Décoloniser, ré-humaniser : le débat du Code noir inspire…

Réponse à vision tricontinentale à la lettre de Jacky Dahomey.Guadeloupe… un nom comme une chanson de Brel. Un pays, un peuple que j’ai toujours rêvé de connaitre, une langue créole qui fascine. Et me voilà soudain embrouillée dans l’une de vos polémiques, en plus par ma propre faute ! Je vous remercie donc de votre invitation généreuse de continuer le débat et de répondre à votre réaction sur mon billet de blog ‘aventureux’ sur Médiapart. Etant donné que ce dernier a été publié en Guadeloupe[1],  je ne peux guère me dérober…  

Réponse à vision tricontinentale à la lettre de Jacky Dahomey.Guadeloupe… un nom comme une chanson de Brel. Un pays, un peuple que j’ai toujours rêvé de connaitre, une langue créole qui fascine. Et me voilà soudain embrouillée dans l’une de vos polémiques, en plus par ma propre faute ! Je vous remercie donc de votre invitation généreuse de continuer le débat et de répondre à votre réaction sur mon billet de blog ‘aventureux’ sur Médiapart. Etant donné que ce dernier a été publié en Guadeloupe[1],  je ne peux guère me dérober…  

A l'intention de vos compatriotes, je me présenterai en fin de ce papier. En attendant, il suffit de savoir que je suis avant tout linguiste africaniste, journaliste et essayiste, avec aussi une licence en Histoire et un passeport belge. Pourquoi ai-je donc réagi à la polémique autour d’une relecture d’aspects du Code noir de 1685 telle qu’elle a été présentée par des Antillais sur trois blogs dans un journal parisien en ligne, alors que je ne connaissais ni les Antilles, ni le travail de l’historien Jean-François Niort (que je lirai sans faute), ni les militants qui l’attaquaient ? D’abord parce qu’il s’agissait du Code noir qui ne laisse personne froid. Puis parce qu’il me semblait y reconnaître une classe de débats que je connais bien d’Afrique. Mais sans doute il faut y voir avant tout l’appel du tricontinental, le défi posé par l’héritage de Fanon, Césaire, Glissant et tant d’autres : qu’avons-nous en commun, quelles passions, quels espoirs, et est-ce assez pour un échange ? C’est hasardeux, je le sais. C’est même aventureux, comme vous dites, parce qu’on ne sait pas vraiment où on met le pied. On doit donc être prête à demander pardon à ceux qu’on aurait blessés ou dont on aurait mal traduit la pensée. Mais enfin, en traversant les océans, on peut toujours espérer…

C’est aussi avec fascination que j’observe cet ovni têtu – et combien éloquent - de la politique française : Christiane Taubira. Il y a, bien sûr, la loi Taubira de 2001 sur les traites et l’esclavage, un véritable fait d’arme que certains n’ont toujours pas digéré. Je n’oublie jamais non plus son franc soutien à Serge Letchimi et sa réplique au suprématiste Claude Guéant en 2012 : « Vous nous ramenez, jour après jour, à des idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration au bout du long chapelet esclavagiste et colonial ». Voilà la parole libérée, en pleine Assemblée nationale, n’en déplaise à ceux, en France et partout en Europe, qui se réclament toujours de race et civilisation supérieures et d’exceptionnalisme. Chez Christiane Taubira j’aime aussi le refus de l’indignation. Elle peut se fâcher, elle peut attaquer, accuser, rejeter, mais à l’instar de Mandela et tant d’autres qui en ont vu trop, elle ne se montre ni indignée ni choquée. Et pour cause, l’indignation est trop difficile à doser selon la gravité des faits et elle est de plus allergène. Christiane Taubira est une des personnes qui ose le tricontinental, le tout-monde. Et elle n’a pas peur de la mémoire, comme en attestent ses publications. Comme le disait Mandela : on peut pardonner – à certaines conditions – mais on ne doit jamais oublier. 

Décolonisation


Quand Edwy Plenel de Médiapart, dans une interview, rappelle Christiane Taubira à son entrée en politique dans le mouvement guyanais pour l’indépendance, elle corrige aussitôt : « pour la décolonisation ».  C’est ce désir de décolonisation que je croyais déceler dans les arguments de M Zandronis auxquels personne ne semblait vouloir répondre. C’était cela le sens de ma réaction. En Afrique on a vite compris que décolonisation n’est pas la même chose qu’indépendance. En fait, souvent l’indépendance ne mène qu’à une décolonisation factice. Tout comme la libération politique s’arrête souvent là et ne mène pas à la libération économique et surtout socio-économique. C’est pour les deux dernières que se bat l’Afrique. La décolonisation est tout aussi compliquée. L’Afrique se trouvait dès le début confrontée au défaut de décolonisation de l’esprit chez l’ancien colonisateur et ce qui plus est, face à un rapport de force dans les relations économiques et de ‘coopération au développement’ avec l’Occident, leurs ‘conditionnalités’, leurs interférences, leurs interventions y compris militaires, leur extraordinaire conviction d’avoir toujours raison. Dans sa décolonisation des esprits et tout ce qui touche à sa souveraineté, l’Afrique ne peut donc compter que sur elle-même. Le chemin a été chaotique et elle sait qu’il sera encore long et dur, parce que des desseins pour un nouveau partage de l’Afrique se dessinent. Mais l’homme africain s’est relevé, sa parole s’est libérée et il lutte.

