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Billet de blog 23 oct. 2018

Grande enquête du Monde: Après Sophia Chikirou, Xavier Niel?

En mars 2018, Sophia Chikirou répondait publiquement au questionnaire que Le Monde lui faisait parvenir concernant le rôle de Mediascop dans la campagne de Mélenchon, et apportait des précisions sur sa facturation. Je verse ces pièces à la discussion générale, n'ayant pas le souvenir qu'elles aient été publiées ou exploitées par Le Monde, ni par quelque autre média, d'ailleurs.

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Tweet de @SoChik75 du 15/03/2018:

En exclusivité : les questions du @lemondefr sur ma société Mediascop et mes réponses. N'ayant aucune confiance en eux, je préfère publier mes réponses intégralement. @radiofrance @mediapart @annemichel_LM @y_bouchez Vous y trouverez aussi mes questions.

GRANDE ENQUÊTE DU MONDE

APRES SOPHIA CHIKIROU, XAVIER NIEL?

Mediapart, le Monde et Radio France ont délégué leurs meilleurs enquêteurs pour examiner les comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon. Ils m'ont contactée pour me questionner sur ma société Mediascop qui a été un des prestataires de la campagne présidentielle. Avant de vous livrer les questions des journalistes du Monde, j'apporte quelques précisions sur la société Mediascop.

La société Mediascop n'est pas une multinationale. Ce n'est pas non plus un grand groupe, ni même une PME. Mediascop est une TPE, une agence de communication, détenue à 100 % par moi. C'est une SASU. Son activité : le conseil et la production en communication politique et sociale.

Mediascop existe depuis 2011, 7 ans. Son activité est très liée à mes activités et à ma vie. Rien de plus normal. Ainsi, Mediascop a eu des activités commerciales sans discontinuer entre 2011 et 2014. Elle a connu une pause en 2015 due aux aléas de la vie, ces choses qui arrivent à tout un chacun, la maladie, les événements familiaux. Puis a repris son activité en 2016 entre campagnes politiques et conférences.

Son principal client en 2016 et en 2017 était un candidat à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon. Le travail de Mediascop a consisté à élaborer la stratégie de communication, à la diriger et à organiser et produire aussi bien des événements, des contenus, des vidéos, des émissions, des produits, des documents. Un travail colossal ayant nécessité l'intervention et la rémunération de dizaines de salariés et prestataires.

LMonde : Combien de salariés a employé Mediascop, lors de la campagnprésidentielle 2017 ?

Sophia Chikirou : entre le 1er septembre 2016 et le 21 avril 2017, Mediascop a salarié 17 personnes.

Sous quels statuts?

En CDD et CDI.

A combien d'auto-entrepreneurs avez-vous eu recours, commce fut le cas pour Alexis Corbière ?

Au total, Alexis Corbière inclus, deux.

Quelles prestations a-t-il effectuées pour Mediascop?

Alexis Corbière était chargé de deux missions : le suivi des enquêtes d'opinion, les relations avec les instituts de sondage, et l'analyse de ces enquêtes pour la définition d'opérations de campagne. Par exemple, l'identification des jeunes urbains comme catégorie à cibler dans les campagnes sur Internet. Chaque semaine, il remettait un état des différentes enquêtes, rencontrait les représentants des instituts, obtenait ainsi certaines enquêtes avant leur publication, ce qui permettait d'anticiper les interprétations du parti médiatique contre le candidat Mélenchon. Sa seconde mission a consisté à préparer des documents de campagne: du logo Phi dont il a eu l’idée à la rédaction de documents imprimés.

la reçu une rémunération fix(205euros par mois). N'est-ce paune forme de salariat déguisé?

Son travail ne correspond en rien à un travail salarié : ni lien de subordination, ni horaire fixe, mais tout au contraire, un travail pouvant être réalisé à son rythme. Alexis Corbière était en disponibilité de l'Education nationale et a choisi ce statut car dans le cadre d'une campagne électorale, limitée dans le temps, il correspond parfaitement à ce qu'a été sa mission.

Mediascop compte pour 11 % des dépensedu candidat Mélenchon, Pourtantdans le comptde campagne, riche dmilliers de factures, votre société n'en a psenté que deux, avec des formulationdiverses et générales, suscitant des questionde la part des rapporteurs.

