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Le Club de Mediapart mar. 30 août 2016 30/8/2016 Édition du matin

L'essence du fascisme et du totalitarisme

speerwerfer.jpgIl y a beaucoup de causes au fascisme maintes fois expliquées et commentées par des centaines de chercheurs, écrivains, penseurs, historiens, sociologues, philosophes, etc. Et toutes les meilleures explications ne sont pas dans les manuels d'histoire du lycée. Certes, il y a eu l'humiliation subie par les allemands entre les deux guerres que l'on a tenu responsable unilatéralement de la première guerre mondiale et puni. C'était l'un des éléments centraux de la propagande Nazi. Il y avait aussi la peur des Bolcheviks (voir à ce propos cette vidéo ici, mais aussi l'ouvrage de Serge Berstein, auteur, avec Pierre Milza, d'un "Dictionnaire historique des fascismes et du nazisme",) les bourgeois avaient trouvé dans les mouvements d'extrême droite la possibilité de s'opposer à la montée du communisme en Europe.

 

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Mais il y a d'autres facteurs plus importants que ces explications tout juste "conjoncturelles", il y a des raisons structurales, pourrait-on dire, beaucoup plus profondes que nombre de chercheurs, dont certains avaient été traumatisés par l'avènement du fascisme en Allemagne, en Italie, en Espagne et dans quelques autres pays, ont abordé. Ce sont des raisons que l'on doit aller chercher dans l'essence même de la conception occidentale, capitaliste, chrétienne, calviniste ou catholique, de l'autorité. Nous avons alors toute une génération après la guerre, de l'école de Francfort (Marcuse, Adorno, Erich Fromm, Max Horkheimer), en passant par les italiens Toni Negri, pour ne citer qu'eux, et bien entendu l'un des plus grands représentants français, Michel Foucault, mais aussi Jean Marie Brohm sans oublier les américains Chomsky, Howard Zinn, et beaucoup d'autres, qui ont passé leur vie à tenter d'expliquer comment un peuple, une masse, des individus, des classes ouvrières, des classes populaires, des bourgeois, des capitalistes, des hommes, des femmes, des enfants, pouvaient participer à une entreprise de destruction massive sans faillir, comme en Allemagne, transformer une utopie en un système totalitaire, comme en Russie, suivre un chef, comme en Italie, s'opposer à une grande révolution sociale, comme en Espagne.

 

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De toutes ces réflexions sont nées le mouvement de 1968 qui remettaient alors en question non seulement les conditions de travail absolument déplorables de l'époque (l'aliénation disait-on encore) - on pouvait travailler jusqu'à 50 heures et plus par semaine avant 68 - mais aussi la façon d'éduquer les enfants, le système totalitaire des écoles catholiques, la domination masculine et l'asservissement des femmes dans le système patriarcal... En bref, tout ce qui pouvait être l'essence d'un système fasciste ou totalitaire était alors remis en question radicalement. Jamais auparavant dans l'histoire de l'humanité, une telle prise de conscience de ce que pouvait être l'essence du totalitarisme (voir aussi Hannah Arendt, malgré ses errances très bien expliquées dans le film de Margarethe von Trotta) n'avait eu lieu avant la seconde guerre mondiale, et 68 a marqué l'apogée de ce mouvement épousant à juste titre une critique radicale de l'autorité en adoptant des principes moteurs de désobéissance civile et de pacifisme. Et depuis la deuxième guerre mondiale, nous savons une chose, c'est qu'il ne peut pas y avoir de véritables révolution s'il n'y a pas une remise en question radicale de la notion d'autorité, de l'éducation des enfants, et de réflexion profonde sur l'essence du totalitarisme. A un niveau supérieur, cette critique est allée jusqu'à chercher dans l'essence de nos bureaucraties étatiques ce qui a permis l'obéissance aux ordres de l'autorité Nazi.

 

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Hannah Arendt

 

Cependant, depuis les années 30, les bourgeois, les dominants, les capitalistes ont inventé, en Amérique principalement mais aussi dans l'Allemagne Nazi, les principes fondateurs de la "propagande de consommation". Nous pourrions l'appeler ainsi. Les philosophes allemands d'après-guerre, Marcuse, Fromm, Adorno, en ont décrit et expliqué les ressorts : il s'agit d'une sublimation érotique des relations dont le but est la consommation. Plus proche de nous, Eric Hazan l'a partiellement expliqué dans son ouvrage "LQR : la propagande au quotidien".

 

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Nous disposons aujourd'hui de toutes les analyses nécessaires pour pouvoir transformer la société en un monde plus "doux" et plus "civilisé". Toutefois, nous voyons bien avec les manifestations contre le mariage et ses expressions fascisantes qu'il y a, et qu'il y aura encore longtemps, des forces autoritaires, conservatrices, nostalgiques d'un État paternaliste à "tendance totalitaire" en France. Une partie de la bourgeoisie essaie d'instrumentaliser cette fraction radicale des classes populaires pour l'opposer à la frange la plus progressiste. C'est très classique, mais aussi très dangereux, car de même que l'on peut difficilement savoir à l'avance jusqu'où peut aller une révolution sociale, un mouvement "réactionnaire", conservateur, autoritaire, est tout aussi imprévisible.

 

Et comme dans les années 30, cette fraction autoritaire reçoit des financements des grandes firmes et grands réseaux internationaux (voir sur ce sujet un article de Mediapart : http://www.mediapart.fr/journal/international/260413/la-manif-pour-tous-et-les-reseaux-dune-internationale-catholique). Les dirigeants, les dominants, les capitalistes ont  donc bien toujours les mêmes armes pour défendre leurs privilèges, mais elles sont encore plus perfectionnées que dans les années 30.  Ces mouvements conservateurs à tendance fascisante ou totalitaire prennent des formes différentes selon les pays, s'inscrivent toujours dans une réalité socio-historique particulière, elles se différencient d'un pays à l'autre. Par exemple, dans l'entre deux guerres, en Allemagne, le fascisme s'appuyait essentiellement sur des thèses racistes, en Italie, le fascisme se construisait plus sur la mythologie romaine, le catholicisme et le corporatisme, en Espagne, nous avions là une dictature d'essence catholique opposée au mouvement révolutionnaire catalan, en France, le pétainisme se construisait sur la ruralité, la famille, la patrie et bien entendu, le travail. Tous avaient en commun de s'opposer au communisme.

 

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L'ignorance n'explique pas tout, elle en est l'un des éléments. Un individu peut très bien ignorer ce qu'est le fascisme et par sa sensibilité, par son éducation, être profondément opposé à tout système autoritaire fascisant et intolérant. Comme il est tout à fait possible d'être très cultivé et de devenir un très grand dictateur, un chef de bande criminelle, un assassin en puissance, un grand patron exploitant des milliers de gens, un bourreau, un bureaucrate obéissant... La connaissance et l'ignorance n'expliquent pas tout.  Mais mieux connaître les ressorts du fascisme, les ressorts des comportements fascisants individuels ou collectifs, est un premier pas pour mieux combattre cette propension de l'humanité à "s'automutiler".

 (à suivre)

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Deux mots sur un marxisme frelaté car de connivence avec un pouvoir.

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http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-delarue/090613/civilisation-ou-barbarie-un-monde-plus-doux-est-possible

 

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