Un bar lyonnais fait l'apologie de l'esclavage et du colonialisme

Le Collectif Des Raciné.e.s est un groupe féministe et décolonial qui se revendique de l'antiracisme politique. Le collectif publie une tribune dénonçant l'utilisation raciste faite par un bar lyonnais de l'histoire esclavagiste et coloniale de la France.

“L’esclavage et la colonisation ne sont ni “cool”, ni tendance.”

 

Un groupement d’associations, de collectifs et de personnalités s’insurge suite à la publication, sur le site du Petit Bulletin, d’un entretien avec les gérants du bar La Première Plantation, récemment ouvert dans le 6ème arrondissement de Lyon, dans lequel ceux-ci présentent la colonisation dans des termes dithyrambiques.

    Suite à la parution sur le site du Petit Bulletin, le 12 septembre 2017, de la revue du bar La Première Plantation, une pétition est publiée sur le site web Change.org par le collectif Des Raciné.e.s pour réclamer la fermeture immédiate de l’établissement. Y sont cités les mots des gérants Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, tels qu’ils sont rapportés par Julie Hainaut sur le site petit-bulletin.fr : « l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir, […] une période sympathique [où] il y avait du travail ». La pétition, qui a recueilli plus de 2000 signatures en moins de six heures, rappelle que “[les] temps coloniaux [...] furent tissés d’atrocités, de crimes contre l’humanité, de pillages et de barbarie” et que cette période ne peut en aucun cas être qualifiée de “cool” et utilisée à des fins commerciales dans un bar “tendance”.

 

Levée de boucliers face à l’ouverture d’un bar à thème colonial.

 

Nous sommes Le Collectif Des Raciné·e·s, collectif féministe et décolonial lyonnais. Nous sommes un groupe de personnes en lutte contre toutes formes d’oppressions, se focalisant particulièrement sur les thématiques de genre et de race. Notre antiracisme est politique et notre féminisme est décolonial. Une de nos missions est de veiller à garantir, à Lyon, un respect des populations minorisées et de leur mémoire. Car ce n’est pas la première fois que la communauté afro subit un mépris innommable dans la ville de Lyon. En effet, nous avons déjà fait modifier, avec l’aide du CRAN (Conseil représentatif des associations noires), une pièce de théâtre dans laquelle figurait des blackfaces (pratique raciste consistant à se grimer en noir pour imiter des personnes noires). Cette fois-ci, c’est à tous les peuples anciennement colonisés par l’Europe que le bar La Première Plantation fait affront. Nous sommes déterminé·e·s et nous ne laisserons passer aucun manque de respect à notre égard, ni à l’égard de notre mémoire et de nos ancêtres.

 

Nous, le Collectif Des Raciné·e·s reprochons non seulement aux gérants les propos rapportés par Mme Julie Hainaut, mais également le modèle d’affaires de l’établissement. En effet, le collectif accuse la Première Plantation de récupérer gratuitement, à des fins promotionnelles et décoratives, l’histoire douloureuse de siècles d’oppression, d’exploitation, de sévices et d’humiliations. Une critique à laquelle les gérants semblent répondre très superficiellement dans un droit de réponse publié ce jour sur petit-bulletin.fr en se défendant de n’avoir « jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste », ceux-ci se sont également défendus auprès du Huffingtonpost en affirmant « Nous n'avons pas voulu dire ces choses-là dans ce sens-là » justifications troubles que le collectif qualifie de légères par rapport à la gravité des propos tenus.

 

De plus, nous affirmons malgré les propos euphémisants du Petit Bulletin dans son article “Retour sur un bad buzz” qu’il s’agit bel et bien de racisme. L’ignorance des gérants sur la période coloniale n’étant pas un motif acceptable pour excuser leurs propos. Cette ignorance d’une période historique qui a pourtant encore des répercussions sur des milliers d’individus au quotidien ne fait que révéler le racisme de notre société, qui étouffe notre histoire au point que certaines personnes puissent penser faire de la période coloniale une esthétique “cool” et “détendue”. Nous émettons par ailleurs des réserves sur l’ignorance de ces messieurs, qui ont eux-mêmes affirmés avoir fait des recherches sur la période et qui, selon Julie Hainaut auraient modifiés les photographies affichées dans les toilettes. De plus, dans de nombreux médias le terme de “maladresse” est évoqué. A chaque sortie raciste, ce terme ainsi que celui de “dérapage” sont utilisés pour minimiser les faits. Nous affirmons que le terme “maladresse” convient lorsque l’on laisse échapper un plat de ses mains et que le terme “dérapage” appartient au champ lexical de l’automobile et que cela doit rester ainsi.