Les factures de la société Mediascop comptent pas loin de 40 pages extrêmement détaillées. Les formulations, loin d'être floues, sont exactement ce que les agences de communication détaillent et précisent dans leurs factures. 4 devis ont été établis tout au long de la campagne et chaque mois un relevé intermédiaire était remis à la trésorerie de campagne. Les dépenses importantes étaient systématiquement décidées en lien avec la trésorerie.

Le détail des factures porte sur le nombre de visuels selon le niveau d'élaboration, les vidéos (chacune nommée et la durée précisée), les métiers sont systématiquement définis, avec les tarifs, tout est précis, clair. Les questions de la commission portaient parfois sur la confusion entre « un script » et « une scripte », deux choses distinctes dans les métiers de l'audiovisuel mais que les fonctionnaires de la commission, n'étant pas professionnels de la communication, ne distinguaient pas au premier abord.

Les questions de la commission ont par ailleurs porté sur plusieurs centaines de milliers d'euros et au final, seule la somme de 33000 euros a été réformée au prétexte d'une différence entre la grille tarifaire de Mediascop et la facturation, Or, j'avais justifié cette différence par le fait que Mediascop ayant fait appel à des sous-traitants de l'audiovisuel, elle avait répercuté leurs tarifs sur la facture. La commission a choisi, et c'est son droit, de ne pas tenir compte de cette justification.

Avez-vous eu recours à des sous-traitants?

Oui. La société Mediascop est une agence de communication mais elle a rendu des services qui relèvent de la production audiovisuelle, les clips de campagne, les émissions sur la chaîne Youtube du candidat, la réalisation de vidéos en motion design ou encore la commande de produits (sacs, T-shirts ... ). Une dizaine de sous-traitants sont intervenus et chaque fois, il a été refacturé exactement le montant des factures des sous-traitants. Cest d'ailleurs ce qui explique la différence entre la grille tarifaire de Mediascop et certains coûts qui étaient ceux des sociétés de production audiovisuelle.

Sur 1,161 million d'euros facturés, quel a été votre bénéfice  ?

Mediascop applique une marge de 10 % pour ses factures. Dans le cas de la facture présidentielle, le bénéfice avant impôt a été de 110 000 euros. Il est bon de rappeler que, dirigeante de Mediascop, je n'ai perçu aucune rémunération durant les 8 mois de campagne présidentielle dans un souci de gestion de la trésorerie de la société. Ainsi, ma rémunération pourrait être constituée d'une partie de ce bénéfice.

Cet argent a-t-il servi au financement du Média, et si oui, à quelle hauteur?

Non. Le Média est financé intégralement par les socios. Pas un centime de Mediascop ne sert à financer Le Média. Mais précisons que si cela avait été le cas, il n'y aurait absolument rien d'illégal ! Une société peut investir dans une autre.

L'argent gagné par Mediascop pour son travail remarqué par toute la profession et salué à l'étranger pour sa qualité, son originalité et sa performance, est géré en « bon père de famille »: une bonne partie est remise à l’État au titre de l'impôt sur les sociétés. Mediascop ne bénéficiant d'aucune niche fiscale, son IS est de 33 %.

A la fin, ce qu'il en reste va servir à me rémunérer si je décide de me verser des dividendes, dans quel cas une autre partie retournera à l'État sous forme de CSG CRDS (17,2 %). Et évidemment, étant préoccupée par l'avenir de la société, je réinvestis toujours une partie en équipement et une partie en trésorerie.

EN CONCLUSION

J'aimerais demander au Monde s'il compte interroger les sociétés prestataires des autres candidats à la présidentielle sur leur bénéfice, leurs salariés, les niveaux de rémunération, etc.

J'aimerais aussi leur demander si les journalistes comptent enquêter sur leur propriétaire Xavier Niel. Le Monde bénéficie d'énormément d'argent public via les aides à la presse et Xavier Niel profite aussi de ses relations avec le président de la République. Il l'a notamment accompagné au Sénégal en voyage officiel pour peut-être y développer son business de télécommunications?

J'aimerais aussi demander aux journalistes du Monde, de Mediapart et de Radio France si finalement, tous ces remous ne servent pas uniquement à harceler le premier opposant au gouvernement en s'en prenant à son entourage. Ces méthodes existent et sont employées dans de nombreux pays. Il est frappant de voir qu'alors que les autres candidats à la présidentielle ont des dépenses beaucoup plus importantes, voire des irrégularités dans leur compte (c'est le cas d'Emmanuel Macron), ces journalistes « libres et neutres » se taisent.


Sources:

Facture 1: 

(pdf, 1.3 MB)

Facture 2:

(pdf, 411.2 kB)

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