En réaction aux sujets sur le féminisme intersectionnel, en particulier les deux articles :
Être une femme musulmane en France, c’est porter le poids d'une multitude d’oppressions.
Santé mentale des femmes musulmanes : nous sommes épuisées !
Mais aussi à la relance par le débat présidentiel... qui focalise sur ces sujets u lieu de la lutte des classes, quelle utile diversion, pendant que les pauvres s'étripent sur le voile, les riches remplissent leur coffre-fort avec le ruissellement qui leur est dédié. Je suis donc d'accord sur l'instrumentalisation opportuniste du racisme par plusieurs mouvements politiques concomitament avec l'absence de moyens réels de lutte intellectuelle sur ces sujets.
J'ai l'impression qu'on mélange beaucoup de sujet. Je précise que je suis une féministe un peu âgée, blanche et athée… mais inspirée par les spiritualités laïques.
Racisme, islamophobie, sexisme et contestation du voile : 4 sujets différents.
1- Racisme : rejet en raison de la couleur de la peau ou de caractéristiques physiques.
2- Islamophobie : rejet de croyance ici l'islam.
3- Sexisme : rejet du sexe, ici le féminin
4- Contestation du voile : ici le voile islamique.
Certes, une femme musulmane peut cumuler ces 4 sujets et j'en comprends donc la lourdeur, l'épuisement face à ces multiples combats. De plus elle peut être confrontée au poids de la critique coté "occidental", tout comme coté "islamique" en stéréo, une forme de double peine faite d'injonctions paradoxales. Le « comment être » devient alors une impasse existentielle.
Seul, le dernier point fait l'objet d'interrogation de ma part en raison de mon féminisme, de ma laïcité et de ma contestation du patriarcat qui sévit en France comme dans les pays musulmans, tout comme dans la plus part des pays de ce bas monde :).
- De la décence des tenues féminines :
D'abord en France, on ne s'habille pas "comme on veut", il y a des limites dites décentes : on ne se balade pas à poil ou dans des tenues trop dénudées, nommées "attentat à la pudeur" qui est un délit, sans générer des frictions équivalentes à celles qui portent sur le voile.... parce que le voile déplace les limites de la décence à un seuil qui heurte les femmes "françaises". Par effet de miroir, c'est comme si cela challengeait notre liberté à nous. Cela nous ramène à l'époque, on ne devait pas voir les chevilles, les genoux, les gorges ou les épaules, où les cheveux devaient être attachés, quand l'église se mêlait un peu trop de la décence des femmes "catholiques" sur lesquelles il fallait veiller comme le loup sur la bergerie...... d'où les frictions entre les deux postures. Les femmes "françaises" et occidentales ont dû se battre pour avoir le droit de mettre des pantalons, des shorts, des jupes culotte (compromis) puis des jupes plus courtes, des petits hauts plus légers, des pantalons en cuir et d'avoir les cheveux au vent ou coupés courts, de se coiffer comme elles voulaient.... Les musulmanes peuvent-elles aussi l'entendre ?
Nous avons eu nous aussi notre période noire : le génocide féminicide : la chasse aux sorcières ou des milliers de femmes furent brulées qui a sévit pendant de longues années et ne s'est arrêtée que lorsque on a commencé à brûler les femmes nobles, les pauvres ça pouvait passer : sic!
- Voile : un choix féminin ?
Je suis d'accord avec cette revendication des femmes musulmanes d'être libre ou pas de porter le voile : évidemment, mais dans des pays d’obédience islamique, pas en France. Car comment être sûre que cet accessoire n'est pas "imposé" de façon inductive comme clé de voute à un comportement de soumission... par le conjoint, les parents, les soeurs, la famille ou l'écosystème culturel et qu'elles sont vraiment libres et consciente des codes induits. Car on voit trop souvent, les hommes s'habillant à l'occidentale... pour faciliter leur intégration quand les femmes sont "acculées" à suivre la tradition (cela ne vaut pas que pour les musulmanes, mais pour beaucoup de cultures) de façon à les maintenir en retrait, à freiner leur intégration, parfois allant jusqu'à ignorer totalement la langue du pays où elles vivent. L'emprise sur les femmes, leur invisibilisation sociale, leur enfermement domestique doit être combattu que cela se passe avec ou sans voile. Même si certains hommes revendiquent une posture de non intégration via leur tenue.
