Face au contrôle au faciès, ne pas se soumettre

Moi, homme, Arabe : cible policière, je désobéirai dans l'intérêt de chacun-e. Aujourd'hui, c'est moi. Demain, c'est vous.

Le contrôle d'identité dans l'espace public fait l'objet d'un ciblage racial d'un Etat postcolonial. Les pratiques policières coloniales étaient par le passé tellement obsédées par les déplacements des "Indigènes", qu'elles mettaient un point de déshonneur à en contrôler les moindres pas. Souvenons nous, ces Algériens qui devaient informer l'administrateur colonial lorsqu'ils quittaient leur douar pour aller faire leurs courses dans le douar voisin. Cet emprisonnement des mouvements des corps non blancs s'est perpétué en ce pays, visant maintenant les Français descendants des libérateurs décoloniaux, comme si on voulait leur faire payer le prix de cette libération.

Les contrôles au faciès réactivent la croyance dans la race, en prenant le détour de la face. La race est ici convoquée comme étant en soi attentatoire à l'ordre public. Le corps racisé qui déambule dans nos rues est un corps criminalisé !

Ce n'est point mon comportement qui est contrôlé, il s'agit de ma possibilité d'existence en tant que sujet libre de mouvements. On cherche à m'étouffer, on cherche à m'emprisonner, on cherche à déstabiliser ma personnalité en l'enkystant de phobie et paranoïa si souvent ressenties par les concernés. Car oui avouons le nous, ces contrôles et harcèlements policiers répétés nous tétanisent à chaque fois sur le moment, mais au delà et sur un plus long terme, ils annihilent nos capacités d'engagement et de lutte dans l'espace démocratique. Ils nous déligitiment comme sujet émancipé.

Une question revient souvent lors de ces contrôles racistes de la police, de la part de ceux que l'on met en état d'emprisonnement temporaire et public  : "Pourquoi me contrôlez vous ? ", avec souvent une réponse lapidaire, "Contrôle de routine.", réponse pourtant tellement prévisible et évocatrice de l'habitus policier prédisposé à voir en l'Arabe l'ennemi, comme hier le "Fellagha". Toute cette scène publique est une humiliation et l'oeuvre d'un sadisme policier. Elle a souvent lieu, ironie de l'histoire, sous le regard malveillant d'une plaque de rue, évoquant elle aussi le souvenir colonial à travers le nom d'un de ses oppresseurs colonialiste à qui la république rend hommage en perpétuant ses basses oeuvres.

Désormais, je ne poserai plus aucune question, je garderai le silence en manifestant avec mon corps le refus de décliner mon identité. Cette intrusion policière illégitime dans mon intimité n'est plus acceptable si elle n'est pas justifiée par autre chose que le fait d'être, là. A l'Etat de s'interroger : "Comment Me décoloniser ?".

 

 

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