L'urgence du Nous

A l'occasion de son 10ème anniversaire, HelloAsso lance Les Assemblées Généreuses : une série d'événements qui débutera à Lyon le 17 juin. Ces événements gratuits et ouverts au public viendront questionner le rôle du collectif, l'urgence du "nous" pour affronter les crises des 10 prochaines années.

A l’issue du scrutin européen, tout ou partie des observateurs s’accordent sur un point de satisfaction : une fois n’est pas coutume, la participation a été plus importante que prévue. Malgré cela, le coup de projecteur donné par les médias sur des enjeux tels que l’écologie ou la justice sociale finira par s’estomper. Devrons-nous alors attendre la prochaine élection ou la prochaine crise pour nous mobiliser ? Les défis planétaires sont tels qu’il n’est plus permis d’attendre pour agir. Non pas agir seul en disposant de ses propres forces ou moyens. Mais agir en groupe, au sein de collectifs, ensemble.

Il est un raccourci que nombreux d’entre nous empruntent tous les 5 ou 6 ans selon le scrutin : la démocratie se limiterait aux urnes et à leur verdict. Mais qu’advient-il de la voix de chaque citoyen entre les scrutins ? Ou des débats de fond qui ont été initiés ?
Les élections européennes et les mois qui les ont précédées ont focalisé l’attention générale sur l’écologie et la justice sociale. Si la pression médiatique va retomber, soyons certains que ces deux enjeux vont redoubler d’actualité. Ni la fin du mois, ni la fin du monde n’attendront la prochaine élection pour se manifester.

Pour celles et ceux qui ne se satisferaient pas d’attendre le prochain vote, il existe une démocratie hors des urnes. Une démocratie du quotidien : la vie associative. Elle compte 1,4 millions de Présidents et de Présidentes. 13 millions d’entre nous donnent leur temps bénévolement pour la façonner, au profit de plus de 22 millions de Français qui participent à leurs activités. Il n’y a pas d’exemple plus manifeste de l’expression de la vitalité démocratique qu’à l’intérieur d’une association. Caritatives, culturelles ou sportives, en nous réunissant autour de ce qui nous touche, elles sont le ciment du lien social en France.

Les associations ont ceci d’extraordinaire qu’elles nous donnent la capacité de faire à plusieurs ce qu’il est impossible de résoudre seul. Elles ont cet idéal follement disruptif à l’heure actuelle : la mise en commun de ressources tant intellectuelles que de moyens, dans un autre but que la recherche du profit. Elles souffrent cependant du syndrome Notre-Dame de Paris : elles sont autant de monuments centenaires si inébranlables et tant installés dans le paysage qu’on les croirait éternels. Et elles font face à tant de difficultés aujourd’hui qu’une nuit pourrait suffire à les embraser. Pourtant, elles ont compris la première des urgences dans le contexte qui est le nôtre : le sens du collectif, le “nous”. Car qui pourrait prétendre à lui seul lutter efficacement contre le fléau du réchauffement climatique ? Trouver seul, l’ensemble des solutions pour davantage de justice sociale, et les faire appliquer ? Le “nous”, lui, nous donne le pouvoir d’agir. La première des responsabilités est de s’en saisir.

Dans sa théorie de l’évolution, Charles Darwin pointe du doigt que les espèces qui survivent sont celles qui s’adaptent au changement. N’oublions pas la fin de la citation qui explique les ressorts de cette adaptation : la coopération et l’entraide.

Les enjeux des 10 prochaines années sont trop nombreux et trop profondément liés pour que nous soyons sourds à ce que murmurent inlassablement les collectifs. Avant le scandale de la vache folle, ils étaient déjà là, à attirer notre attention sur la sécurité alimentaire et proposaient les filières locales et l’agriculture biologique. Avant même Tchernobyl ou Fukushima, combien alertaient sur les dangers du nucléaire ? Combien d’entre-eux n’ont pas attendu #MeToo pour s’engager dans l’égalité femmes-hommes et en faire un combat quotidien ?

Ces femmes et ces hommes, engagés dans la vie associative, sont les précurseurs de notre temps. Peu leur importe la gloire d’une élection. Peu leur importe d’être présents sur la photographie. Ils n’ont que faire de la satisfaction de voir leur nom sur le bulletin de vote. Ils sont là pour agir ensemble. Non pas parce qu’ils y sont obligés, ou qu’ils sont payés pour le faire. Simplement parce qu’ils ont eu l’intuition géniale que c’était la seule solution.

Ismaël Le Mouël et Léa Thomassin, co-fondateurs de HelloAsso

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