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Billet de blog 4 avril 2024

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Capitalisme du loisir ou du désir, non du non-désir

Comment l'IA risque de tout emporter, loisir, désir dans cette spirale de prédation-exclusion sans vision holistique et sans autre dessein que le profit.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bien sûr comme tout un chacun, j'ai entendu parler de l'IA, la dernière disruption technologique digitale qui va tous nous sauver par son hyper-efficience, sa puissance phénoménale de traitement, son emprise totalistique sur tous les sujets imaginables... empêchant l'humain de cumuler conneries sur conneries, jusqu'à détruire le seul écosystème qui lui permette de vivre ici bas.

Ben non, comme d'habitude, on nous serine les mêmes utopies. L'IA va tellement tout optimiser : santé, agriculture, climat, carbone, industries, juridique, que notre avenir sera assuré, on mettra fin à la faim dans le monde.... comme avec la révolution verte, les vaccins, puis les OGM, puis la robotique, puis le digital... et il y a toujours des millions de personnes qui meurent de faim?

D'ailleurs, l'IA est opensource, c'est un cadeau offert à l'humanité.

... sauf que pour commencer l'IA sert surtout à accélérer les courbes de gains de productivité, par une infinité de licenciement, indispensables pour assurer les rendements à deux chiffres de notre financiarisation vampire... et probablement l'efficience des guerres en cours actuellement? N'est-ce pas une question de prédation avant tout?

La faim dans le monde perdure... parce que l'objectif n'est pas d'éradiquer la faim dans le monde, mais d'assurer la croissance infinie des puissants, qui sont les vampires de ce monde.

Comme d'habitude, on nous dit que l'IA va nous décharger des taches pénibles et répétitives... sauf que la création est au cœur du désir humain; l'apprentissage, la connaissance est au cœur du désir humain, l'échange, la relation est au cœur de la vie sociale que ce soit pour l'apprentissage, la création comme la recherche. Dans quelques bulles humaines, on a su travailler dans la joie et la bonne humeur rendant les humains fiers et heureux.  A quoi servira donc l'humain entre robot exécutant les taches manuelles, IA prenant les décisions ad'hoc et créant les besoins futurs : musique, image, vidéos, logiciel....pour qui? Donc l'IA va nous voler nos désirs les plus profonds. A quoi bon faire des rapports de 300 pages en 2h sur un sujet que tu ne maitrises pas, parce que l'IA est fiable à 99%... car du coup qui va lire ces rapports? Non, cette avalanche de rapports, l'infobésité polluante va donc décupler... face à des humains qui n'auront plus besoin de lire! Plus besoin de lire, de faire de rapport puisqu'il suffit de poser la question à chatGPT. Et si tu n'as plus besoin, auras-tu encore envie? ChatGPT est donc le trou noir de la connaissance humaine absorbant tout.... à sens unique? Donc l'IA va potentiellement empêcher l'humain tout court. Le bilan final, c'est "demain tous crétins", sous perfusion de l''IA qui va juste remplacer "Google va me dire". Déjà nos jeunes ne savent plus écrire, calculer, rendre la monnaie, bricoler, se nourrir correctement, dormir, abreuvés de porno, ils deviennent asexuels... demain auront-ils encore envie de créer, de raisonner, de réfléchir...ou sauront-ils juste liker dans le digital? Et encore, auront-ils le background référentiel et culturel pour liker ou est-ce qu'ils demanderont à chatGPT si ils peuvent liker? et sur quel critère ChatGPT va t-il leur conseiller de liker : parce la majorité aura liké à 99% sûr? Cela dépendra de ton profilage, à défaut de ton profil social, de ton ascendance?

Si la grosse majorité des humains devient globalement plus crétins, qui va nourrir l'IA, l'IA? les IA? On aura des processus de validation entre pairs d'IA? D'où viendra le savoir? La pyramide de savoir ne va-t-elle pas s'écrouler dans un grand fracas nihiliste? On aura confiance en quoi, en qui? Face à l'abysse des deepfakes produits par des IA diaboliques.

