Autodestruction, tradition et innocence : l'histoire d’un amour iranien

Fin 2016, mon séjour en Iran me mène dans un village reculé de la province de Fars. Je vais alors vous emmener dans l’avancée progressive de cette aventure où toutes mes émotions ont été décuplées. Vous découvrirez les personnes attachantes rencontrées, leurs douleurs internes et leurs sentiments réels. Et puis surtout, je vous raconterai une rencontre singulière : l’histoire d’un amour iranien.

Fin 2016, mon séjour en Iran me mène dans un village reculé de la province de Fars. Seule, je découvre un Iran surprenant que je n’avais pas soupçonné après deux mois passés dans ce pays. Je vais alors vous emmener dans l’avancée progressive de cette aventure, où toutes mes émotions ont été décuplées, où j’ai appris que je pouvais aimer purement et sincèrement. Vous découvrirez les personnes attachantes avec qui j’ai noué d’amitié, leurs douleurs internes et leurs sentiments réels. Et puis surtout, je vous raconterai une rencontre singulière : l’histoire d’un amour iranien.

Avant d’entamer la lecture de ce texte, je me dois de vous dévoiler partiellement qui je suis pour vous permettre de vous imprégner de ce texte autant anecdotique qu’intime. De nature pudique, j’ai pour coutume d’instaurer des distances émotionnelles et affectives pour préserver ma sensibilité. Je m’impose alors de garder mes relations amoureuses superficielles, impénétrables. L’affection me rend rude, impartiale et maladroite. Cette relation à l’iranienne aura pourtant chamboulé mes habitudes. N’aimant pas mettre des mots sur mes émotions, cette relation naissante était idéale, ne parlant pas la même langue que mon amant. J’étais loin de me douter que mon langage corporel me trahirait.

Novembre 2016. J’arrive dans un village situé non loin de Chiraz. Le village a une mine délabrée, où nombre de bâtiments tombent en ruine. Je suis loin des grandes villes iraniennes, et surtout, de la police diplomatique. Rare sont les étrangers, mais j’observe des iraniens citadins venus en masse pour le week-end. Une cascade, située dans l’une des montagnes dominant le village, abreuve une rivière autour de laquelle les iraniens déjeunent et s’amusent. La plupart sont jeunes. Je comprendrai plus tard pourquoi.

Je m’installe chez un ami iranien qui gère une auberge. Cet ami s’appelle Hassan. Sa mère l’aide à la cuisine de l’auberge et son ami, originaire de Chiraz, lui porte main forte pour le reste. A l’étage, accessibles par des escaliers extérieurs, se situent les chambres : quatre lits, un par chambre, destinés aux plus chanceux. Les autres bénéficieront de couvertures à même le sol en guise de couchettes. Des poêles à bois permettent de chauffer chacune des quatre pièces pour palier au froid qui arrive doucement en Iran en ce mois de Novembre. En contrebas du bâtiment, quelques marches descendent et nous permettent d’entrer dans une salle commune, notre futur lieu de rencontres et de détente : le café de l’auberge ouvert à tous où mon ami Hassan et sa maman reçoivent les invités. Il y a du thé, des gâteaux, un baby-foot, des narguilés, une télévision et de quoi écouter de la musique. L’endroit est sombre et sent la cigarette froide. Je viens de plonger dans un Iran que je n’avais pas encore découvert. J’installe mes affaires à l’étage puis je descends rejoindre ce café curieux. Je m'assieds, on me sert un thé. Arrivent alors progressivement des amis et des connaissances d’Hassan. Je les observe avec grand intérêt. L’un d’eux possède une guitare (Meisam), un autre parle parfaitement anglais et aime improviser des textes de rap (Massoud). Le premier est roots, le deuxième a une démarche dandy avec sa veste en laine aux motifs aztèques similaires aux vestes que l’on pourrait trouver en friperie. Puis arrive Shapour, l’ami dont je parlais plus tôt. Celui qui aide Hassan et sa maman à gérer l’auberge. J’apprendrai bien plus tard les raisons de sa présence au village. Discret, il parle peu. Il a un regard sombre, inquiétant, mais envoûtant et déstabilisant. Alors que je parle avec Hassan qui s’est assis à ma table, j’observe du coin de l’œil Shapour. Je suis autant curieuse que méfiante : pourquoi est-il si distant ? Très vite, je rigole avec Hassan et ses amis musiciens. Entre temps, deux slovaques nous ont rejoints, eux aussi en voyage en Iran. Une belle équipe est en train de se former. Le jeune homme à la guitare et à la démarche roots, Meisam, commence à jouer une chanson. Étonnamment, Shapour se pose à ses côtés et commence à chanter. Première vidéo, premières images de ce personnage singulier. Après deux heures à nous réchauffer dans le café, Hassan et ses amis iraniens nous proposent d’aller nous balader en montagne. Nous traversons la foule qui déjeune sur l’herbe afin de remonter la rivière jusqu’à sa source. Nous marchons une petite demi-heure. Shapour reste un mystère. Nous longeons la falaise et nous nous asseyons sur des marches qui surplombent la vallée. Meisam ressort sa guitare pour jouer des airs iraniens qui s'enchaîneront pendant plus d’une heure. Des inconnus iraniens s'arrêtent sur leur passage, rejoignant alors Meisam, Hassan et Shapour dans cette frénésie à l’iranienne. Je devine alors que les chansons reprisent à la guitare sont des morceaux populaires iraniens. J’apprécie cette force iranienne où la musique possède une place prédominante dans leur culture. Je suis assise aux pieds des garçons. Devant moi, une vue imprenable sur la vallée, derrière moi, des inconnus iraniens qui chantent en cœur. Le moment est comme figé, c’est agréable. Je suis dans un autre monde. Je souris bêtement en pensant à mon pays natal qui me parait si loin.