Alors comment s’imaginer la décolonisation des esprits en Guadeloupe et dans les autres DOM/TOM français où il paraît encore bien plus difficile de prendre ses distances par rapport à la mentalité métropolitaine ? A vrai dire, je n’en ai aucune idée. Mais il y a des grands hommes comme Edouard Glissant qui ont réussi et son mouvement continue de mobiliser et inspirer beaucoup de gens, là comme ailleurs. Alors quid de la mémoire ? De ‘l’idéologie mémorielle’ ou ‘victimaire’, du ‘repli identitaire’ maintes fois dénoncés, surtout par les anciens maîtres locaux ou en Occident ? Je me méfie de ces dénonciations. Certes, il faut aller de l’avant. Il faut de l’espoir surtout. Il y a un monde différent à construire, un tout-monde disait Glissant. Les rapports de force mondiaux changent en ce moment et il faut non seulement y croire mais aussi y consacrer beaucoup d’énergie.  Mais sans clarifier et exorciser le passé on y arrivera pas, ni sans un changement visible pour ceux qui n’en voient pas dans leur lutte quotidienne pour survivre. Sortir de « la grande nuit » (Fanon) d’oppression et de déshumanisation il faut le faire soi-même. Et on ne peut s’arrêter à mi-chemin…

Dans un article sur une nouvelle « démocratie comme vie en communauté » Achille Mbembe parle des efforts sud-africains de ré-humaniser la société et la culture. Il faudra pour cela que les gens, les pauvres en particulier, ne se sentent plus des ‘déchets’ [waste] humains. « On parle traditionnellement de ‘déchets’, écrit Mbembe, comme des choses produites corporellement ou socialement par des êtres humains. On parle aussi traditionnellement de la capacité intrinsèque du capitalisme de gaspiller [waste] des vies humaines (Marx). On parle de la façon dont sous le capitalisme les ouvriers sont gaspillés d’une manière comparable à des ressources naturelles ». « En Afrique du Sud, dit-il, il faut considérer l’humain lui-même comme produit de déchet sur l’interface entre race et capitalisme ».  L’apartheid – et le colonialisme qui l’a précédée – a produit des gens ‘superflus’ qui se sentent superflus, des déchets, et non pas humains. Face au chômage de masse, aux problèmes de survie et de subsistance, des millions de gens se sentent toujours superflus, déchets, pas humains. Le chemin de la ré-humanisation est donc long (ce qui explique sans doute aussi la persistance du niveau de violence dans ce pays). Pour Mbembe, elle ne doit pas simplement aller de pair avec un meilleur niveau de vie, mais également avec un changement de paradigme démocratique. L’humanisme hérité d’Occident n’est pas suffisant, pour se défaire du racialisme chaque être humain devra être défini à la fois comme individu et dans son appartenance à une communauté de partage, de vie.

L’histoire de la Guadeloupe n’est pas celle de l’Afrique du Sud, l’apartheid n’égale pas l’esclavage, ni la colonisation classique. Mais le problème de la ré-humanisation reste. Et avec lui, inséparablement lié, celui de la décolonisation de l’esprit. Qui dit dé-(coloniser) et ré-(humaniser) doit nécessairement regarder en arrière, savoir qui on est et d’où on vient. Cela implique la conservation ou la réhabilitation mémorielles du peuple opprimé, car c’est en niant leur histoire qu’ils ont été déshumanisés et pu être soumis au pouvoir d’une minorité d’autres.