Est-ce un hasard, tous ces gens qui disjonctent, qui bifurquent pour refaire des métiers basiques, manuels, pragmatiques.. sans processus algorithmiques, pour juste retrouver du sens quoiqu'il leur en coute financièrement?

Quel est l'objectif de l'humanité? Pourquoi sommes-nous incarnés? A quoi va-t-on occuper l'humain sans besoin, ni envie? Va-t-on le garder, cet être, si idiot et si inutile?

Qui dit accélération, dit augmentation de l'impact carbone, de la pollution environnementale, la vitesse, c'est d'abord plus de pollution dans l'espace et dans le temps. On sait qu'il n'y a plus assez de ressource terrestre (énergie et matière première) pour permettre à notre monde d'avant de poursuivre sa lancée prédatrice, l'IA est-il monde d'après sobre ou monde d'avant nihiliste? Il ne faudrait surtout pas continuer à déployer le "développement" occidental à toute la planète, mais inventer de toute urgence d'autres modalités, finalités, pour vivre ici bas dans le respect de l'écosystème vivant et de la finitude de ce monde. L'IA est-il pas un trou noir qui va précipiter notre chute, intellectuellement mais aussi physiquement. L'IA nous rend-il plus vivant ou plus mort? L'enjeu est-il de sauver le vivant libre ou le digital capitalisé?

L'humanité a-t-elle besoin de détecter, avec l'IA, les cancers émergents ou de re-vivre si simplement, si sainement que le cancer redevienne négligeable comme risque humain?

Comme d'habitude, l'élan utopique sert d'alibi à l'élan prédateur qui dévore tout sur son passage.

Quelle est le but de cette prédation? Juste la sélection des humains par l'exclusion pour garantir à certains la position de dominants en ne partageant surtout pas, les richesses ainsi créés. Depuis ces 50 dernières années d'innovations si inouïes, les inégalités n'ont jamais été aussi abyssales, quel est le progrès social humain? Où va l'humanité?

Comment assurer la croissance infinie dans un monde fini? Une seule solution : réserver cette croissance infinie à quelques happy fews quoiqu'il en coute ... aux autres. On phagocyte ainsi ce monde fini de l'intérieur par autodestruction, l'infini étant juste l'asymptote de la dévoration folle, tel une poule sans tête. Les gagnants auront juste gagné le droit de mourir en dernier. Et qui sera le dernier, quel suspense?

En écoutant un habile marketeur me vanter l'efficience de ces outils pour percer sur nos marchés hyperconcurrentiels, convaincu que ceux qui ne montent pas à bord seront balayés par la concurrence ainsi accélérée, dévastatrice, qu'il est donc vital d'apprendre à utiliser efficacement ces outils-là... je pensais à ce livre : "la mort est mon métier" de Robert Merle, où les techniciens ont augmenté, sans réfléchir et sans but, la productivité des camps de la mort, parce que c'était juste des problèmes techniques de flux, de rendement et d'efficience.

Allez, je retourne, avec mon opinel N°10, syntropier mon jardin pour sauver le seul écosystème qui me permette de vivre. Syntropie, inventée par un humain, intelligent, observateur, amoureux et respectueux de la nature, avec une saine humilité de simple mammifère terrestre généreux et courageux. Moi, j'ai envie de vivre avec des humains, une expérience humaine selon ce que peut mon cerveau et mon corps. Pour ralentir, il est urgent de revenir à nos limites humaines, quoiqu'il nous en coute, nous y gagnerons la richesse et la qualité de l'expérience humaine, que ne donnera jamais la réalisation d'un rapport de 300 pages fait sur  un sujet que tu ne maitrises pas... où tu ne sauras répondre à la première question d'un humain sans te retourner... vers chatGPT, tel un chien attendant l'ordre de son maitre pour lever la patte en remuant la queue.

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