L’empathie : aiguillon de la croissance

Règle N°7 : Saisir les opportunités. Davos appelle à l’empathie - Macron génère la défiance. Les dissensions au sein du néolibéralisme sont une conjoncture favorable pour les GJ.

L’absence de contre-pouvoir a laissé le néolibéralisme croire en sa toute-puissante. Année après année, en janvier, à Davos, les objectifs au niveau mondial sont fixés par les leaders. La mise en place est assurée par les politiques, au niveau national, le reste de l’année. Le peuple s’y soumet. La tête décide et le corps doit suivre.

Soudain, après quatre décades, le peuple s’est dressé contre ce processus. Pour calmer les ardeurs populaires incontrôlables qui polluent les rues de Paris, Emmanuel Macron use de la poigne policière. Il reste sourd aux revendications populaires et prend le risque d’écrire « De la naissance de la haine », où l’on verrait le peuple passer du désespoir à la colère vers la cristallisation d’une « haine publique contre les élites » dixit Davos. Le corps hors contrôle de la tête.

Mais Davos veut percevoir le phénomène gaulois comme une réaction naturelle à apprivoiser et non un trouble à l’ordre publique à réprimer. En tout cas, c’est ce que laisse à penser le chapitre « Heads and Hearts » du « Global risks report » qui, selon une logique yogique, considère qu’il faut mettre l’empathie au cœur de la société pour apaiser le corps populaire et laisser l’esprit de Davos à nouveau organiser, solutionner, réaliser, tout cela dans le but de tendre vers un monde meilleur ! Les têtes et les cœurs.

Chaque année, Davos édite ce rapport qui compile la perception des risques dans le monde telle qu’elle est ressentie par 1 000 décideurs des secteurs publics et privés, du monde universitaire et de la société civile. Le but de ce rapport est d’identifier tout risque qui puisse mettre en péril la stabilité mondiale. Dans son édition 2019, sont mis en exergue la polarisation des sociétés dans de nombreux pays et l’effritement des contrats sociaux qui unissent les sociétés. Déclin du bien-être.

C’est une occasion inespérée pour le peuple de se connecter avec les décideurs. Les GJ ne sont plus un épiphénomène à étouffer mais une situation qui ouvre des opportunités vers une solution gagnant-gagnant. Cette volonté de Davos est une nouvelle donne à prendre en compte pour établir la stratégie d’action. Equilibre entre la tête et le corps.

Il y a consensus sur le constat entre le peuple et les leaders : Davos reconnaît que la mondialisation et les avancées technologiques génèrent des inégalités grandissantes au sein des pays et signifient pour trop de gens une période d’insécurité, de solitude, de tristesse. Détresse psychologique et émotionnelle.

Il y a aussi concordance sur les solutions et sur le rôle qui revient aux gestionnaires (ex: président) de minimiser le risque de défaillances systémiques dans leurs organisations.


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Il est donc expressément attendu d’E. Macron qu’il s’attaque à tout problème renforçant les inégalités. Or, quand le gouvernement français persiste à vouloir privatiser l’aéroport de Paris et les routes nationales, il va à l’encontre des experts de Davos (page 14) qui attribuent les inégalités économiques à l'élargissement des divergences entre les niveaux de détention du capital public et privé au cours des 40 dernières années suite aux transferts très importants des richesses publiques vers les richesses privées depuis les années 80.

 

 

 © Richard Bonobo © Richard Bonobo
Il est aussi demandé au gestionnaire Macron de développer son empathie car à mesure que l'empathie décline, la colère augmente et les résultats économiques dégringolent ce qui limite l’aptitude des pays à contribuer aux défis collectifs et à la pérennité de la croissance économique globale. Une étude a même quantifié que la richesse du peuple augmenterait de 11% si le niveau de confiance des français équivalait celui des suédois, c'est-à-dire passait du jaune au vert (le niveau rouge n'est pas encore atteint).

 


En janvier, Davos exhortait le monde à sortir du somnambulisme car les risques mondiaux, liés au climat et à la révolution industrielle s’intensifient. Début mars, en flagorneur avéré, E. Macron prêchait dans sa lettre aux européens « Nous ne pouvons pas être les somnambules d’une Europe amollie. » Par contre, suivant les précepts de Sun Tzu (nous faisons canapé à part cette semaine), « Une fois que le général a reçu ses ordres et se trouve sur le terrain, il ne peut accepter même les ordres de son souverain. », il omet totalement la place de l’empathie dans sa politique.

C’est bien le retour en grâce d’Adam Smith : l’opposition de la « main invisible de Jupiter », symbole du néolibéralisme capricieux et incompréhensible d'E. Macron contre une « main invisible » plus chrétienne intégrant l'obligation morale et la construction de communautés pour la pérénnité du capitalisme, vers laquelle veut tendre Davos.

L'empathie devrait être gratuite et la confiance sans prix. Mais, qu’est-ce que vous croyiez ? Dans ce monde-là, l’unique affaire du monde reste la croissance économique et pour cela les indices de cohésion et de confiance doivent passer au vert.

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