Le Soudan en Lumière

 L'actualité réveille, dans la pénombre de notre présent infini, des visages trop souvent écartés de l'Histoire. En ces temps de division, d'Abidjan au Caire, l'Alliance française de Port-Soudan propose de mettre "le Soudan en lumière". Guillaume Michelet a passé trois semaines au "Pays des Noirs" que nous décrivait Hérodote depuis l'Égypte. Une exposition nous fera partager son regard, à Port-Soudan du 19 au 28 mars, puis à la Maison Internationale de Rennes, du 4 au 22 avril

 

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L'actualité réveille, dans la pénombre de notre présent infini, des visages trop souvent écartés de l'Histoire. En ces temps de division, d'Abidjan au Caire, l'Alliance française de Port-Soudan propose de mettre "le Soudan en lumière". Guillaume Michelet a passé trois semaines au "Pays des Noirs" que nous décrivait Hérodote depuis l'Égypte. Une exposition nous fera partager son regard, à Port-Soudan du 19 au 28 mars, puis à la Maison Internationale de Rennes, du 4 au 22 avril

 

Longtemps considérée comme un repoussoir pour l'extérieur - Rome y laissa une tête en bronze d'Auguste, marquant de fait la limite de la persée latine en Afrique -, l'ancienne Éthiopie des "hommes aux visages brûlés" a gardé dans le tréfonds de son désert l'histoire longue des échanges braudéliens. Le christianisme y écrivait encore en grec quand Byzance était déjà Istanbul. Lesdits « Pharaons noirs » de Méroé dressaient encore d'élégantes pyramides, alors que se construisait la bibliothèque d'Alexandrie. Et s'il a fallu un siècle à la religion de Mahomet pour atteindre l'Atlantique, elle a dû attendre le Bas Moyen-Âge pour s'installer profondément dans l'ancienne Nubie.

 

« L'Égypte est un don du Nil », disait Hérodote et la mer Rouge a enfanté de Moïse. La Méditerranée s'est toujours nourrie de ses confins méridionaux, même si les cataractes nilotiques marquaient la frontière d'avec la « Barbarie ». Les empires coloniaux ont ensuite voulu se partager la carte du monde à Fachoda, mais Gordon Pacha, le surhomme de l'Occident, avait déjà succombé dans une Khartoum incapable de contenir les deux bras du fleuve sacré. La foi resurgissait des ténèbres.

 

Nous aurions pu appeler cette exposition: « Soudan, du sable et des dieux ». Sa géographie fit dire à Rimbaud que « le séjour sur les côtes de la mer Rouge énerve les gens les plus robustes; et une année là vieillit les gens comme quatre ans ailleurs ». Mais son histoire a gardé dans le silence du désert la figure immortelle de tous les dieux qui l'ont habité.

 

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Olivier Rolin, l'auteur de « L'invention du monde », a revécu le royaume de Méroé au travers de l'archéologie. À l'occasion de la Semaine de la langue française 2011, il pourrait nous expliquer pourquoi Port-Soudan, fondé en 1905 par les Anglais, peut encore être considéré depuis Paris comme un lieu imaginaire. Cette exposition aurait pour ambition de l'accompagner dans cette exégèse.

 

Port-Soudan, 1er février 2011

Gwénaël Glâtre
Directeur de l'Alliance française de Port-Soudan,
Responsable du département de français à l'Université de la Mer Rouge.

 

Page Facebook: "Alliance française de Port-Soudan"

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