du capital, censés vivifier l’ensemble de l’économie. Or cela ne peut se faire qu’aux dépens des salaires.

 

Seulement, dans sa lutte pour l’augmentation du temps de travail, la droite reconnaît, dans une sorte de lapsus, le rôle essentiel du travail dans la création économique de la richesse. Or cet aveu involontaire vient contredire sa propagande bien connue selon laquelle le patronat seul est à l’origine de l’activité économique et de la production des richesses. C’est tout le credo de la loi El Khomri-Hollande-Valls-Macron et du pacte de responsabilité qui demandent aux travailleurs de dire « merci patron ».

 

Pourquoi accorder tant d’importance à la moindre heure de travail du moindre smicard, au point d’en faire l’objectif principal de sa politique, si le travail est un modeste auxiliaire quasi négligeable qui ne prend de valeur qu’entre les mains entrepreneuses du patronat ?

 

En concentrant son discours et son programme sur l’augmentation du temps de travail, il se pourrait que la droite se montre maladroite et avoue ce qu’elle aurait intérêt à taire, à savoir que le travail est l’origine et le fondement de l’économie.

 

Se poserait alors la question de savoir comment un peuple constitué pour l’essentiel de salariés peut brader dans les urnes le prix inestimable de son travail. Et donner le spectacle d'un poème désolant : un peuple de droite et des élus de salariés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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