Les heures passent, nous restons groupés. La nuit tombe et la soirée s’élance vers 7pm. De retour au café de l’auberge, on me propose de l’alcool. Je suis surprise. Autant il est fréquent de boire dans les maisons en Iran, autant je ne m'attendais pas à ce que l’on me propose de l’alcool dans un endroit avec autant de passage, susceptible de recevoir des inconnus à tout moment. J’accepte. On me sert un verre d’arak. Classique, c’est le seul alcool que vous pouvez trouver facilement en Iran, sa fabrication étant artisanale et clandestine. C’est un tord-boyaux auquel je commence à m’habituer après deux mois dans ce pays. Les minutes défilent, l’humour est toujours à l’honneur, puis nous sortons. On déambule dans les ruelles sombres de ce village dont les bâtisses s'émiettent. Je suis la seule fille mais l’alcool me fait oublier le risque et renforce ce goût inné pour l’aventure. Les Iraniens nous mènent à quelques rues du café d’Hassan. Nous nous arrêtons devant une maison. Étrange, rien de spécial ne semble se dérouler ici. Shapour frappe et échange quelques mots avec la personne qui se cache derrière la porte. Nous entrons. A l’étage, un restaurant lambda. Au sous-sol, la soirée bat son plein. Une vingtaine d’iraniens sont assis autour des tables. Volume musical poussé à son maximum, narguilés, bières et liqueurs d’alcool. Les Iraniens nous abandonnent quelques instants. Je m’assois autour d’une table avec les deux slovaques et un français rencontré en cours de route. Nous hallucinons de ce qu’il se passe sous nos yeux, on en rigole. Les tournées de boissons s'enchaînent, nos amis iraniens reviennent. Shapour est toujours là, toujours discret. Pourtant, depuis le début, c’est lui qui mène la danse, qui nous apporte les boissons et qui nous a guidés jusqu'à ce café inouï. Vers 3h du matin, nous quittons l'enthousiasme du café où nous nous trouvons pour retourner à celui d’Hassan. Mes amis européens sont toujours là. Nous poursuivons la soirée sous la lumière des bougies afin de ne pas éveiller la méfiance. Apercevoir des lumières à travers les fenêtres à une heure pareille pourrait être suspect. Tous nos amis iraniens sont partis dormir, sauf Shapour. Je suis contente qu’il soit là, assis à côté de moi. Petit à petit, la boisson dénoue sa langue, il ose enfin parler anglais. Je ne sais pas quoi lui dire, je suis troublée. Mes amis européens parlent des substances illicites en Iran et interrogent Shapour sur la présence de drogues dans le village, sur la possibilité d’en consommer. Shapour peut leur en fournir, il suffit qu’ils le lui demandent. Je commence à cerner le personnage. Dans ce village, nous sommes dans un monde iranien parallèle. Je comprends alors que ce sont l’alcool et les substances qui attirent cette jeunesse venue se ressourcer près de la rivière. Durant mon séjour, je verrai certains jeunes fumer du cannabis en marchant dans la rue, d’autres cachant à peine leur bouteille d’alcool. Qui aurait cru que cela soit possible en Iran ? Je cerne désormais la réputation du village et découvre pourquoi les descentes policiaires y sont régulières. Mais les iraniens sont malins, ils savent qu’ils sont observés, de près ou de loin. A chaque instant.