- Lien entre voile, aptitude sexuelle, connotation et sécurité :
Creusons ce que suggère l’écosystème culturel : Quand on lit la signification du voile dans les traductions du Coran, (pardon je ne maitrise l'arabe pour le lire dans le texte), on voit bien que le voile est le pendant du mariage : une façon de "réserver" les femmes matures exclusivement à la personne masculine qui leur a été dédiée, tout en exigeant un comportement docile fait de modestie et de réserve, ce que certaines féministes contestent en qualifiant le mariage de proxénétisme institutionnalisé. C'est pourquoi les femmes sont voilées dès leur puberté : un certificat "bon pour l'asservissement sexuel" selon les desiderata de l'écosystème culturel, dans le but, comme pour le mariage, de contrôler qui est avec qui et qui a engendré qui. Ce fait est renforcé par le fait que, dans le coran, les femmes ménopausées pourraient être dispensées du voile ainsi que les prostituées et les esclaves! Cela signifie que les femmes matures non voilées sont "livrées en pature" à qui le souhaitent.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hidjab
Cela me gêne de penser que, sans voile, une femme serait en danger dans l'espace public en France. Si telle est leur perception, alors je comprends qu'il leur soit difficile d'oser s'en affranchir. Croisant un homme de sa culture, elle peut subir cette interprétation de ces codes. Nous devons les aider dans cette démarche, donc ne pas les exclure et accompagner hommes et femmes dans un plus grand respect de la liberté de chacun. Cela permet de donner une explication à la série de viols qui ont eu lieu en Allemagne par une bande de migrants, qui ont appliqué ici, les codes de là-bas, renforcé par la haine de l’occident, qui est un autre sujet, que je comprends et combat par ailleurs.
En France, les femmes se sont battues pour avoir le droit de ne pas se marier tout en ayant accès à des relations intimes sexuelles ou pas, sans être assimilées à des prostituées, des libertaires ou qualifiées d'emblée de frigides :)
Cela signifie aussi qu'une femme "bien" est voilée, les non-voilées étant assimilées à des "trainées", mauvaises femmes, mécréantes. De fait, il est aussi difficile pour une femme musulmane d'être non voilée, que pour une femme occidentale d'assumer d'avoir le crâne rasé suite à la deuxième guerre mondiale : le poids des connotations est difficile à assumer, c'est donc un tabou qui persiste aujourd'hui.
Ou de se balader à poil : ta sécurité ne serait plus de fait assurée. Penser le voile comme une protection est donc une forme de chantage social diabolique pour que celui-ci soit un impératif vital et donc non remis en question.
- Voile et intégration :
Ce descriptif sur un site musulman certes rigoriste est très explicite sur ces sujets :
https://islaminfo.org/les-conditions-du-voile/ …. écrit par une femme musulmane.
La fin, point 7, signifiant explicitement que le voile est un acte de refus d'intégration culturelle et d'intolérance vis à vis des occidentaux :)
Paradoxe : On ne peut pas vouloir être intégré en brandissant ce refus ostentatoire au quotidien.