A titre d’exemple voici l’une des polémiques mémorielles sud-africaines, qui peut avoir l’air banal mais ne l’était pas pour les gens et n’est point oubliée. En Afrique du Sud, la politique est intimement liée au chant. Pas de meeting politique, pas de mobilisation, pas de militance sans chant. Comme autrefois il n’y avait pas de guerre sans chants guerriers. Il y a quelques années, un juge blanc à fort fâché les Noirs. A la demande de Blancs Afrikaners ultranationalistes qui se plaignaient « d’incitation à la haine raciale », il a interdit l’un des chants les plus connus de la lutte de libération qui dit : « tuez les Boers » (shoot the Boers). L’ANC lui-même, bien que parti au pouvoir, s’est opposé au jugement en maintenant que pour l’opposition à l’apartheid ‘Boer’ signifiait l’ennemi, ce qui est exact, et que ce chant fait partie du patrimoine inaliénable du peuple libéré. ‘Boer’ signifie littéralement fermier ou colon et plus particulièrement colon Afrikaner. Ce sont les colons qui ont spolié les Africains de leurs terres et ensuite envahi le pays militairement. Et ce sont les nationalistes Afrikaners, colons et descendants de colons, qui ont inventé et instauré l’apartheid. Interdire ce chant serait comme interdire le Chant des partisans français. Toutefois, en l'interdisant parce qu’il le jugeait raciste, le juge blanc, descendant des colons, a cru bon de donner des leçons de morale en demandant aux « gens jadis opprimés » de « poursuivre de nouveaux idéaux et de développer une nouvelle moralité ». C’en était de trop ; les gens sont descendus dans la rue. Dans ce contexte mémoriel l’essayiste Levi Kabwato cite le Pr Pal Ahluwalla, un intellectuel africain renommé: « la colonisation de l’esprit se manifeste dans la manière dont l’histoire d’un peuple est niée et dont ils sont amenés à se sentir inférieurs et incapables de défier l’ordre colonial. De cette manière, l’identité nationale d’un peuple est dénigrée et rendue non-fonctionnelle. Les colonisés ne sont pas seulement rendus économiquement  dépendants mais également psychologiquement dépendants. Ainsi on fait d'eux le sujet du pouvoir colonial.»[2]

Au Zimbabwe, un autre pays africain où beaucoup de colons blancs sont restés après l’indépendance (en 1979) et occupaient encore longtemps des hautes fonctions notamment dans la justice, il y a eu des fortes polémiques pareilles mais qui ont malheureusement dégénérées en du ‘racisme à rebours’ avec violence, notamment autour de la réforme terrienne. En Afrique du Sud, par contre, il y a eu des débats robustes, mais des débats. Comme récemment encore à propos de statues coloniales et le remplacement des noms coloniaux un peu partout, des sujets auxquels ont fait face tous les pays africains. Là encore on est dans les symboles et non pas dans des transformations (comme la réforme terrienne p.ex.), mais dont la décolonisation de l’esprit ne peut pourtant pas se passer comme le démontre Achille Mbembe. Pour les statues et monuments il propose même, contre les « ‘zélotes de l’amnésie’…/… Qu'on les rassemble tous dans un parc unique, qui servira en même temps de musée pour les générations à venir. Ce parc-musée panafricain servira de sépulture symbolique au colonialisme sur ce continent. » [3] 

La  ‘blanchitude’ : eurocentrisme et déni


Mais quid de la décolonisation d’institutions comme l’université ? La grande polémique du moment en Afrique du Sud c’est celle des universités – et notamment celles qui se considéraient déjà depuis le temps de l’apartheid comme progressistes et qui sont si fières du nombre d’étudiants noirs admis et formés – qui sont restées foncièrement ‘blanches’ en ce qui concerne le personnel académique, et eurocentriques quant au contenu de l’enseignement et au profil du diplômé produit.  Comment expliquer cette polémique, ce ras-le-bol d’étudiants et de la société en 2015, plus de vingt ans après la libération? La question du contenu des disciplines africanistes a en réalité déjà commencée avec la dite ‘affaire Mamdani’. Le Pr Mahmood Mamdani, d’origine ougandaise, fut nommé en 1997 au Centre d’études africaines de l’Université du Cap pour développer un nouveau programme. Il fut carrément boycotté par des moyens administratifs. Ne manquant pas d’offres ailleurs, Mamdani est donc aussitôt parti pour l’Université de Columbia et la rénovation du Centre n’a jamais eu lieu.[4] Dans leur eurocentrisme, ses collègues sud-africains ‘ignoraient ce qu’ils ignorent’ de la scène académique post-coloniale africaine et cela n’a manifestement pas vraiment amélioré en vingt ans. 

C’est ce qu’on appelle ‘la blanchitude institutionnelle’ que la Pr Sara Ahmed (d’origine pakistano-anglaise) décrit dans un article phare « La phénoménologie de la blanchitude », en s’appuyant sur des études de ‘critical management’ : « Les organisations tendent à recruter dans leur propre image. Ce n’est pas simplement qu’il existerait un désir de blanchitude qui mène au recrutement de Blancs. Mais plutôt que l’institution est orientée autour de la blanchitude, de manière que même des personnes qui n’apparaissent pas blanches doivent ‘habiter’ la blanchitude pour avoir une chance d’entrer. » [5] Cela vaut évidemment aussi pour les disciplines académiques, les communautés de linguistes, d’historiens et d’autres sciences.  Donc dire qu’un historien doit être vigilant quand il traite de « sujets sensibles » (Zandronis) pour des gens avec un passé colonial ou esclavagiste, ce n’est pas soupçonner « tous les historiens français de colonialisme » (Jackomay). C’est dire qu’aussi bien notre éducation européenne ou ‘blanche’ que notre formation et appartenance à une communauté scientifique potentiellement eurocentrique prête à la vigilance parce qu’ils peuvent influencer ou orienter notre travail à notre insu. Même si l’on vit déjà des décennies en Afrique ou aux Antilles. C’est « l’inconscience coloniale » dont vous parlez.

