L'accord sur le climat entre les États-Unis et la Chine : panacée ou pas assez ?

Peu après la signature de l'accord sur le climat entre les États-Unis et la Chine, mercredi 12 novembre dernier, les commentateurs se sont empressés de louer le caractère historique de cette entente entre les deux plus gros pollueurs de la planète. Pourtant, il semble flotter dans l'air carboné comme une impression de lendemains qui déchantent. Non seulement cet accord n'aurait rien d'historique, mais ce qu'il stipule serait loin d'être à la hauteur des enjeux actuels.

Les relations internationales sont friandes de ces mécanismes propres à détourner la procédure habituelle de négociations entre États. L'accord sur le climat sino-américain intègre parfaitement cette catégorie. En dehors de tout cadre onusien, voire multilatéral, les dirigeants des deux pays les plus pollueurs de la planète ont décidé de s'entendre – ce qui est déjà une avancée certaine faut-il admettre – sur la défense de l'environnement. L'entreprise est vertueuse – dans son intention au moins –, là n'est pas la question. Mais elle témoigne assurément d'un pied de nez adressé au reste du monde par Barack Obama et son homologue chinois Xi Jinping. La légalité de l'accord n'est donc pas mise en cause ; sa légitimité déjà un peu plus. Comment ne pas voir dans cette entente bilatérale la volonté des deux plus grosses économies mondiales de se positionner comme piliers de la guerre écologique qui s'annonce dans les prochaines années ? Avec en ligne de mire la conférence sur le climat de Paris, fin 2015, lors de laquelle un accord mondial avec force contraignante doit être paraphé.

Une démarche pro-environnementale peu probante

L'éventualité d'un tel texte signé cette fois-ci dans le cadre de l'ONU est ambitieuse ; elle représente en tout cas une avancée considérable par rapport aux précédentes conférences sur le climat où aucun accord n'avait été signé. Pourtant, depuis celle de Copenhague en 2009, les pays se sont engagés à maintenir la hausse des températures en deçà de 2 degrés Celsius d'ici à 2050. Un engagement qui n'avait été suivi d'aucun accord contraignant ; Paris 2015 est l'occasion pour les parties de lui fournir un cadre légal. C'est précisément dans cette optique que les États-Unis et la Chine ont souhaité s'accorder sur le climat : les deux gouvernements espèrent bien profiter de cet effet d'annonce pour imposer leurs vues sur le contenu du futur accord.

Et force est de constater que la démarche pro-environnementale de Washington et Pékin n'est pas très probante. À elles deux responsables de plus de 40 % des émissions mondiales de CO2, les deux capitales ne se sont engagées qu'à les réduire de 27 % pour la première, voire à les laisser augmenter jusqu'à l'horizon 2030 pour envisager de les diminuer ensuite s'agissant de la seconde. Quant aux énergies renouvelables, inutiles d'espérer que mention soit faite sur l'abandon du fossile, tandis que le pétrole de schiste est le nouvel or noir des États-Unis. Et n'en déplaise à Barack Obama, le défaut de caractère contraignant de l'accord qu'il juge pourtant « historique » ne permet pas de l'inscrire au rang des textes « ambitieux » comme il l'aurait souhaité.

Un accord plus stratégique qu'autre chose

Car à bien y regarder de plus prêt, l'entente sur fond vert entre les États-Unis et la Chine n'est semble-t-il rien d'autre qu'un pur effet de style ; un accord géostratégique là où la planète aurait eu besoin d'un réel coup de pouce écologique. Il convient ici de ne pas faire œuvre d'angélisme en accordant un crédit aveugle au désir chinois d' « augmenter d'environ 20 % la part des énergies non fossiles sur la consommation énergétique d'ici 2030 ». Ainsi l'emploi du terme « énergies non fossiles » ne doit pas être confondu avec celui d' « énergies renouvelables ». Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la part de celles-ci devrait être minoritaire, contre 5,5 % pour le nucléaire, 6 % pour le bois et 3 % pour l'hydroélectrique.

Du côté américain, non seulement les ambitions sont en réalité en deçà des enjeux au niveau mondial – empêcher la hausse des températures –, mais l'accord sino-américain déjà décrié pourrait être revu à la baisse si les républicains revenaient à la Maison-Blanche en 2016. Tandis que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a rendu début novembre son rapport sur le changement climatique, pointant du doigt la nécessité de parvenir à une baisse des émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70 % d'ici à 2050, le manque de stabilité politique – et donc visibilité – apparaît problématique.

Aujourd'hui, le climat souffre de n'être qu'un moyen de la géostratégie entre États. Pourtant, les enjeux environnementaux nécessiteraient qu'il soit à la base des relations internationales. Rendez-vous est d’ores et déjà pris à Paris fin 2015, où la perspective d'un accord contraignant promet des débats opiniâtres sur fond de scission entre États-Unis et Chine d'un côté ; le reste du monde de l'autre.

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