Philippe Meirieu et le courage pour changer l'Ecole

Philippe Meirieu nous livre un texte brillant (cliquez ici) comme à son habitude mais surtout très touchant en ce qu'il laisse transparaitre sa passion pour l'éducation de nos grands et petits enfants.

Philippe Meirieu nous livre un texte brillant (cliquez ici) comme à son habitude mais surtout très touchant en ce qu'il laisse transparaitre sa passion pour l'éducation de nos grands et petits enfants.

Il est évident que l'Ecole gagnerait sûrement à évoluer et que faute de véritable réflexion sur les finalités et les modalités concrètes de ce changement ce sont les préceptes libéraux qui s'insinuent peu à peu comme réaction aux réformes avortées.

 

Plusieurs faits depuis longtemps très bien documentés plaident pour des changements de l'Ecole parmi lesquels l'un des plus massifs et délétère en terme de cohésion sociale : les inégalités de réussite en fonction de l'origine sociale des élèves. Des pistes ont été tracées ça et là par de sérieux analystes comme T. Piketty par exemple (en substance, « mettre le paquet » en terme de moyens à l'école primaire en réduisant de manière extrêmement drastique le nombre d'élèves par classe là où les difficultés sociales sont les plus criantes) et certaines convergences théoriques et politiques existent. PH. Meirieu lui-même plaide depuis longtemps pour ce qu'il nomme une pédagogie différenciée.

 

Mais alors pourquoi ces « blocages », pourquoi ces hésitations et tergiversations à gauche ? Ma réponse d'enseignant du secondaire, militant syndical et potentiel « bloqueur de réformes » c'est-à-dire salarié exerçant à l'occasion ce droit constitutionnel que constitue celui de faire grève (de manière rituelle diront certains avec mépris) est la suivante : vous ne mènerez jamais une réforme à ses fins avec une application concrète conforme à son esprit initial si cela se fait au détriment des conditions de travail et de rémunération des acteurs. Il n'y a pas de honte à affirmer (et « confesser ») ce fait massif. Plusieurs exemples montrent d'ailleurs la manière dont certaines initiatives ministérielles ou rectorale ont été détournées de leur sens initial pour aboutir parfois à l'effet inverse.

 

Mes enfants sont rentrées un jour de l'école maternelle (troisième année) avec des petits livres à lire et commenter par écrit avec les parents (action baptisée comité de lecture). Une petite recherche m'avait permis de dévoiler le sens de cette initiative. Il s'agissait d'inciter les élèves et parents peu lecteurs à s'emparer de cette bienfaisante activité et ainsi de contribuer à la réduction des inégalités. Face à la lourdeur des tâches organisationnelle et notamment administratives, j'ai découvert que les enseignants proposaient cette activité aux enfants sur la base du volontariat. Parmi les enfants qui se portaient volontaires, ceux issus des catégories culturellement favorisées étaient surreprésentés. CQFD : une initiative ayant vocation à réduire les inégalités se transformait dans les faits en facteur aggravant.

 

Cher P. Meirieu, du courage politique pour changer l'école et notamment la rendre moins inégalitaire, oui il en faut. Le fils d'ouvrier maghrébin devenu enseignant que je suis ne saurait le nier. Comme tant d'autres, j'ai souffert de ces inégalités et je pourrai en témoigner ultérieurement dans un autre texte. Mais de mon point de vue, le vrai courage pour la gauche consisterait à dire : on change vraiment l'école en se basant sur l'apport des recherches en sciences de l'éducation et en sociologie et ont met les acteurs clairement avec nous en revalorisant de manière univoque et substantielle leur carrière et leur conditions de travail et ce sans louvoyer et sans biaiser.

 

A défaut, vous vous heurterez à coup sûr à une opposition frontale ou à des détournements de l'esprit du changement opéré. Permettez moi de dire que cette résistance au changement est légitime pour une profession dont les conditions de travail et de rémunérations relatives se sont détériorées au fil du temps.

 

Le billet de Philippe Meirieu est à lire ici

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