Puis il y a l’acceptation du travail et ce qu’en fait – ou pas – la société européenne dans son déni du passé et son refus de se décoloniser l’esprit. Si le Pr Jan Vansina, éminent historien africaniste fort apprécié en Afrique, a pu calculer que sur le territoire du Congo ex-belge la population avait diminué « d’au moins la moitié » entre 1800 et 1920  – d’autres chercheurs estiment qu’entre 7 et 10 millions de Congolais ont disparus pendant la seule période de 1885 à 1908 quand le Congo était la propriété privée du roi Léopold II (dite l’Etat indépendant du Congo) -, comment se fait-il que si peu de Belges connaissent ces chiffres de crimes abominables, que les enfants n’en apprennent toujours rien – et très peu sur l’époque coloniale – et que Léopold II, le ‘roi bâtisseur’ (avec l’argent du Congo…) a encore ses statues et est admiré en Belgique ? En fait c’est pire : déjà du temps du règne de Léopold II des témoins oculaires parlaient de plusieurs millions de morts. Cela fait donc plus d’un siècle que les Belges devaient savoir que ce n’était non pas mollement ‘oui, bien sûr, pas bien’, mais qu’un véritable génocide a été commis au Congo, plus terrible que celui des Herero en Namibie par les Allemands, que des Arméniens par les Turcs, que celui au Rwanda et même, en chiffres, que la Shoa. Et cela à notre intention et bénéfice…

Le poids des idées reçues intervient également. Si Nicolas Sarkozy pouvait 'innocemment' signifier aux Africains qu’ils ne sont pas encore entrés dans l'Histoire, d'où tiendrait cet intellectuel, président de France, cette idée digne d’un extraterrestre ? Effectivement, comme le disait le Sénégalais Doudou Diène, rapporteur spécial de l'ONU : d’un stéréotype fondateur des discours racistes des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle.[6]  De nos jours, aucun intellectuel ne devrait plus être sans savoir que ce sont des intellectuels occidentaux, les Orientalistes, Africanistes et autres Humanistes - y compris Karl Marx dans son historicisme - qui ont construit les images des colonisés – des ‘fictions’ dit Valentin Mudimbe, le spécialiste en ce domaine[7] - qui ont servi de justification à la domination occidentale du monde (pour les Africains renforcée par l’histoire biblique de Cham, fils maudit de Noé dont descendraient tous les Noirs…), à leur auto-proclamée supériorité et leur vocation 'civilisatrice'. Or, de nos jours ce sont encore toujours les fictions issues de ces travaux hautement eurocentriques, souvent carrément falsifiées (les terres africaines auraient été largement 'vide' d’occupants) ou biaisées (l'idée des ethnies bien séparées et antagonistes, de 'sociétés fermées' alors que c'est la politique coloniale qui les séparait et les 'fermait' sur elles-mêmes en restreignant la mobilité et les interactions et en les terrorisant) de ces chercheurs qui informent l'image que les peuples européens retiennent des 'Autres' et qui se perpétuent dans l'enseignement, souvent insidieusement.

‘L’inconscient colonial’


D’après ma lecture de Fanon, Mudimbe, Mbembe (qui parle du rôle du capitalisme mercantile que vous invoquez), Edward Saïd et d’autres, la réification ou choséification de l’esclave ne concerne pas seulement son statut de ‘bien meuble’. Comme pour le colonisé, ce sont ces ‘fictions’ made in Occident qui sont ré-projetés sur lui avec le message : voilà qui tu es; tu n’es pas qui tu pourrais bien penser qui tu es, nous savons mieux. C’est ‘le regard d’autrui qui l’objective’, dans les mots de Sartre. C’est lui voler – ou violer - son identité et la remplacer par une fiction d’être inférieur, pas ou peu humain et ‘donc’ sujet légitime de soumission. Être réduit, dans les mots de Mbembe, à un déchet humain, donc une chose.  Qui est soit superflu et jetable d’office, soit dont le maître dispose jusqu’à ce qu’il n’en a plus d’usage. C’est avant tout ce mécanisme qui a permis la domination par une petite minorité sans que pour cela les colons devaient forcément, sur le plan personnel, être des ‘démons’ comme vous dites. Les Européens y croyaient ferme, comme ils croyaient plus tard à leur ‘mission civilisatrice’. Presque tous, heureusement pas tous (relisez par exemple les députés qui s’opposaient à Jules Ferry sur le colonialisme en 1885[8]). Ils y croient toujours. Même si la mission civilisatrice s’est mue en ‘aide au développement’ ou ‘humanitaire’. Non, ils n’étaient pas tous des ‘démons’. Au cours des années il y a même eu un formidable gâchis de bonnes intentions de gens de toutes sortes, dont des missionnaires, qui ont participé à ce broyage humain « pour leur propre bien’. Et que dire d’une large partie de la ‘gauche’ européenne et la quasi-totalité des ‘ONG de développement’, acquises à la ‘solidarité’ paternaliste, au ‘développement’ par interférence et intervention au dépens de la souveraineté et l’auto-détermination des peuples ‘assistés’ ?