De cette nuit, je ne me souviens plus du contenu de nos conversations, sauf une, que je ne suis pas prête d’oublier. Vers 5h du matin, alors que la soirée touche doucement à sa fin, Shapour ose enfin prendre la parole en anglais : « C’est vraiment compliqué pour moi de m’exprimer en anglais, alors je vais essayer de faire un effort. Je ne sais pas comment vous le demander, mais j’ai une question à vous poser ». Nous sommes curieux. Nous le rassurons : “Shapour, ton anglais est bon. Nous te comprenons, n’aies pas peur de t’exprimer ». Il me regarde, sourit timidement, et poursuit : “Quand j’étais plus jeune (il a environ 27 ans lorsque je le rencontre), je jouais souvent aux jeux vidéo en ligne, comme un adolescent normal. Mais lorsqu’avec les autres joueurs nous échangions sur nos pays respectifs et que je leur disais que je venais d’Iran, on me répondait “terroriste”. Pourquoi? “. Ses mots ont instauré un silence pénible. Je regarde mes amis slovaques et français, ils baissent tous la tête. Je suis révoltée. On tente de lui expliquer l’ignorance des gens. Mais cet amalgame envers les Iraniens n’est pas rare. Nos mots ont donc probablement eu peu de poids face à la douleur que peut ressentir un adolescent iranien devant une telle injustice des mots.

En journée nous traînons au café, nous jouons à des jeux (échecs, cartes, etc.) ou nous lisons en nous remettant doucement de nos nuits précédentes difficilement assumées. La musique retentit, Massoud rap avec une parfaite élocution en anglais. Puis les musiciens sortent leurs instruments pour commencer une jam pendant que d’autres tentent un tournoi au baby-foot. Je fais partie de la bande « baby-foot ». Je gagne à plusieurs reprises, les hommes sont surpris de voir une femme jouer et gagner. Chacun me veut dans son équipe, ça me fait rire. Alors que nous nous apprêtons à quitter le café d’Hassan pour nous diriger vers un autre café le temps de la soirée, les iraniens croisent des connaissances au niveau de la porte d’entrée. Je devine que Shapour leur explique que nous allons nous balader, que nous reviendrons plus tard. Parmi ces jeunes hommes, un homme me regarde fixement. Il a le regard noir, plus noir que celui de Shapour. Il porte un sweat à capuche qui cache son front et une longue barbe noire qui descend quasiment jusqu’au début de son torse. Shapour lui parle, il me regarde toujours fixement. Il me fait peur, une peur rarement ressentie dans ma vie. Cet homme s’appelle Mohammad. Je serai amenée à le revoir plus tard durant mon séjour. Alors que nous remontons le chemin pour trouver l’autre café, Shapour m’adresse officiellement ses premiers mots. Il me prévient : “ Tu vois l'homme à qui je viens de parler ? Ne t’approche pas de lui, il est dangereux”. Je suis à peine étonnée mais lui demande qu’est-ce qu’il entend par “dangereux”. Il ne répond pas et accélère le pas. Il passe à autre chose. Sa phrase me trotte dans la tête. Je lui redemanderai plus tard dans la nuit ce qu’il voulait dire par ces mots. Il ne me répondra toujours pas. Pour resituer le café où nous nous rendons cette soirée, je suis obligée de faire un léger aparté. Quelques jours avant ce séjour, j’ai rencontré un musicien iranien dans le Golfe Persique. Il m’a donné les coordonnées de l’un de ses amis qui tient un café dans le village où je suis actuellement. En Iran, le monde est petit malgré ses 80 millions d’habitants. C’est donc dans ce café que nous allons cette nuit-là. Nous toquons à la porte. Le propriétaire du café nous ouvre, Ali. Il nous attendait car je l’avais préalablement contacté sur Instagram. Il nous reçoit comme des rois. Nous sommes une dizaine. Le café est bondé d’iraniens, de musiciens. Il y a un piano, un saxophone, des guitares, tout le monde joue, danse, chante. La passion s’agite dans un décor typique et traditionnel. Enième moment filmé, je ne peux laisser échapper ces instants magiques. La nuit s’écoule, nous nous amusons au milieu de ces iraniens venus de part et d’autre du pays, des jeunes, des moins jeunes. Le lieu est serein, gai, festif. Je ne me lasse pas de regarder les belles personnes qui m’entourent. 

