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Billet de blog 17 janv. 2023

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Retraites : un hold-up générationnel

La réforme des retraites va t'elle provoquer une guerre des générations ? Soutenue de longue date par les retraités et honnie des actifs et notamment des jeunes, la réforme Macron/Borne risque de mettre le feu aux poudres. Autopsie d'un système de retraite à bout de souffle...

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Un régime par répartition condamné 

Le système de retraite actuel, dit par répartition, a été mis en place en 1941 par le régime de Vichy. La "retraite des vieux" s'inscrit dans le cadre d'une politique nataliste.

Pétain et l'invention du système de retraite par répartition | Franceinfo INA

A cette époque, le taux de fécondité des Français est à son plus bas niveau. Cette politique s'avère donc dés le début un pari risqué. D'ailleurs le vrai babyboom ne commence qu'en 1946 après la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui, presque tous les pays développés sont en déclin démographique et il ne reste guère plus que la Hongrie de Victor Orban pour miser sa politique économique sur une très hypothétique natalité.

Figure 3 : Taux de mortalité infantile en France et en Angleterre-Pays de Galles, 1900-2005

C'est pourquoi si on se base sur les projections démographiques, le système par répartition est forcément déficitaire : en 1960, un retraité était financé par un 4 actifs. Aujourd'hui c'est moins de 2 et demain ce sera 1 seul. Prétendre qu'il faudrait sauver ce système est un mensonge. Il est forcément condamné. La seule question qui demeure est qui paiera la note ? Ou plutôt qui refuse de la payer. 

Une réforme injuste, inutile et contreproductive

La génération du babyboom est la plus riche et la plus nombreuse de l'Histoire de France comme le montre les nombreux travaux de Jean-François Sirinelli ("Génération sans pareille") .  Elle a pu en effet bénéficier des Trente Glorieuses, une période de prospérité jamais égalée en France. Elle s'est bâtie un patrimoine immobilier conséquent, qui s'élevait en 2010 à 219 100 euros d'après l'INSEE.  La "Génération sans pareille" a pu partir plus tôt que toute autre génération à la retraite, puisque l'âge de départ a connu une baisse spectaculaire au moment où cela la concernait avant de repartir à la hausse pour les générations suivantes. 

Si l'on se base sur l'âge moyen, il est passé de 64 à près de 61 ans et il remonte en flèche depuis les années 2000.

Si l'on se base sur l'âge légal de départ à la retraite, ce dernier était de 65 ans en 1945, de 60 ans en 1983 et est de 62 ans aujourd'hui.

Le gouvernement souhaite le monter progressivement jusqu'à 64 ans en 2030. Mais l'objectif de 65 ans du projet initial reste quant à lui une ambition à plus long terme. 

Cette frénésie de reports successifs encourage les actifs à l'âge charnière à vite partir en retraite avant que soient mises en place des conditions plus défavorables pour la valorisation de leur carrière.

Loin d'encourager les Français à travailler plus longtemps, le gouvernement provoque un "sauve qui peut " chez les actifs en âge de prendre leur retraite. 

Et ces reformes s'avèrent d'ors et déjà inutiles, car même un retour à 65 ans ne suffira pas à équilibrer un régime structurellement déficitaire, puisque comme indiqué au début de l'article, la démographie continuera de chuter.

Cette cartographie sur l'age de départ à la retraite en Europe montre d ailleurs le décalage entre la France et ses voisins. Des expériences comme le précédent italien montrent aussi les limites de la reforme. 

Inutile aussi, car la réforme Touraine de 2014 porte pour les personnes nées après 1973 à 43 années d'annuité, soit donc au minimum 66 ans pour tout diplômés d'un master, qui souhaiterait obtenir une retraite à taux plein. Dans ces conditions, même l'âge de 67 ans du taux plein ne pourra pas subsister non plus. Quand l'age légal atteindra 67 ans, l'âge du taux plein sera forcément décalé son tour.

Pour qu'un actif préfère rester en emploi plutôt que partir en retraite, il doit pouvoir gagner nettement plus en travaillant qu'en prenant sa retraite. 

De même le gouvernement veut permettre aux retraités qui cumuleront un emploi de cotiser, ce qui achèvera de les dissuader de rester en activité. 

Une autre politique serait de privilégier les actifs sur les retraités. Il s'agirait alors de prendre en considération, que les revenus des actifs sont plus faibles que ceux des retraités, ce qui est une exception française et cette spécificité nuit grandement à l'attractivité notre economie en baissant le salaire net. Il serait préférable que les retraités contribuent à la transition vers un nouveau système de financement des retraites plus durable.

C'était d'ailleurs le projet initial d'Emmanuel Macron, qui avait en 2017 augmenté fortement la CSG. A cet époque,  il s'appuyait sur un autre électorat composé d'actifs, avant de s'emparer de l'électorat beaucoup plus âgé de François Fillon. Ce sont ces enjeux purement électorales qui l'ont ainsi amener à modifier substantiellement son projet de réforme des retraites. 

Vers la retraite par capitalisation ? 

Dans ces conditions,  une alternative au système actuel serait un système par capitalisation. 

Une solution qui selon un sondage séduit 51% des 18-25 ans et 46% des 25-34 ans selon le cercle de l'épargne

Mais cette solution est balayé par la majorité présidentielle, comme le rappelle Aurore Bergé sur RTL :

"Elle (la réforme) est nécessaire  encore une fois, car on ne saura plus sinon financer le système de retraite par répartition. Ou alors il faut dire la vérité aux Français, il faut leur dire qu'on va changer de système, qu'on va aller vers un système qui n'est plus un système de solidarité intergénérationnelle,  qui est notre modèle et auquel nous croyons, mais qui serait demain un système par capitalisation,  qui favoriserait ceux qui aurait les moyens de mettre de côté chaque mois (...)"

En l'occurrence, elle évoque un système entièrement financé par capitalisation.  Ce qui n'est pas envisageable pour l'Etat, car un tel changement l'obligerait à payer pour la génération blanche qui subirait la transition et cela il n'en a pas les moyens. 

En revanche un système de financement mixte existe déjà,  ce sont les complémentaires Préfon, Perp, Perce, ou Madelin... Le tout simplifié par Emmanuel Macron en 2019 avrc le PER (Plan Epargne Retraite) et permettant des exemptions fiscales.

Ainsi, il existe bien en France une retraite par capitalisation et le président Macron, loin de lui être défavorable l'a étendue à tous. 

La question demeure : si les jeunes doivent à présent cotiser à ces complémentaires pour avoir une retraite décente, pourquoi doivent il encore autant contribuer à celle de la génération précédente ? 

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