 

Nous, le collectif Des Raciné.e.s, condamnons fermement les propos rapportés par Mme Julie Hainaut. Ces propos sont indignes et abjects. Les gérants Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, ayant tenus de tels discours - sans démenti formel sur la teneur des propos jusqu’à ce jour - procèdent à une glamourisation de de la période coloniale à des fins commerciales et à un affront à la mémoire collective de nombreux peuples pour lesquels la colonisation a encore des répercussions aujourd’hui. Ils participent également à un climat ambiant raciste et font du profit sur des siècles d’oppressions et de souffrances.

 

Les membres caribéen·ne·s de notre collectif affirment que le nom de La Première Plantation, le concept du bar et les propos tenus par les propriétaires tels que les a décrits la journaliste Julie Hainaut ne sont en aucun cas, comme ils l’affirment, un hommage à la culture caribéenne, mais une insulte. L'esclavagisme et la traite des Noirs sont inscrit dans l'article 7 du statut de la cour pénale internationale comme crime contre l’humanité - bien que la colonisation ne soit toujours pas reconnue comme telle. Pour cet affront, nous demandons à travers notre pétition et par cette tribune, la fermeture pure et simple de cet établissement qui bafoue l’humanité de nombreux peuples anciennement colonisés.

 

Le Collectif Des Raciné.e.s

 

Sources :

http://desracinees.wordpress.com

Pétition :
https://www.change.org/p/la-premi%C3%A8re-plantation-la-premi%C3%A8re-plantation-non-%C3%A0-l-apologie-de-l-esclavagisme-%C3%A0-lyon

Petit Bulletin :  http://www.petit-bulletin.fr/lyon/guide-urbain-article-58700-La+Premiere+Plantation++ou+l+art+de+se+planter.html

http://www.petit-bulletin.fr/lyon/guide-urbain-article-58887-La+Premiere+Plantation++retour+sur+un+bad+buzz.html

Huffington post : http://www.huffingtonpost.fr/2017/09/14/polemique-autour-dun-bar-lyonnais-la-premiere-plantation-accuse-de-faire-lapologie-de-l-esclavage_a_23209037/

Communiqué du CRAN :

https://le-cran.fr/blackface-alerte-par-les-internautes-lyonnais-le-cran-fait-modifier-le-spectacle/

Signataires :

Sihame Assbague, militante antiraciste

Leila H., creatrice de Check tes privilèges

Sophare, réalisateur et rappeur

Judith Ardagna, doctorante (sociologie du travail, sociologie des discriminations)

Ndella Paye, militante afrofeministe et antiraciste

Lucas Bolivard, fondateur de Génération Progressiste

Charlotte de Bruges, militante LGBTI

Joao Gabriell, militant antiraciste

Maggie, militante afroféministe

Imen Ben Ammar, docteure en Biologie

Amandine Gay, réalisatrice

Nargesse Bibimoune, autrice et militante féministe, antiraciste et anticapitaliste

Sonia Nour, afroféministe

Grace Ly, auteure et productrice

Emilie Tôn, journaliste

Farid Ben Moussa, écrivain et militant pour les banlieues

Anaïs Bourdet, créatrice de Paye ta shnek

Diane Saint Réquier, militante féministe, sex povitive et queer

Mrs Roots, blogueuse afroféministe et auteure

Wilfried Essomba, fondateur de Bledardise

Claire Obscure, activiste

Mélusine, blogueuse féministe et antiraciste

Diane Saint Réquier, militante féministe

Fatima Bent’

Marie Duchêne, documentariste



Gras Politique, mouvement anti grossophobie

Simonae, Collectif et magazine féministe

Sawtche, Collectif Afrofeministe

Collectif Big Trape, collectif Lyonnais de lutte queer et féministe

Collectif FéministevsCyberHarcèlement

Collectif Le Seum

Collectif Cases Rebelles, collectif panafrorévolutionnaire

Association étudiante Yalkabeyé, Sciences Po Lyon

Collectif Les Féministe par Inadvertance

Feminazgul, Page féministe Facebook

Ferguson in Paris, Mouvement antiraciste

Collectif Rosa, collectif anticapitaliste, féministe et antiraciste

Le planning familial 69

Gay Pride de lyon

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