Au fur et à mesure que les jours avancent, je contemple davantage Shapour. A défaut d’avoir des mots, je vois des gestes et un langage corporel qui ne trompent pas. Serviable, fiable et respectueux envers Hassan et sa maman, je devine petit à petit le personnage. Je perçois aussi une part de lui qui flirte avec le risque et l’imprudence. Puis, progressivement, je sens le regard de Shapour qui se pose sur moi, un regard à la fois insistant mais réservé. Un jeu charmant et charmeur prend place. Nous nous suivons mutuellement. Comme s’il s’assurait de veiller sur moi. Sa froideur tombe, une complicité muette s’installe. Ce jeu reste cependant dangereux et peut nous causer bien des tords dans un Iran moderne où l’emprisonnement est une issue envisageable pour ce genre de relation. Le jour de mon départ, nous allons nous balader. Nous marchons à travers la vallée sous une pluie brumeuse qui m’oblige à emprunter un poncho imperméable aux amis slovaques. Le décor affiche un autre visage que celui côtoyé jusque-là. Tout devient plus sauvage, plus impressionnant. Une heure de marche se consume, nous arrivons au début d’un canyon. Les autres marchent devant, ils ont pris de l’avance. Je suis en retrait avec Shapour, en silence. Je sais dorénavant qu’il ose s’exprimer en anglais seulement sous l’emprise de l’alcool. On se regarde, on se sourit, cela suffit. Puis, subitement, sa voix résonne entre deux falaises : Soltan e Ghalbha. Il commence à chanter ce célèbre morceau iranien : “the king of my heart”. Je sors mon appareil pour filmer cet instant mémorable. Nous continuons à nous enfoncer dans les falaises et le poncho en plastique renferme désormais l’humidité ambiante et ma transpiration. Nous arrivons dans une vallée rocheuse délimitée par des falaises qui s’étendent à perte de vue. Les slovaques et le français qui nous accompagnent décident, de manière spontanée et inconsciente, de les escalader pour découvrir ce qu’il se cache derrière ces hauteurs. De toute évidence, je n’aurais pas pu les suivre, j’ai le vertige. Je reste au pied des falaises avec Shapour et Hassan. Nous continuons à nous aventurer vers des chemins sinueux nous amenant à des grottes. Nous attendons que les autres descendent. Nous n’avons pas de réseau pour les appeler et nous les avons perdus de vue depuis qu’ils ont passé les falaises. Nous attendons. Une heure. Deux heures. Nous apercevons enfin des tâches dans les hauteurs. Les voilà. Nous commencions à nous inquiéter. Ils nous rejoignent et nous buvons un thé préalablement chauffé et conservé dans un thermos. Nous repartons au village comme une joyeuse colonie de vacances.

Le soir de mon départ approche. En attendant de retrouver la station de bus de Chiraz, je joue au baby-foot. A cet instant, Mohammad, l’homme “dangereux” dont je dois me méfier, arrive. Il ne ressemble plus à ce que j’ai décrit précédemment. Il porte une chemise blanche repassée, il a retiré sa longue barbe noir, désormais rasé à blanc. Je vois ses tatouages sur les mains et plusieurs bagues en argent aux doigts. Les iraniens le chambrent. Sous le regard moqueur de ses amis, il sourit en se frottant le torse et en me regardant. Il lui manque des dents et malgré sa transformation physique, son air voyou reste accroché à lui. A sa manière de me regarder, j’ai l’impression qu’il s’est fait beau pour moi. Je suis gênée. Je continue de l’ignorer en terminant ma partie de baby-foot. Il s’installe dans le coin sombre de la pièce et m’observe jouer. Cet instant est autant effrayant que le personnage. Puis lui et ses amis prennent la relève. Je m’écarte d’eux. Il me fait signe de rester. Il veut que je joue avec lui. Je suis suspicieuse, je ne lui fais aucunement confiance, mais j’accepte. Nous jouons en deux contre deux. Mohammad et moi gagnons. Pendant ce temps, Hassan et Shapour discutent. Hassan me glisse à l’oreille : “Shapour te conduit à l’aéroport, prépare toi à bientôt partir”. Je quitte la partie et mon duo avec Mohammad pour faire mon sac. Lorsque je reviens au café, Mohammad et Shapour discutent. Mohammad lui demande de me traduire quelques mots, Shapour applique : “Il me dit de te dire que la partie au baby-foot était un pari. Etant donné que Mohammad et toi avez gagné, l’équipe adverse vous paie un repas en tête à tête”. J’ai envie de rigoler. Je sens la jalousie dans son regard lorsqu’il me prononce ces mots. Je comprends aussi sa colère, comme s’il voulait me dire “je t’avais dit de garder tes distances avec lui”. Cette situation est absurde. Je décline gentiment l’invitation de Mohammad en précisant que je dois partir à la gare. Shapour lui transmet mes dires avec un plaisir certain. Je dis au revoir aux personnes qui ont rendu ce séjour aussi étonnant que merveilleux. Je suis déjà en retard pour prendre mon bus et comme à son habitude, les embouteillages à l’entrée de la ville n’arrangeront rien. Shapour, au volant, appelle des amis pour me réserver le bus suivant. Les choses se compliquent. Lorsque j’arrive à la gare, le bus vient de partir. Ironie du sort ! Shapour me guide jusqu’au guichet en charge des trajets Chiraz/Téhéran. Le bus suivant arrive trop tard le lendemain matin à Téhéran. Je ne sais pas quoi faire. Dix minutes passent avant que j’écrive à ma directrice : “Je viens de louper le bus, je prendrai un bus demain. Je ne rentrerai à l’office que dans deux jours, je suis désolée”. Shapour ne comprend pas ce que je fais, persuadé que je cherche une solution pour partir dans la soirée. Je finis par lui expliquer que je reste et que je repartirai le lendemain. Il sourit. Nous repartons ensemble avec pour conviction que le destin a rempli sa mission.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons dans un parc de Chiraz. L’endroit est glauque. Nous sommes parqués au centre de barres d’immeuble où les lampadaires se font rares. Il me dit d’attendre dans la voiture puis disparaît dans la pénombre du parc : “Wait here !”. Plusieurs minutes s'écoulent. Je suis seule dans la voiture, perplexe. J’aperçois enfin Shapour, une bouteille d’arak à la main. Voilà donc à quoi ressemble l’achat d’alcool de contrebande en Iran. Nous prenons de nouveau la route pour retourner au village. Alors qu’il conduit, il reçoit un appel d’Hassan et des autres qui nous attendant au café. La police des mœurs est postée à l’entrée du village et contrôle toutes les voitures entrantes, de fond en comble, pendant que l’autre partie de l’équipe frappe aux portes des maisons pour fouiller les habitations dans le but de trouver de l’alcool ou autres substances. Je commence à m’inquiéter, mais Shapour semble maîtriser la situation. Après tout, quel Iranien ne maîtriserait pas cette situation quasi quotidienne ? Dans le virage précédant le checkpoint, à environ 40 mètres, il balance la bouteille d'alcool en plastique par la fenêtre, directement dans le fossé. Nous prenons le virage : une vingtaine de bassidjis (milice paramilitaire née de la Révolution Islamique de 1979) nous attendent. Ils arrêtent la voiture et réquisitionnent mon passeport. Ils m’interrogent sur la raison de ma présence en Iran et surtout, sur ma présence au village. Ils font descendre Shapour et fouillent la voiture. Rien ! Ils nous laissent repartir. Shapour reviendra plus tard chercher la bouteille quand la police sera partie. Ni vu ni connu ! Ce qui vient de se passer me dépasse.

