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Billet de blog 17 avril 2022

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Le vote des gueux et des bouseux

« Sortir d’une lecture binaire entre urbain et rural » ou justement non, remettre du lien sur ces deux corps sociaux, celui de la misère sociale.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pour le rural, mais aussi les banlieues, l'impact de l'inclusion sociale par le partage des richesses est fondamental.

De 1900 à 1940 les banlieues étaient le lieu des gueux, les campagnes, le lieu des bouseux; les deux faces de la misère française. La parenthèse de la guerre passée, boosté par l'élan du front populaire puis de la résistance, s'ouvre une nouvelle époque : les 30 glorieuses.

Elles se traduisent par une générosité sociale inouïe. Les inégalités se réduisent, on déploie un vrai partage des richesses avec un humanisme qui laisse rêveur aujourd'hui. Enfin s'incarne la charité catholique de droite et des mouvements catholiques de gauche, dans une concorde miraculeuse. Cela permet à ces deux populations d'accéder à un niveau de vie décent. On quitte les taudis d'un coté, les masures de l'autre, arrivent eau courante, électricité, chauffage, téléphone, équipements, vacances, loisirs... Des deux côtés, on construit des petits pavillons pour accueillir les familles... Originaire de la campagne, de famille nombreuse, mes oncles étaient gendarme, maçon, ouvrier, agriculteur, petit agriculteur, menuisier, la plus part avec juste un salaire à la maison. Tous ont auto-construit leur pavillon et élevé joyeusement mais chichement leurs enfants. J'ai toujours ressenti de la modestie, de l'effort (ça travaillait dur : potager, couture, bricolage) et de la dignité, jamais de la pauvreté.

Une petite différence, les banlieues accueillent de façon récurrente des populations immigrées; embauchées comme eux dans les usines de France et de Navarre. Tandis que les ruraux restent entre natifs par construction : on hérite de la terre. Cela va générer une ouverture culturelle pour les plus curieux, une fermeture pour les plus frileux.

Mais l'élite se crispe dès 1970. Impact de la crise pétrolière? Ou dès 1981, la gauche au pouvoir ? Et renie sa générosité. Dès 1980, les inégalités repartent dans l'autre sens... attisant la frustration, le ressentiment, la sensation de trahison, de la colère....et voilà le retour de la misère.

Aujourd'hui avec un Smic à la maison, vous ne pouvez plus, subvenir aux besoins d'une famille et encore moins envisager de construire un pavillon, les terrains sont hors de prix. Les loyers sont totalement insupportables pour les revenus modestes.

Après une parenthèse miraculeuse, les gueux et les bouseux sont de retour. Donc banlieusards et ruraux sont les deux faces d'une même pièce, celle de la misère sociale. On peut caricaturer notre projet social ainsi : des nantis et des gueux.

On peut ajouter à ce paysage, la trahison de la gauche qui a laissé faire ce retour des inégalités, luttant mollement, symboliquement. Vous avez d'un coté le vote de la frustration : le FN qui se déploie entre banlieues et campagnes selon les traditions familiales et/ou le bassin social,  et la contestation des gauches qui commence à se reconstruire tout doucement au sein des banlieues et des campagnes selon le contexte.

Certes le chantage à la mondialisation a coupé l'herbe sous le pied des mobilisations sociales : une mondialisation surfant sur l'inégalité : alignement vers le haut pour les riches, une course à l’échalote inassouvissable ; alignement vers le bas pour les autres : une mise en concurrence des pauvres des pays riches contre les pauvres des pays pauvres pour le profit des riches de toute la planète. Et oui, les riches ne sont pas racistes, ils sont d'abord classistes, la haine des classes, et solidaires entre eux. Pour assurer leur suprématie, ils ne vont pas hésiter à souffler sur les braises du racisme et du sexisme, car plus le peuple est divisé, plus l'élite est solidaire, plus le combat politique est inégal. Comme l'a dit Warren Buffet, les riches entre chantage et duplicité, ont gagné la lutte des classes... à court terme !

Car face à l'impasse environnementale, cet état social va être explosif, révolutionnaire. Les riches doivent absolument atterrir sur terre et revenir à un vrai progrès social, à une équité sociale : si on veut éviter une guerre civile fratricide entre nantis et gueux demain. Car crédit carbone ou pas, on ne peut pas baisser le niveau de vie de gens qui sont dans la misère et qui basculent déjà dans le désespoir social ou qui bouillent de colère. C'est du désespoir que naissent les révolutions.

La seule issue possible, c'est d'abord l'équité sociale, puis le bridage écologique... vous savez le futur quota carbone individuel qui devrait être mis en place avant 2030, divisant par 5 le niveau de vie moyen matériel des français. Sauf à développer un niveau de vie dématérialisé de ouf, cela est inenvisageable, le peuple va se braquer.

C'est pour cela qu'après avoir voté toute ma vie écolo avec constance pendant 40 ans, j'ai voté Mélenchon, malgré mes réserves sur le personnage. Car son équipe a compris cette impasse sociale et ce piège toxique.

Si Macron veut passer, il doit être le président de tous les français et pas que de ces petits copains et aspirants nantis. Donc il doit comprendre ce vis à vis fratricide sans esprit partisan, ainsi il poura être dans le sens de l'histoire et non pas être le fossoyeur de la République.

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