Ce paternalisme - dont, soit dit, la Belgique a été la championne parmi les colonisateurs - est une forme de racisme. Ce qui plus est, une forme insidieuse, particulièrement inconsciente. Dont j’ai souvent écrit et que je déteste presque plus que le racisme primaire qui a l’avantage d’être transparent. C’est ce ‘racisme gentil’, comme l’appelle un ami africain, qui sert de justification des rapports de force actuels entre l’Occident et le ‘monde pauvre’. En Belgique, c’est même au point que ces ONG sont devenues les conseillers par excellence pour la politique gouvernementale envers l’Afrique. Haro donc sur le mythe ‘non-gouvernemental’ et de ‘solidarité’ – aussi verticale que les relations d’antan. C’est l’ancienne histoire du chemin vers l’enfer… par l’inconscient colonial. Pas dupes, des petits groupes de citoyens s’en détournent d’ailleurs au profit ‘d’initiatives citoyennes’ de solidarité plus horizontale. C’est une lueur d’espoir dans l’obscurité du regain de racisme et de paternalisme, des confusions et des amalgames. Il y en a heureusement d’autres. (Et non, ne me soupçonnez pas de paternalisme à l’égard de la Guadeloupe. Si vous aviez raison, je jetterais l’éponge, j’arrêterais d’écrire et m’occuperais dorénavant exclusivement de mon jardin, mes petits-enfants et mes poules et moutons! Car ce serait renier moi-même et mon parcours de vie, aussi cahoté qu’il ait été).

Or, si ‘l’inconscient colonial’ est si tenace à travers les générations, comment devrais-je croire que, du côté des descendants des esclaves et des colonisés, la choséification soit si facile à surmonter ou pourrait être ‘oubliée’ ? Pour Fanon – et pour les Sud-Africains – il fallait lutter pour récupérer son humanité, sa dignité d’humain.  Sans une lutte consciente cela s’avère d’autant plus difficile dans la mesure que  les conditions de vie ne changent pas fondamentalement et/ou le racisme sous une forme ou l’autre reste omniprésent. Ce racisme signifie que le faux miroir de la ‘fiction’ occidentale vous est continuellement tendu comme étant votre identité, étant vous, inférieur.

Toutefois, je ne crois pas que la question de la violence ou non-violence dans cette lutte d’émancipation du colonialisme est pertinente ici. En premier lieu parce que Fanon et Sartre parlaient dans le cadre d’un mouvement de libération et dans ma lecture ils ne préconisent pas la violence en toute circonstance. Ensuite parce que cela mènerait trop loin. C’était le grand débat au sein de l’ANC et senti comme étant, dans mes mots, le ‘paradoxe du combattant pour la liberté’, à savoir devoir prendre les armes pour en finir avec la violence armée du régime et ouvrir le chemin vers la paix. C’est le cas de conflits armés asymétriques internes avec ses règles de droit international (convention de Genève et protocole) et avec l’indispensable retenu si l’on veut continuer à occuper, dans le langage de l’ANC, ‘les hauteurs morales’ par rapport à l’ennemi amoral, en l’occurrence l’apartheid. Lisez Mandela sur ce paradoxe qui s’est présenté au mouvement en 1961 et par la suite à chacun de nous personnellement quand on a rejoint la lutte de l’ANC. Il ne faut pas en parler à la légère dès les premiers excès de langage, dérives ou bavures que je ne cautionne nullement. Les luttes de libération, la révolution de Haïti, les révoltes des esclaves partout ont coûté des dizaines ou centaines de milliers de victimes souvent pas encore comptées ou retrouvées (en Afrique du Sud on cherche encore toujours nombre de dépouilles). Ils n’auraient sûrement pas voulu voir leurs descendants ou amis avoir recours à la violence si ce n’est pas nécessaire. Et certainement pas entr'eux.