Pourtant, ce n’est pas la première fois que je suis confrontée à la police durant ce séjour. Une aventure similaire s’est déroulée quelques jours auparavant alors que j’étais en voiture avec Hassan entre Chiraz et le village. Hassan conduisait, nos amis slovaques étaient assis à l’arrière et j‘occupais la place du passager avant. Sur l’une des artères principales reliant la ville au village, un policier fit signe à Hassan de se mettre sur le bas-côté. Pourquoi décidèrent-ils d’arrêter notre voiture parmi tant d’autres ? Bonne question. Même schéma, Hassan dû descendre du véhicule. Nous, nous restions assis pendant que les policiers contrôlaient nos passeports et nous demandaient, à leur habitude, ce que nous faisons là. Nous étions naturellement méfiants envers cette police effrayante qui peut embarquer n’importe quel individu sous n’importe quel prétexte. Je regardais l’un des policiers fouiller le véhicule et l’habitacle. Puis il tira un tube vide situé sous le siège du conducteur, l’ouvrit et le sentit. Il leva les yeux vers nous avec un sourire inquiétant et me tendit le tube en me disant : “Hum, it smells good. Smell !”. Je sentis : une forte odeur de weed. Sans doute un tube qui permet à Hassan de renfermer son cannabis. Avec les slovaques nous prétextions l’ignorance pour ne pas porter atteinte à Hassan. Nous ne savions pas comment réagir, la pression montait. Le policier garda le tube, se releva et regarda ses collègues postés à ma fenêtre. Le policier accoudé à côté de moi regarda alors Hassan. Ils échangèrent en farsi. Puis il me regarda et me sourit en nous souhaitant un bon séjour en Iran. Incompréhension ! Hassan monta dans la voiture, nous repartions. Il nous dit alors : “le policier m’a laissé repartir parce que je suis avec des étrangers, des visiteurs. Ils sont plus laxistes à Chiraz qu’à Téhéran. Ils m’ont dit de vous dire de ne pas avoir peur. Qu’ils font seulement leur travail et qu’ils espèrent que vous passerez un bon séjour en Iran”. J’hallucinais encore plus. Les paradoxes de ce pays sont difficilement compréhensibles.

Durant cette soirée, celle où j’ai loupé le bus qui aurait pu mettre un terme à cette délicate aventure, nous avons profité d’être encore tous réunis - les slovaques, le français, Hassan, Shapour et moi - avant que chacun ne reprenne différents chemins. Pour la première fois, Shapour se couche à côté de moi. Je devine une satisfaction de m’avoir à ces côtés pour ces supposés derniers moments. Le lendemain soir, la nuit tombée, je m’apprête à partir pour de bon. Je dis au revoir à mes camarades, puis je sors devant l’auberge pour retrouver Hassan et sa maman. J’en parle peu ici, mais ces deux personnes ont été très importantes durant mon séjour et m’ont donné beaucoup d’attentions que je ne suis pas prête d’oublier. La mère d’Hassan, dont je ne comprends pas les mots, s’approche de moi en tenant dans ses mains un livre broché dont la première page est calligraphiée. Elle me fait signe de me baisser pour pouvoir passer le Coran au-dessus de ma tête. Je ne comprends pas ce qu’il se passe, ce geste étant pour moi inhabituel. La mère et le fils me disent de partir. A peine retournée pour remonter le sentier qui me mène au taxi, ils jettent une coupelle d’eau sur le chemin qui me sépare d’eux. Hassan me fait un signe de la main et me dit : « Voilà, tu es bénite et l’eau nous a permis de te souhaiter bon voyage et plein de réussites. Tu vas nous manquer ».  Je m’éloigne, Shapour m’accompagne. J’ai le cœur lourd. Plus haut, dans une ruelle sombre, une voiture m’attend. J’ouvre la portière pour déposer mes affaires. Je me retourne vers Shapour, il me dit au revoir en me serrant la main, bien que cela soit interdit de toucher une femme en public. Étonnamment, mes émotions prennent le dessus et je m’empresse de le prendre dans mes bras. Après tout, seul le chauffeur de taxi est témoin de cette scène. Shapour est surpris. Je pars les larmes aux yeux mais je suis bénie. Bénie d’avoir la chance de vivre de si belles expériences.