Que ces points soient défendus radicalement dans les pays qui se revendiquent de culture islamique, ne me gêne pas. Les occidentales se voilent quand elles vont en Arabie Saoudite par respect de cette culture et pour leur sécurité. Par contre, il en va différemment quand ces personnes souhaitent être intégrées en France. Elles ne peuvent pas trier dans nos mœurs, selon ce qui les arrangent : prendre le droit aux études, l'égalité de salaire, le droit au logement, la pilule, les soins médicaux voir l’avortement mais pas la réticence sur le voile ou le rejet de la polygamie.. pour être plus extrême. Nous avons exactement les mêmes débats sur l'excision. Intellectuellement, elles sont libres de croire en la religion qu'elles veulent, mais pas de la pratiquer en s'appuyant sur des pratiques contraire aux us et coutumes du pays dans lequel elles souhaitent se fondre. On ne peut pas s'intégrer sans s'adapter. Tout en constatant que certains choix sont mieux tolérés, comme le refus du porc, la réserve sur l'alcool ou la pratique du ramadan. Cela ne me gênerait pas que les musulmanes se voilent lorsqu'elles entrent dans une mosquée, comme un rituel religieux pour entrer en prière.
- Voile et norme, foi :
Le fait de sublimer le voile via l'attachement religieux est peut-être une manipulation de servitude volontaire ou comme décrit dans ce texte de l'express, un attachement à la non remise en question de la séparation des rôles entre hommes et femmes comme on le trouve chez nos catholiques intégristes bien français de chez nous, que les féministes combattent tout autant :)
https://www.lexpress.fr/actualite/societe/ces-feministes-qui-defendent-le-voile_904685.html
Je n'oublie pas que les petits garçons ne sont pas plus libres dans un tel écosystème et peuvent eux aussi être mariés de force. Dans notre culture, nous avons dû nous battre pour que filles et garçons ne soient plus mariés selon les diktats de la famille et puissent choisir par eux-même l’élu de leur cœur. Le fameux mariage d’amour vs mariage de raison.
Certaines femmes voilées revendiquent le fait de respecter une injonction divine, un acte de foi, soumission à Allah fait de pudeur et de modestie, comme nos religieuses, en oubliant que, comme les dogmes catholiques, ces codes ont été écrits par une société patriarcale qui soumet les femmes. J'ai lu pas mal de texte en cherchant ceux écrits par des femmes de cette culture, je n'en ai pas trouvé un qui soit aligné avec une vision vraiment libre des femmes. En extrapolant avec excès, on peut lire le voile comme un harem symbolique de milliers de femmes se réservant pour Allah. Allah étant comme Dieu, un masculin « induit » et invisible. Je ne sais pas si comme en français Allah est masculin ou si la notion de neutre existe.
Pourquoi le lien à Dieu, pour les femmes, devrait s'incarner par ce voile cachant, réservant, qui ne s'impose pas aux hommes? Alors que le lien spirituel est avant tout cérébral, au niveau des valeurs, des pensées et du comportement respectueux de la vie, via les méditations, prières.
Quand on regarde "nos" hommes religieux, ils ont une tenue au sein de l'église, puis une tenue civile "intégrative" non-ostentatoire. A l'opposé, les religieuses sont, elles, en permanence voilées. Bref "notre" religion est aussi rétrograde et machiste, le retour historique récent sur les dessous de l'église qui ne s'est pas dispensé d'un asservissement sexuel l'a au combien re-démontré! On travaille encore aujourd'hui à la moderniser de façon à ce que l'égalité hommes femmes s'y applique également.... ce sont des combats qui sont menés au sein de l'église actuellement.... la liberté religieuse défendue par la laïcité, n'exclue pas que les dogmes religieux puissent évoluer, ils le font d'ailleurs, même si ils sont souvent plus suiveurs que précurseurs.
- Symbolique du voile :
Précision : je suis critique sur le voile des musulmanes et tout autant que celui des religieuses "occidentales", je parlerais donc des voiles.
Pour moi, cet accessoire symbolise le tabou du corps des femmes, qui focalise sur les poils d'ailleurs, qui attiseraient les pulsions masculines... On qualifie souvent les femmes de maléfiques, en référence aux poils du bouc satanique. Delà viendraient aussi que les chevelures noires ou rousses seraient "pires" que les blondes ou châtains? Donc cela doit être canalisé, maitrisé, caché, tabouisé d'où les voiles.
