Michel Foucault m'a expliqué l'Hadopi

Je ne sais pas trop comment je suis arrivé à lire "Surveiller et punir", mais, même si je n'ai encore pas finir, j'y ai compris l'HADOPI.

Je ne sais pas trop comment je suis arrivé à lire "Surveiller et punir", mais, même si je n'ai encore pas finir, j'y ai compris l'HADOPI.

Commençons par le de début. Foucault rappelle que la justice de l'ancien régime est celle du roi, et que l'enfreindre, c'était insulter son pouvoir. La punition se devait ainsi d'être exemplaire, le "patient" était supplicié dans une mise en scène monstrueuse et minutieuse. Dans le même temps, la justice royale était, comme le pouvoir du roi, irrégulière. Ici, il avait vendu le charge de juge, là, deux cours s'opposaient, ou simplement personne ne faisait appliquer la loi. Au final, la société était modelée par cet illégalisme: le seigneur avait tout pouvoir sur ses terres, mais la coutume voulait que la vaine pâture soit acceptée. Foucault rappelle que cet illégalisme ouvrait des droits de fait aux populations: les contrebandiers, par exemple, leurs fournissaient des produits sans taxes. Aussi, les supplices publiques restaient ambiguës, qu'un coté le peuple haïssait le criminel parce meurtrier, de l'autre, il avait aussi de l'empathie pour le criminel dont les actes avaient remis en cause le pouvoir du prince. Lors de la mise à mort, le peuple oscillait ainsi entre lynchage et révolte.

Dans les décennies qui précèdent la révolution française, les choses changent. Les bourgeois montent en puissance, et la protection de la propriété prend une importance nouvelle. En effet, l'illégalisme de "droits" devient de "bien", il ne s'agit plus de s'octroyer un droit bien nécessaire mais d'aller voler telle ou telle bien au bourgeois le plus proche. Et, même si la criminalité diminue fortement pendant cette période, les victimes, qui ne sont plus quelques aristocrates mais les plus nombreux bourgeois, se multiplient. La justice ne doit donc plus venger le seigneur, mais punir avec régularité. Le sentences se multiplient et s'alourdissent pour les "petits" délits quand, à l'autre bout, les supplices monstrueux disparaissent progressivement.

C'est bien gentil, mais HADOPI dans tout ça ?

D'abords, Internet a permis un retour de l'illégalisme de droit. Pendant les dix dernières années, le partage illégal n'était peu ou pas réprimé. Pour des raisons finalement assez similaire à la justice royale: les juridictions troubles, absences de police, etc. Au final, ce partage est considéré par ma génération comme une extension du droit à la culture. L'absence de répression a brouillé la frontière entre Napster et une bibliothèque. Aujourd'hui, nous avons aussi nos bandes armées (Anonymous) et nos Robin des bois/voleur de grand chemin (Kim Dot Com,TPB). De l'autre coté, les ayants droits vont de procès vengeurs en sanctions toutes aussi démesurées et médiatiques que les supplices passés (cf. Jammie Thomas ou arrestation de MegaUpload). Mais avec HADOPI, comme entre l'ancien régime et la révolution, les choses changent. Il faut punir plus systématiquement, même des actes qui étaient tolérés auparavant. Mais, dans le même temps, les ayants droits n'ont pas perdu "leurs droits féodaux": les procès paroxystiques sont toujours possibles, la procédure d'accusation est à leurs discrétions, etc. La justice devient donc systématique et irrégulière.

Au final, Foucault m'a fait comprendre deux choses sur HADOPI. D'abord, les majors sont des oligarques, à la fois princes et bourgeois. Ils mélangent culture sacralisée et vulgaire droit des affaires, s'autorisant tout à la fois de martyriser certains et de sanctionner en masse. Ensuite, l'illégalisme de droit est fondamental dans la lutte contre HADOPI. Il faut persister à réclamer la légalisation d'un droit légitime et, non, réduire l'échange illégal à un chapardage de produit culturel. Au passage, la légalisation de la vaine pâture faisait parti des cahiers de doléances. À méditer, non ?

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