Un milliard d’indulgences n’effacent pas les péchés (des) capitaux

Règle N°8 : Lorsque le feu éclate à l’intérieur du camp adverse, être immédiatement prêt à intervenir du dehors. Mais si, en dépit de l’éclatement de l’incendie, l’adversaire reste calme, ne vous précipitez pas à l’assaut, mais patientez – Et écoutez attentivement le discours idolâtre d’E. Macron.

Le camp adverse, c’est le temps médiatique; c’est l’enceinte à contrôler pour qui veut conserver le pouvoir. Un univers qui a le temps et les fréquences pour unités de mesure. Le 15 avril 2019, à 20H, quelques minutes durant, toutes les chaînes et toutes les radios allaient saturer les ondes pour relayer la voix d’E. Macron, dans tous les foyers de France. Il en fut autrement : une nuit entière, la voix de l’Eternel a fait jaillir des flammes de feu de la cathédrale Notre-Dame de Paris et les médias ont dû s’en faire l’écho.

Cette voix, je ne l’ai pas entendue, moi qui suis issue d’une famille anticléricale. Je ne l’ai pas entendue directement, mais j’ai perçu dans l’intervention présidentielle, cette tonalité particulière qui éveille immédiatement la suspicion des gens de mon obédience. Vous savez cette parole habitée des affabulateurs qui se réclament du Tout-Puissant, cette façon d’appuyer subrepticement le mot « chef ».

Devant ce spectacle apocalytique, un croyant, sain de corps et d’esprit, sonderait son âme à la recherche de quelques péchés véniels. Mais, lâche, incrédule, abominable, meurtrier, impudique, enchanteur, idolâtre et menteur, E.M. n’a visiblement pas perçu dans ce feu ardent un avertissement divin. Au royaume du capitalisme insatiable, outrecuidant, avide et aveugle, l’éborgneur s’est intronisé prophète. Le Créateur n’a sans doute pas ratifié cette nomination car le message d'E.M. n'était qu'un pâle plagiat des versets des apôtres du précédent Elu.

Pierre: « Vous avez été plongés dans la fournaise de l’épreuve. » n’a-t-il pas soufflé à E.M.: « Les pompiers ont arrêté l’incendie en prenant les risques les plus extrêmes. »

Jean: « Celui-là est l'antéchrist, qui nie le Père et le Fils. » n'aurait-il pas inspiré l’antiphrase d’E.M. pour évoquer ces diables de GJ qui luttent contre le capitalisme et demandent sa démission: « Ils étaient là, autour de nous...avec leur chef... ils avaient 20 ou 25 ans et venaient de tous les endroits de France et de tous les milieux mais ce que nous avons vu, cette nuit ensemble à Paris, c’est cette capacité à se mobiliser, nous unir pour vaincre. » Entendez: « Ils sont là, face à nous, sans chef, dans le tas il y a des vieilles qui feraient mieux de faire de la confiture, ils sortent de leur Province, ces indigents mais ce que nous voyons, tous les samedis à Paris, c’est leur incapacité à s’organiser et à s’unir pour vaincre. »

Ou encore Jacques: « La mise à l'épreuve de votre foi produit la persévérance. » qui a sans doute suggéré à l’auteur de « Révolution »: « Au cours de notre histoire, nous avons bâti des villes, des ports, des églises. Beaucoup ont été détruits par les guerres, les révolutions, les fautes des hommes. A chaque fois, nous les avons reconstruits. »

En détournant l’épître aux Corinthiens, « Dieu a placé chacun des membres dans le corps comme il a voulu. », il déclare le RIC et l’aspiration à l’ascenseur social nuls et non avenus : « Chacun à sa place...chacun dans son rôle. » Des couches de la société sont moins honorables que d'autres.

antichristi
Qu'on se le tienne pour dit, sa confiance est inébranlée. Tel Esaïe: « Celui qui a confiance ne sera pas impatient », il dit ne pas vouloir tomber dans le piège de la hâte. Il a tout son règne de cinq ans pour rebâtir sa tour Marie Madeleine et prouver ainsi sa foi au monde entier, élément essentiel selon Sun Tzu pour vaincre l'hostilité populaire. 

Une forêt de 1200 chênes millénaires en guise de buisson, une intervention télévisée de cinq humbles minutes pour commandements capitalistes, un milliard de donations et un copy-past de la Bible comme subside, le Peuple n'avait pas besoin de tant pour croire en son destin de « peuple bâtisseur ».

 Ainsi, lorsque l’estuaire de la Loire enfante et que les paquebots immaculés passent sous le pont de Saint-Nazaire, chaque fois plus beaux, pour se rendre au sein fluctueux de l’Océan, la côte d’Amour se surligne de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Spontanément, dans une sorte de communion laïque, face à la mer, ils rendent hommage à tous les corps de métiers qui ont œuvré : ferronniers, charpentiers, …. On y garde le souvenir des victimes de la passerelle effonfrée, des grèves de 1955 ou 1967, du croiseur cuirassé Léon Gambetta disparu en mer Egée. Mais bien avant les épreuves, la communauté prolétaire est fondamentalement nourrie par le goût de l’excellence industrielle, la volonté de faire et d’être fier de l’infime partie réalisée à la perfection. Voilà pourquoi, comme Saint Matthieu, on se garde des faux prophètes qui, sous les vêtements de la République, ne sont que des loups ravisseurs.

Alors, à la prochaine intervention présidentielle, prenez garde que vous ne soyez séduits!

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