Qu’avant l’avènement du prolétariat l’esclavage ait été, comme vous dites, - ou non - le mode d’exploitation de l’homme par l’homme le plus répandu dans le monde, n’en fait pas moins un crime contre l’humanité qui n’était d’ailleurs pas cautionné par tous à l’époque non plus. Ni, évidemment, accepté par tous les esclaves eux-mêmes malgré l’aliénation de la déshumanisation. Mais ce n’est pas assez de dire que ce fut un crime contre l’humanité. Car s’il y eût un changement de paradigme d’exploitation, il n’en reste pas moins que pour la grande majorité des personnes noires – si pas toutes – la base de l’exploitation et de la soumission par l’Occident n’a pas changé : la race, la couleur de la peau. C’est « le long chapelet » dont parlait Serge Letchimi. De plus, force est de constater qu’aujourd’hui en Europe le racisme et l’islamophobie deviennent d’autant plus virulents à mesure que les personnes classées comme ‘Autres’ soient hautement qualifiées.  Les Arabes ou musulmans entre ces derniers sont fréquemment soupçonnés de complots, d’être des ‘Frères musulmans’ occultes liés au ‘terrorisme’ anti-Occident etc. Parmi les diplômés universitaires belges ce sont ceux de descendance africaine qui ont, de loin, le plus de difficultés à trouver de l’emploi ; les statistiques sont éloquentes.  Nombreux sont ceux et celles qui finissent par accepter des jobs dont les Belges ne veulent pas, comme dans le nettoyage. Je ne parle pas d’immigrants récents mais de citoyens belges. Donc même la mobilité sociale n’est pas un remède efficace contre le racisme et ses stéréotypes. Or, cela semble venir en ligne droite des temps des colonies quand les colonisateurs se méfiaient de ‘ces nègres qui deviennent trop malins’. A juste titre d’ailleurs puisque en général ce sont eux qui ont dirigé la résistance… C’est pour cela que beaucoup d’entre eux ont été assassinés – de Lumumba à Martin Luther King et Chris Hani (nous commémorons ces jours-ci l’anniversaire de son assassinat en 1993).

L’histoire orale


Si je mentionnais dans mon billet précédent la nécessité pour les historiens de faire entendre la voix des victimes, je parlais de ce qu’on appelle l’histoire orale. Il s’agit d’histoires transmises à travers les générations, les dites traditions orales, celles-là mêmes qui ont inspiré des écrivains anticoloniaux et antiracistes tels que l’Américaine Toni Morrison, prix Nobel de littérature. Ou le Sud-Africain André Brink dans son roman ‘Philida’ basé sur ses recherches sur l’esclavage au Cap et de sa propre famille jadis colons propriétaires d’esclaves. (Brink, lui-même Afrikaner, a été attaqué et menacé férocement par des nationalistes Afrikaners qui ne lui ont jamais pardonné cet ouvrage.) Dans la discipline d’Histoire il existe une branche d’Histoire orale avec des méthodes bien testées et développées à travers les années. Les traditions orales sont des sources primaires de l’histoire africaine, avec l’archéologie, l’anthropologie, la botanique, la géologie, la climatologie (p.ex. des catastrophes naturelles ou des éclipses dont les dates sont connues et qui paraissent fréquemment dans les histoires transmises permettant de les dater) etc. En tant que philologues africanistes  nous apprenions également ces méthodes afin de nous permettre de collecter, transcrire et interpréter les traditions orales africaines – étant donné notre rôle de linguistes dans la collecte dans des langues africaines pas ou mal écrites et grammaticalement mal connues. Ces traditions consistent en différents genres oraux : contes, légendes, récits, mythes, poésie, chants. L’interprétation est recoupée avec des données documentaires, d’archéologie etc. pour arriver à un rendu aussi exacte que possible de l’histoire et du vécu des gens du temps passé.

Je suggérais donc que si M Niort – ou un collègue – ajoutait à ces recherches sur les Codes noirs des études de la mémoire, c’est  à dire des traditions orales, en utilisant les méthodes de l’Histoire orale afin d’aborder le vécu et le point de vue des esclaves par rapport à ces dispositions plus ‘humaines’ du Code noir de 1685 et/ou les endurcissements des Codes suivants, la polémique actuelle se présenterait sûrement différemment... Tout en n’oubliant pas que là aussi la position objective – d’Européen ou ‘Blanc France’ – de l’historien devrait prêter à vigilance de la part du chercheur et ne faciliterait peut-être pas toujours l’acceptation des résultats par les descendants. Tout dépend. Aussi les travaux du Pr Vansina, belge et l’un des initiateurs des méthodes de l’Histoire orale africaine, n’ont jamais été contestés en Afrique. Ni ceux de plusieurs autres historiens d’origine européens, comme du Polonais Bogumil Jacek Koss qui a rassemblé un corpus exceptionnel de témoignages directs ou indirects sur la colonisation. D’autres études par contre, tant par des historiens occidentaux qu’africains, ont été accueillies avec plus de réserves. Je suppose d’ailleurs que de telles études de ‘documents oraux’, comme on les appelle aussi, ont déjà été faites aux Antilles, bien que peut-être pas spécialement sur les dispositions changeantes des Codes noirs ? Jean-François Niort n’y réfère en tout cas pas dans sa réponse à M Zandronis.

Vous me faites sourire quand vous parlez du kompère lapin. Les contes sur le lièvre – plutôt qu’un lapin – sont très répandus dans une partie de l’Afrique (centrale) et connus par tous. (En Afrique de l’ouest c’est l’arraignée la figure centrale.) La ruse est effectivement bien cotée en Afrique aussi. Mais la description de ses effets dans la vie politique guadeloupéenne en tant que ‘kompèlapinisme’, je laisse à vos soins !

