RATP, SNCF ; quel rôle pour les transports publics dans la guerre écologique ?

Les nations sont en train de prendre conscience de l'importance que revêt le développement d'une économie plus centrée sur le renouvelable et moins sur les énergies fossiles. Annoncée comme une réforme majeure du quinquennat de François Hollande, la transition énergétique adoptée par l'Assemblée nationale permet à la France d'intégrer en force cette nouvelle guerre écologique. À l'intérieur des frontières de l'Hexagone, ce sont également une multitude d'acteurs qui œuvrent pour une économie écoresponsable ; les transports publics en tête.

La prise de conscience que le monde avait pénétré dans une guerre écologique n'est semble-t-il pas uniquement le fait des gouvernements ni même des entreprises. Il n'est pas rare, en France, que les citoyens privilégient aujourd'hui les transports en commun plutôt que les trajets solitaires en voiture. Le développement et le succès des sites de covoiturage en sont d'ailleurs la preuve la plus probante. S'agissant des transports urbains publics cependant, le constat est assez morose ; les Français leur préfèrent majoritairement leur véhicule personnel. Partant, les rengaines sempiternelles enjoignant à agir de manière écoresponsable en prenant le bus ou le métro se font de plus en plus pressantes. Et ce de manière tout à fait justifiée : non seulement l'utilisation massive des voitures multiplie les émissions de gaz à effet de serre, mais les transports publics se mettent à penser et agir vert.

La RATP, moteur du développement de l'énergie électrique en France

D'un côté, avoir recours à ce dernier mode de transport réduit de facto les atteintes à l'environnement provoquées par le flux quotidien important des voitures ; 26 % des émissions de CO2 en France sont en effet aujourd'hui dus aux transports. D'où la nécessité de réduire l'emploi des véhicules particuliers, mais également, d'un autre côté, de développer la mutation du secteur des transports publics vers l'écoresponsabilité.

La réforme entreprise par la RATP depuis quelques années est de ce point de vue tout à fait exemplaire. C'est d'ailleurs l'une des principales missions que s'est fixées Pierre Mongin, son PDG, lorsqu'il est reconduit à ce poste en juillet dernier. Le réseau des transports publics francilien se mettra au vert, progressivement, mais intégralement ; l'objectif est de remplacer 100 % de son parc autobus par des véhicules électriques d'ici 2025. L'idée, in fine, étant de faire du réseau « un modèle que nous exporterons à travers le monde », d'après M. Mongin. La RATP est d'ailleurs bien implantée à l'extérieur de l'Hexagone, en Asie notamment, mais également au Moyen-Orient où elle vient de remporter l'appel d'offres concernant l'exploitation du réseau de bus de Riyad, capitale de l'Arabie saoudite. Eu égard à ce rayonnement à l'international, tous les moyens sont mis à la disposition de l'ambition économiquement forte affichée par Pierre Mongin.

« Entraîner toute la filière industrielle dans cette transformation »

Le PDG du 5e groupe mondial de transports publics s'érige par conséquent en moteur français de l'électricité ; « entrainer toute la filière industrielle dans cette transformation », telle est effectivement l'impérieuse tâche qu'il s'est fixée. Pierre Mongin, promoteur des énergies vertes, prêche également pour la paroisse du transport public, « par nature écologiquement vertueuse, mais qui se doit d'être toujours plus exemplaire ». Dans le cadre du sommet de l'ONU sur le climat, le 23 septembre dernier à New York, le PDG de la RATP est ainsi intervenu à une table ronde sur les transports, pour expliciter les bénéfices d'un transfert de la voiture particulière vers le transport public.

Beaucoup, en France, partagent cette vision d'une mutation nécessaire des transports publics vers plus d'écoresponsabilité. Barbara Dalibard, DG de SNCF Voyageurs, tout en rappelant la part du transport dans les émissions de CO2 (37 %), affirme que le train est de ce point de vue particulièrement vertueux – comparé aux voitures et avions. Sur une période substantielle, le bilan carbone du TGV est par exemple assez probant ; la mise en service des 5 premières lignes à grande vitesse a permis de réduire la quantité de gaz à effet de serre émise de 43,5 millions de tonnes sur la période en cours 1981-2022. Une tendance qui ne fera visiblement qu'augmenter, considérant les 1,2 million de voyageurs migrant chaque année de l'aérien ou de la route vers les rails.

Chacun de son côté, les grands acteurs français du transport se convertissent petit à petit au renouvelable, soucieux de l'impact de l'activité sur l'environnement. « Je crois en la capacité du transport public à réduire durablement et en profondeur l'empreinte de la mobilité sur le changement climatique », affirmait Pierre Mongin à New York, fin septembre. Reste à savoir si le Gouvernement saura inciter les Français à changer leurs habitudes et leurs mentalités, afin de profiter des nouvelles technologies vertes mises à disposition par l'industrie française du transport.

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