À l'international, les bons et mauvais élèves de la classe verte

Dimanche 2 novembre, les scientifiques du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ont adressé aux États la synthèse de leur cinquième rapport sur le changement climatique. Au sommaire : élévation continuelle des températures, gravité de la situation et responsabilité des gouvernements nationaux. Parmi eux cependant, il semblerait que certains jouent le rôle de mauvais élèves plus que d'autres.

Tout rapport publié par le GIEC sert en général de socle scientifique aux réflexions et négociations internationales lors des sommets sur le climat. Il convient donc d'envisager les rendez-vous de Lima – début décembre – et Paris – fin d'année prochaine –, d'autant plus qu'un accord mondial devrait être signé dans la capitale française, à l'aune des objections présentées par le groupe début novembre. Et comme attendu, celles-ci sont peu optimistes, voire alarmistes ; les experts intergouvernementaux – qui se basent sur maintes informations scientifiques – ne faisant que répéter leurs sempiternelles mises en garde d'année en année. Cette année, cependant, les plus hauts responsables de la sphère internationale y vont de leur oraison funèbre, alors que la préservation de l'environnement se fait de plus en plus pressante. « La science a parlé. Il n'y a aucune ambiguïté sur son message. Les gouvernements doivent agir. Le temps joue contre nous » a ainsi résumé Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies.

La Chine et l'Australie pointées du doigt

De son côté, Rajendra Pachauri, président du GIEC, assure que « ce rapport fournit aux décideurs une feuille de route à partir de laquelle nous espérons qu'ils trouveront le chemin vers un accord qui permette de contenir le changement climatique ». Force est de constater pourtant que certains « décideurs » paraissent récalcitrants quant à la suite de cette « feuille de route ». En tête, les autorités de Pékin, de plus en plus pointées du doigt par les tenants de la révolution verte qui s'esquisse. Premier « réchauffeur » de la planète, la Chine a du mal à convaincre les autres acteurs mondiaux sur sa volonté de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Alors que celles-ci n'ont pas cessé d'augmenter depuis les années 1980 – dépassant aujourd'hui les 8 milliards de tonnes de CO2 annuelles –, le président chinois Xi Jinping a promis d'atteindre un pic d'émissions « autour de 2030 ».

Les experts restent partagés sur la promesse consentie par Pékin, la qualifiant, au mieux, d'objectif flou, au pire, d'effort trop léger. Tandis que le développement de la Chine représente 28 % des émissions mondiales de CO2, la crainte de ne pas pouvoir compter sur la République populaire pour empêcher la température d'augmenter semble plus que justifiée. Hôte du récent G20 de Brisbane, l'Australie rejoint son homologue du pacifique au rang des mauvais élèves en termes d'environnement. Si cet État du Commonwealth n'est responsable qu'à hauteur de 1 % des émissions mondiales de CO2, son Premier ministre Tony Abbott, climatosceptique assumé, n'est pas prêt d'engager son pays dans une quelconque réforme écologique contraignante. La réunion de Brisbane lui a d'ailleurs permis de jouer la carte de la mauvaise foi : « je ne vais pas m'intéresser à ce qui pourrait se passer dans seize ans, je me concentre sur ce qu'on peut faire maintenant. On ne parle pas, on agit », a-t-il ainsi martelé – égratignant au passage la réforme annoncée par Pékin. L'Australie, deuxième pays exportateur de charbon, et bel et bien premier mauvais élève.

L'UE semble convaincre sur le plan du renouvelable

À l'inverse, parler de « bons élèves » serait sans doute quelque peu optimiste, voire angélique. Mais s'ils ne méritent pas la mention « félicitations du conseil de classe », l'Union européenne (UE) et les États-Unis méritent en revanche indéniablement ses encouragements. La première parce que ses États membres se sont engagés à réduire d'ici 2030 leurs émissions de gaz à effet de serre de 40 %, tout en multipliant par 2 la part des énergies renouvelables. Alors que les experts du GIEC pointent certains retards dans le développement du renouvelable, l'UE s'impose comme l'un des moteurs de l'énergie verte sur le plan mondial. Légèrement plus pollueurs que leur partenaire européen, les seconds – 14 % des émissions mondiales contre 10 % pour l'UE – souhaitent réduire leurs émissions de 27 % d'ici à 2025. Cependant, la mesure est loin de faire consensus ; les républicains la jugeant irréaliste pourraient la retoquer s'ils revenaient à la Maison-Blanche en 2016.

Les enjeux, pourtant, sont de taille et semblent devoir dépasser les clivages politiques. Si rien n'est fait de manière immédiate, les scientifiques redoutent l'enchainement de catastrophes climatiques et la montée du niveau des mers, comme conséquences directe de l'élévation des températures. D'après le rapport du GIEC, il convient non seulement de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70 % d'ici à 2050 – afin de limiter les hausses de température –, mais également de consacrer en moyenne 0,06 % des PIB annuels à la transition énergétique. Sur ce point, les 300 milliards – pour l'instant assez incertains – du futur plan Juncker devraient être l'occasion pour les 28 Européens de développer le renouvelable dans leurs mix énergétiques. De quoi leur attribuer le statut de « bons élèves » ? Débuts de réponse dans quelques mois, tandis que le rendez-vous est pris fin 2015 pour la conférence sur le climat à Paris.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.