La religion islamique radicalise même ce tabou du corps car le crescendo des voiles islamiques : hijab / tchador / jilbab / burka, va bien du poil jusqu'au corps tout entier avec à chaque fois cette idée de pudeur, de pureté doublé de la menace sécuritaire.
Pourquoi à l'opposé, les hommes expriment leur religiosité, leur virilité par un excès de pilosité via la barbe, les cheveux longs, le torse foisonnant sur la chemise entre-ouverte?
Dans la symbolique du poil, il y a la maturité et la force, symbole de l'homme-maitre-majeur donc le fait de cacher la pilosité féminine, il y a bien cette idée d'immaturité, d'infantilisation. Le tabou du poil est une forme d'asservissement pédophile : obliger les femmes à rester d'éternelles mineures, telles de petites filles "pures" et obéissantes, pendant ou incarnation de leur statut juridique. Interprétation qui fait regarder l'injonction de l'épilation plus ou moins intégrale des femmes sous un autre regard. Cohérente, je milite donc pour la pilosité féminine et je ne m'épile pas du tout… comme les hommes, je suis pour la liberté des poils. Bien que par la magie du business de l'épilation, on commence à les inciter à le faire aussi : tabou du poil, pendant du tabou de nature, niant notre condition de mammifère terrestre, plongée dans le monde virtuel où Lara Croft est parfaite : zéro poil.
- Asservissement des femmes :
Presque toutes les cultures ont toujours choisi de se "civiliser" en bridant les femmes au lieu d'éduquer les hommes dans le respect de la liberté de l'autre sexe. Pourquoi? C'était plus facile de soumettre le faible, plutôt que d'éduquer le fort? Certes, j'ai lu un article bien construit dans le Monde, qui explique que cette "gestion des femmes" aurait été mise en place pour garantir un accès aux femmes de façon équitable parmi les hommes, dans le but de réguler la violence de compétition pour l'accès aux femmes : sic. Ce qui ramène bien les femmes à de la chair à "sexe", équivalent de la chair à canon côté masculin. On est donc bien dans des logiques d'asservissement bien loin de la quête du bonheur dans l'épanouissement mutuel.
En conclusion, être féministe et pour le voile me semble donc quasi antinomique. Je préfèrerais donc que les musulmanes revendiquent d'être libres de croire ou pas, afin que leur adhésion à la laïcité et aux valeurs républicaines priment sur leur attachement religieux :), qu'elles se battent pour la liberté du voile ou pas ; dans les pays musulmans, mais pas ici. Cela nous fait globalement régresser sur la condition de la femme. Pour clore, revendiquer le voile en France au nom des libertés de notre devise est aussi un paradoxe, car cette liberté individuelle fait régresser les libertés du collectif féminin sur le plan symbolique et des connotations, ce qui est déjà un problème.
Par contre, vu les interprétations du voile dans leur culture, il faudrait que nous ayons une attitude bienveillante, faite d'explication et d'accompagnement des femmes et des hommes musulmans pour leur permettre de relativiser certains dogmes. Le rejet radical et dogmatique du voile sans explication est un acte violent, discriminant et incompréhensible. D'ailleurs, si la République était fidèle à sa volonté d'intégration, les programmes scolaires devraient permettre cette compréhension avec une perspective historique et mondiale. L'histoire du droit des femmes devrait être mieux enseignée permettant à tous d'être plus conscients et tolérants.
Le féminisme "occidental" ne challenge pas QUE les femmes musulmanes, mais cherche à libérer les femmes et les hommes dans toutes les dimensions de l'être et du vivre ensemble.
Par contre, aux combats féministes souvent un peu violents, je préfère la construction de la permaculture humaine plus propice, à l’élaboration d’un bonheur individuel et collectif dans l’épanouissement mutuel. Vu la violence des rapports de force qui structurent notre société avec une éthique souvent très défaillante, laïques, catholiques comme musulmans sont d'être suffisamment civilisés :)
.