Une croissance verte est-elle possible ?

La loi sur la transition énergétique est adoptée. Des engagements européens plus ambitieux ont été entérinés. Peu à peu, la France et l’Europe avancent sur le plan environnemental. Une évolution qui ne peut s’expliquer seulement à l’aune d’une conscience écologique grandissante. Le fait est que la transition énergétique est de plus en plus vue, à raison, comme une source de croissance et d’emplois non négligeable et à même de contribuer à la relance de l’économie.

La France et l’Europe prennent date

Enfin les dirigeants français et européens ont fait preuve d’un peu de vision. Si les dispositions prises auraient naturellement pu être encore plus importantes, le fait est que la France et l’Union européenne avancent en matière de protection de l’environnement, de lutte contre le changement climatique et de transition énergétique.

Avec l’assentiment des Verts – ce qui n’est pas un détail en cette période de grande défiance vis-à-vis du gouvernement – la loi française sur la transition énergétique a été votée le 14 octobre dernier. Le but est de réduire la facture énergétique mirobolante du pays : 70 milliards d’euros par an, de réduire les émissions de gaz à effet de serre en accord avec les objectifs européens en la matière et, bien sûr, de générer autant d’activité et d’emplois que possible. Le chiffre de 100 000 emplois en trois ans a été avancé par Ségolène Royal, ministre de l’Écologie.

Plus précisément, d’ici à 2050, la consommation totale d’énergie de la France devra avoir été réduite de 50 %, la part du nucléaire dans le mix énergétique devra être limitée à 50 %, celle des énergies fossiles à 30 % et la part des énergies renouvelables doit être portée à 32 %.

Si le gouvernement est resté plutôt flou sur la question des transports, la loi fait la part belle à la gestion des déchets. Comme l’explique Elsa Dicharry des Échos, la loi « adapte le cadre juridique français pour que les déchets ultimes, ceux qui, après tri, n’ont pu être orientés vers un recyclage ou une valorisation, soient davantage traités pour devenir un combustible alternatif ou combustible solide de récupération ».

La rénovation des logements et des bâtiments devrait doper l’emploi

Autre grand chantier : celui de la rénovation des bâtiments. Le texte défendu par Ségolène Royal prévoit de rendre obligatoire la rénovation énergétique des logements afin d’améliorer l’efficacité énergétique. À cet égard, une assistance technique et financière sera offerte aux ménages. Tout comme un carnet de santé numérique du logement va devenir incontournable dès 2017

Et c’est précisément dans le domaine du logement que le gouvernement escompte permettre la création de nombreux emplois « verts ». « Les entreprises et les artisans du bâtiment que j’ai longuement rencontrés pour préparer la transition énergétique estiment à 75 000 emplois les conséquences de la mise en chantier rapide de la rénovation énergétique des logements et des bâtiments », estime la ministre, confiante. Dans la filière bois, le chiffre de 60 000 emplois a été avancé par les entreprises spécialisées. Tandis que dans le domaine de l’énergie, l’installation des 35 millions de compteurs intelligents Linky, développés par ERDF, va nécessiter 11 000 créations de postes à elle seule. À l’instar des compteurs Gazpar pour le gaz, les compteurs Linky pour l’électricité sont destinés à « diviser par deux » la consommation des usagers.

S’il faut naturellement se prémunir contre un excès d’optimisme, comme le rappelle l’économiste Jean-Marie Chevalier pour la Croix, le fait est que l’on assiste actuellement à une accumulation de signaux positifs. À l’horizon 2030, l’Ademe – Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’énergie – table en effet sur 300 000 emplois créés. Des perspectives appréciables dans un environnement actuel pour le moins morose venant confirmer l’assertion de Ségolène Royal selon laquelle « ça ne coûte pas, ça rapporte, la transition énergétique ». D’autant qu’il s’agit d’un processus qui n’en est qu’à ses balbutiements et que l’innovation et le perfectionnement continu des technologies à disposition devraient permettre de rapidement rentabiliser les actions menées.

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