De retour à Téhéran après une nuit de bus, je vais travailler et reprend le cours de ma vie dans la capitale. Mais ce séjour dans le village ne quitte pas mon esprit. Il faut que j’y retourne avant de quitter l’Iran. Deux semaines s’écoulent. Mon dernier weekend dans ce pays merveilleux approche. Que faire de mes derniers jours ? Si je reste à Téhéran, je ne connaîtrai que les jours moroses apportés par l’hiver, la difficulté à rassembler du monde sans avoir la police qui ne frappe à la porte et la nécessité de glisser des billets pour les faire repartir. C’est décidé, je prends mes billets pour Chiraz, quelques jours de plus au village, les derniers. J’écris à Hassan pour le prévenir que j’arrive chez lui dans deux jours. Je suis excitée à l’idée d’y retourner. Je n’en dis rien à Shapour.

L’avion atterrit à Chiraz après une heure de vol. Il est environ 9h du matin. Je n’ai pas défait ma ceinture, le voyant de l’avion est encore rouge, je reçois un appel : « SHAPOUR  – Incoming call». Je souris, je décroche : « Gwen, where are you ? ». J’ai le cœur qui bat. Je sors du hall, Shapour est seul à m’attendre devant l’aéroport pour me guider à la voiture. Hassan conduit, je suis à l’arrière avec Shapour, qui ne parle toujours pas mais me regarde avec ses yeux noirs et un sourire discret. Une étrangère belge nous accompagne, elle est également en séjour chez Hassan. Elle nous annonce que ce soir nous irons tous les quatre chez l’un de ses amis iraniens, au milieu des vignes au nord de Chiraz. Nos amis iraniens, Massoud et Meisam ne seront pas présents lors de ce dernier séjour. Après avoir demandé de leurs nouvelles à Hassan, il m’apprend qu’ils sont tous deux en hôpital psychiatrique pour guérir leur addiction à la drogue et l’alcool, les centres de désintoxication n’existant pas en Iran. Peu d’éléments à cette triste nouvelle me seront donnés. J’imagine que leur famille ont fait pression sur chacun d’entre eux pour les placer sous surveillance – chacun dans un hôpital différent.

La journée s’écoule, nous reprenons la route pour aller chez l’ami de la Belge dont je n’ai plus le nom en mémoire. Il fait nuit, nous arrivons chez notre hôte. Sa maison est petite. A droite du hall d’entrée, nous accédons à une salle commune où se côtoient la cuisine, un canapé et des couvertures au sol sur lesquelles nous dormirons près du poêle. De l’autre côté du couloir, la porte de gauche donne accès à une chambre où deux lits simples se font face de part et d’autre de la pièce, la porte de droite renferme la salle de bain. Nous sommes loin des appartements dorées de Téhéran. Le jeune homme nous sert des saladiers remplis de grenades roses et sucrées à souhait. Un fruit que les iraniens s’arrachent en décembre. Comme toujours, nous rigolons et discutons. La soirée passe à une vitesse folle. Je suis heureuse d’être de retour dans la région, entourée par ces personnes intérieurement tristes mais d’apparences vivantes. Tard dans la nuit, nous finissons par déplier les couchages pour nous endormir. Hassan et notre amie belge vont se coucher dans la chambre. Notre hôte iranien dort près du poêle depuis une heure déjà. L’opium l’a couché. Je suis seule avec Shapour, nous nous allongeons sous le même duvet, officiellement dans ses bras. « Pourquoi es-tu revenue ? » me demande-t-il. Je suis surprise. Ma fierté me pousse à mentir. Je lui réponds que j’ai aimé le village, que je voulais encore en profiter avant de quitter l’Iran. Je rigole encore en pensant à cette excuse décevante. Il me regarde, on se comprend. Je sais qu’il a saisi que je suis revenue pour le voir une dernière fois. Il y a des signes qui ne trompent pas.