Vie intellectuelle postcoloniale en Afrique


Je ne vous suis toutefois plus du tout, M Dahomay, quand vous rejetez en bloc l’historiographie africaine postcoloniale. Les grands débats estudiantins et académiques au campus de Kinshasa autour de 1970 que je mentionnais dans mon billet, furent stimulés surtout par deux brillants et alors encore jeunes professeurs de notre faculté : Valentin Mudimbe et le philosophe béninois Paulin Hountondji. Les deux sont devenus des intellectuels de premier plan mondialement connus. Ils appartiennent à la première génération postcoloniale d’intellectuels africains. Nous en sommes maintenant à la troisième génération. (Vous trouverez une description d’elles et leurs différences sur le site de CODESRIA[9].) En Histoire il y a eu plusieurs phases et tendances, liées aussi aux phases de décolonisation mentale et à des événements et développements en Afrique. Du temps de mes études au Congo, à l’instar des poètes de la Négritude beaucoup de futurs historiens étaient pris de désir de concurrencer avec l’Occident, voire de l’éblouir par une Histoire africaine ‘redécouverte’ brillante. Aussi étaient-ils enchantés d’apprendre comment Sheikh Anta Diop avait fait remonter l’histoire des cultures africaines à l’ancienne civilisation égyptienne. L’histoire de certains royaumes africains, soutenue par des découvertes archéologiques, n’était pas moins réconfortante, surtout pour cette génération encore socialisée par les missionnaires européens qui cherchait souvent encore difficilement leurs balises dans leur propre culture et dans le monde. Or, en même temps dans toute l’Afrique les choses se gâtaient : dictatures, conflits, régimes militaires, crises économiques et surtout l’étau du néo-colonialisme menaient au désenchantement et à l’afro-pessimisme, ce fléau dont l’Afrique se relève encore difficilement. Et qui est, bien sûr, également lié à un manque de décolonisation des esprits.

Les universités anglophones étaient les meilleures et les plus anciennes. La première, Fourah Bay College à Freetown en Sierra Leone, était déjà une université complète selon les normes européennes depuis 1867. Celles de Ghana, Nigeria, Ouganda, Afrique du Sud étaient parmi les plus célèbres avec comme particularité qu’elles étaient fréquentées par des étudiants de différentes colonies anglaises, de sorte qu’ils se connaissaient et y échangeaient des projets de résistance anti-coloniale. Par conséquent, plusieurs présidents postcoloniaux africains étaient des amis d’études. Le colonisateur anglais préféra donc de former une élite africaine sur place et envoyait seulement des étudiants en Occident pour poursuivre des études post-graduées.

Les Français par contre, avec leur politique d’assimilation, envoyaient les jeunes Africains brillants des colonies à étudier en France. Notre université à Kinshasa était la première université francophone d’Afrique, fondée par l’Université de Louvain en 1954 (et alors appelé Lovanium), deux ans seulement avant l’indépendance du Soudan, quatre ans avant celle du Ghana et six ans avant celle du Congo même ! A partir des années 1970 et 1980 les grandes universités ont cependant souffert énormément sous les ‘soubresauts des jeunes états’ africains et des crises économiques. Les meilleurs intellectuels africains se sont alors retrouvés – forcés par les dictatures ou volontairement - en Occident, surtout aux Etats-Unis où l’intérêt pour l’Afrique était vif et soutenu. Ou aussi en France, bien sûr.

Depuis lors la tendance est au retour ou à la permanence en Afrique, surtout pour la troisième génération. Les universités ont repris des couleurs, se sont multipliées et leur personnel académique est presque entièrement africain, contrairement aux années après les indépendances (et en Afrique du Sud encore…). Les murs coloniaux entre la francophonie, l’anglophonie et la lusophonie tombent, les grands débats sont panafricains ainsi que les grandes polémiques (dont p.ex. à propos de la notion d’afropolitanisme que Mbembe voit comme l’avenir de l’Afrique – c’est le sujet de son prochain livre – mais à laquelle d’autres reprochent une vision de classes moyennes en négligeant les classes populaires et rurales, leur histoire et situation.) On peut les suivre assez bien à travers des sites internet de qualité, des newsletters et les réseaux sociaux d’intellectuels où il y a souvent des débats éclairants. Bref, sans vouloir élaborer plus, je crois que vous vous êtes laissé inspirer par le courant de l’afropessimisme et que votre vision ne correspond heureusement pas à l’état actuel des sciences humaines en Afrique…

Dans quelle mesure l’élément ‘mémoriel’ « constitue un véritable obstacle épistémologique » aux Amériques, comme vous dites, je ne sais pas. Mais quant à l’Afrique, ce n’est pas parce qu’on ne doit pas oublier l’histoire, comme le disait aussi Mandela, et qu’il reste encore beaucoup à faire en matière de recherches historiques, ou parce qu’il y a des mouvements de réparations, que cela bloquerait l’effervescence intellectuelle. Au sein de la diaspora africaine en Europe, il pourrait y avoir parfois des ‘idéologies mémorielles’ ou de victimisation en réaction aux discriminations, bien que je vois beaucoup de dignité et de combativité envers et contre tout. Mais en Afrique-même nombre de gens ont, au contraire, plutôt tendance à se blâmer un peu trop en oubliant les rapports de force internationaux qui font tant de dommages surtout dans les pays les plus pauvres. Et contre lesquels l’Union africaine et les organisations régionales ne fournissent, de loin, pas encore assez de protection comme est leur mission de faire.