Cette nuit-là, blotti dans mes bras, Shapour se livre. Il était temps. Il me dit qu’après ses études où il a rencontré Hassan, il a disparu pendant plusieurs mois. Mais ses péripéties se sont multipliées, son père s’est lassé. C’est à ce moment qu’il est revenu vers Hassan pour lui demander un toit en échange de son aide au café. Bagarres, drogues, accidents en tout genre, etc. Shapour me dévoile une vie dangereuse que j’avais devinée par les nombreuses cicatrices qui marquent son corps. Il aime les risques même s’il tente de se libérer de ses démons. Il me précise que ses parents veulent le marier, comme ses frères, depuis ses 18 ans. Il a 27 ans, célibataire et instable, c’est une honte pour sa famille pour qui le poids social pèse. Il m’apprend que son père est un riche industriel iranien qui travaille, en partie, pour le gouvernement. Un homme influent pour qui avoir un fils comme Shapour peut lui causer bien des torts. Alors, quelques mois avant que je ne le rencontre, son père l’a mis à la porte de la maison et de l’entreprise familiale pour une année entière. Sans portable, sans ordinateur, sans argent, réseaux sociaux désactivés. « Il a voulu m’apprendre la vie ». Je pense que Shapour n’avait toujours pas compris l’importance de ses actes au moment même où je le fréquentais. La veille de mon arrivée, il s’est battu avec Mohammad. Celui qui voulait dîner avec moi, celui qui me faisait peur et dont je devais me méfier. Il n’a pas voulu m’expliquer la raison de cette altercation. Depuis, il est marqué à l’arcade sourcilière et a mal au cœur : « Mohammad m’a frappé avec un bout de bois au niveau du cœur ». Je tente de lui dire de prendre soin de lui en quittant cette vie dangereuse, en prenant en main son addiction à l’alcool. Je le lui redirai jusqu’à nos derniers instants ensemble. Il finira par me le promettre malgré son entêtement : “Promis, je ferai attention à moi  et j’essaierai de réduire ma consommation d’alcool. Pour toi !”. Le lendemain de ces confessions nocturnes, chacun se lève difficilement. J’ai mal au dos. Mon corps me fait subir la rudesse de mes nuits sans matelas. Nous sortons dans le champ de vigne asséché par l’hiver et jaunis par la chaleur de l’été précédent. L’air est frais, nous buvons ensemble le thé sous le soleil matinal.  Nous repartons aussitôt vers le village. L’ami iranien de la Belge nous y rejoint plus tard dans la journée. Nous nous regroupons dans le café. Hassan et la Belge se couchent plus tôt, nous portons encore le poids de la soirée de la veille. Je me retrouve dans l’une des chambres de l’auberge d’Hassan. Shapour est là, l’iranien aussi. Nous discutons. Shapour me demande de parler moins vite pour qu’il comprenne mais ne participe pas à la conversation. Avec l’Iranien, nous parlons du poids de la société sur la jeunesse iranienne et d’état d’âmes. C’est passionnant. Il me demande mon avis sur plusieurs sujets, sur l’épanouissement personnel, il me parle de lui, de l’impact qu’à sa famille sur sa liberté. Il me dit qu’il va mal et qu’il n’est pas un cas isolé en Iran. Pour oublier, il fume de l’opium. Cela l’aide à s’endormir en laissant de côté tous les maux qui lui pèsent. Shapour finit par s’allonger sur mes jambes alors que je suis adossée contre le mur. Il écoute attentivement ce que nous disons. Pendant ce temps, notre ami iranien est assis près du poêle afin de pouvoir faire brûler sa boulette d’opium. La nuit est calme. Notre ami part se coucher, j’entame ma dernière nuit avec mon complice. Il a toujours mal au cœur et s’arrête parfois de parler en se tenant le torse, la douleur est forte et ponctuelle. Si forte qu’il a parfois des difficultés pour respirer. Je lui dis d’aller voir le médecin le lendemain. Il ne veut pas : « ce n’est pas grave, je n’ai pas besoin d’un médecin. Ça doit être à cause de la bagarre avec Mohammad, ça finira par passer ». Je me moque de sa réaction puérile et masculine.