A vos autres critiques je crois avoir répondu plus haut. Quant au manque de nuances et d’explications dans votre premier billet, tout ce que voulais dire c’est qu’une personne pas ou peu au courant de la polémique, dont la plupart de lecteurs de Médiapart, n’y comprenais pas grand-chose et, si intéressée, devait chercher des sources soi-même, comme je l’ai fait. Je vous remercie donc pour les explications dans cette lettre qui ouvrent une fenêtre précieuse sur la Guadeloupe et son ambiance politique !

Cordialement.

PS ‘chicanerie’ : mes excuses, je cherchais le mot ‘argutie’ (et ne le trouvais pas).

Notice biographique

Je suis linguiste africaniste – de langues africaines –, journaliste et essayiste. Déjà dans ma jeunesse, j’étouffais dans l’Europe de ma naissance et, dès ma majorité, ai pris le large à la première occasion qui s’est présentée. C’était les Etats-Unis de la guerre de Vietnam, du racisme segrégationniste et de l’apogée de la lutte des civil rights. (Googlez 1965 et vous verrez l’ambiance américaine de cette époque.) Puis ont suivi, avec mon jeune mari anthropologue, le Congo ex-belge, une licence de philologie africaine à l’université à Kinshasa, des recherches à l’intérieur du pays, les révoltes sanglantes des étudiants contre la dictature de Mobutu. Puis un 3me cycle en linguistique africaine, quelques années de chercheur et enseignante à l’Université de Leyde aux Pays-Bas, des recherches en Côte d’Ivoire. Ensuite  chargée de cours et chercheur à l’Université Eduardo Mondlane au Mozambique. Là, en 1981 l’ANC, le principal mouvement de libération de l’Afrique du Sud, s’est annoncé et je me suis intégrée dans la lutte armée, tout en continuant à l’université au Mozambique et en Afrique du Sud. Arrestation en 1985, condamnation pour haute trahison et libération anticipée en 1989, quelques mois avant Mandela. En prison j’ai fait une licence en Histoire à l’Université d’Afrique du Sud (UNISA).Tout comme quelques autres camarades blancs particulièrement haïs par les ultranationalistes de l’apartheid qui n’en étaient pas à leur premier assassinat, pour des raisons de sécurité l’ANC ne m’a pas laissée retourner jusqu’au début des années 2000. J’ai alors vécu plus de dix ans au Chili. Tout en visitant le plus possible l’Afrique du Sud et le suivant de près, il y a quelques années seulement je suis retournée vivre en Belgique pour être plus près de mes quatre enfants, nés en Afrique mais renvoyés en Europe pour leur sécurité dans les années 1980, et leurs familles.

avril 2015

 

 


[1] http://www.caraibcreolenews.com/index.php/focus/item/1923-le-code-noir-reflexions-d-une-outsider

Une version plus élaborée de mon premier billet de blog se trouve sur https://www.academia.edu/11870216/Le_Code_noir_de_1675_un_historien_pris_au_pi%C3%A8ge_de_lHistoire (avec quelques erreurs encore)

[2] http://www.thoughtleader.co.za/levikabwato/2011/10/06/is-sa-the-next-zimbabwe/

[3] http://www.africultures.com/php/?nav=article&no=4354

[4] http://www.bdlive.co.za/opinion/columnists/2015/04/07/anger-over-rhodes-vindicates-mamdani

[5] http://www.rainbow-season.org/wp-content/uploads/2012/07/Feminist_Theory-2007-Ahmed-149-68.pdf

[6] Ca vaut la peine de parcourir ce discours de Dakar de 2007, tellement il est bourré de préjugés et stéréotypes racistes. http://fr.wikipedia.org/wiki/Discours_de_Dakar

[7] Mudimbe, Valentin-Yves, ‘The Idea of Africa’, African Systems of Thought, Bloomington – Indianapolis, Indiana University Press – James Currey, 1994

---- ‘The Invention of Africa : Gnosis, Philosophy and the Order of Knowledge’, Bloomington (USA) – Londres, Indiana University Press – James Currey, 1988

[8] http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-moments-d-eloquence/jules-ferry-1885-les-fondements-de-la-politique-coloniale-28-juillet-1885

[9] Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique, basé à l’Université Sheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal. www.codesria.org

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