Nous nous endormons tard pour nous réveiller à l’heure du déjeuner. Le poêle s’est éteint, il ne reste que des braises. Shapour a encore mal au cœur. Je lui dis d’aller voir un médecin. Il refuse. J’insiste. Il capitule. Il ira chez le médecin dans l’après-midi. Soudainement et brutalement, quelqu’un frappe à la porte de la chambre. Je me rhabille rapidement. Shapour ouvre. Un homme que je n’ai encore jamais vu passe la tête par la porte. Au ton de sa voix, à sa carrure, le danger et l’insécurité se dégagent de lui. Il parle avec Shapour en farsi, puis rentre dans la chambre. Il s’assied sur la banquette en face de moi, les jambes écartées, les coudes posés sur ses genoux, il me regarde fixement sans dire un mot. La posture d’un caïd, le regard menaçant. Si je suis habillée, mes épaules restent découvertes. Cela me met mal à l’aise d’être aussi peu vêtue devant un inconnu iranien. Je le regarde fixement à mon tour et quitte la pièce. Son intimidation fonctionne. Une fois dans ma chambre, j’entends l’homme lever la voix contre Shapour, je comprends qu’ils parlent de moi : « française, étrangère ». Je reconnais ces mots. J’enfile une veste dans ma chambre, me voile et descends au café. J’explique ce qu’il vient de se passer à Hassan. Il comprend de qui je parle et me confirme qu’il n’est pas une bonne fréquentation. « Je ne l’aime pas non plus, je m’en méfie » me confie Hassan. Lorsque Shapour redescend, il me dit qu’il part à Chiraz, avec cet homme, pour la journée. Je ne suis pas rassurée de le savoir avec lui, leurs histoires ne devant pas être d’une grande légalité, ni d’une grande sagesse. D’autant plus qu’il s’agit de mon dernier jour dans cette province iranienne.

Pendant ce temps, je pars avec Hassan faire du karting. Je n’aurais jamais imaginé pouvoir faire du karting en Iran. En arrivant, je dois passer par un vestiaire spécial afin d’enlever mon voile et mettre mon casque, pour que les hommes ne me voient pas dévoilée, à aucun moment. Quelques tours de pistes avant de repartir pour notre village en montagne. Alors que je bois mon thé dans la chambre, j’écris à Shapour pour savoir à quelle heure il pense revenir, pour que je lui dise au revoir avant le décollage de mon avion. Il ne peut pas venir. Je l’appelle et insiste afin qu’il trouve une solution. Le processus entre en cours. Shapour et Hassan s’organisent. C’est voté, je pars à la tombée de la nuit avec la mère d’Hassan qui doit aller chez sa sœur à Chiraz. Shapour et l’un de ses amis – que je n’ai jamais rencontré – viendront m’y retrouver. Nous prenons le taxi, je dis au revoir à Hassan, toujours avec la même douleur. Arrivées à l’adresse familiale, Shapour est garé devant le portail. Avant de transiter dans leur voiture, je fais mes adieux à la maman d’Hassan. Ma mâchoire est serrée, je me retiens de montrer ma tristesse. Désormais tous les trois dans la voiture, Shapour se retourne pendant que son ami continue de rouler. Nous avons fait ce que nous n’avions encore jamais fait devant une tierce personne : nous prendre la main. Aucun contact physique ne pouvait avoir lieu entre Shapour et moi en publique pour une raison évidente : la République Islamique d’Iran. Pourtant, sur la route vers l’aéroport, Shapour passera son trajet tourné vers moi, ne pouvant détacher sa main de la mienne. Il me confie alors avoir été chez le médecin. Je suis soulagée. « Tu avais raison, le médecin m’a dit que j’ai un problème de cœur. Je dois passer des tests pour savoir ce que j’ai. » Je marque un silence avant de l’interroger. « C’est grave ?». « Oui », me répond-il. Je lui demande de m’expliquer. « Mon anglais n’est pas assez bon pour que j’arrive à te dire ce que j’ai». Je n’aurai pas les réponses à mes questions. Alors je lui sers la main, fortement, pour lui faire comprendre que cela m’affecte et m’inquiète. L’ignorance sur son état de santé me tracasse encore aujourd’hui. Nous arrivons à l’aéroport. Mon check-in a commencé mais nous prenons le temps pour parler, une dernière fois. Son ami est aussi venu m’accompagner. Je dois y aller. Nous nous saluons pour nous dire au revoir car il serait trop risqué de se prendre dans les bras dans un lieu public aussi fréquenté qu’un hall d’aéroport. Nous sommes émus. Les derniers mots de Shapour retentissent encore : « la prochaine fois que nous nous verrons, ça sera en Europe ». J’acquiesce. Je pars. Décembre 2016.

Deux jours plus tard, je quittais l’Iran où je n’ai toujours pas remis les pieds. Sans portable, sans réseaux sociaux, je n’ai jamais pu reprendre contact avec Shapour. J’ai tenté d’avoir de ses nouvelles via Hassan mais en Janvier 2017, Shapour est parti sans revenir. Je crois que cet homme est également un mystère pour ses propres amis. Décembre 2017, un an après cette histoire, Hassan a des nouvelles, il me les écrit : « Shapour est désormais en Irak ... ».

Shapour. Ta loyauté et ta sensibilité m’ont été révélées malgré ton regard dur et cette indifférence à laquelle tu tentais de te rattacher. Cette relation, à bien des égards, n’aurait pas pu durer mais son intensité satisfait largement cette courte histoire. Tu m’as permis de goûter à une complicité où l’affection n’a pas de mots plus sincères que les actes. Je ne t’observe plus, mais j’espère que tu tiens ta promesse : prendre soin de toi.

Shapour Shapour

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