Azerbaïdjan / Lettre ouverte aux Présidents de la République, du Sénat et de l’A.N.

Les signataires de cette lettre, qui ont un lien culturel, amical ou familial avec l’Azerbaïdjan et la France, souhaitent vous faire part de leurs sentiments suite aux déclarations faites au Sénat le 26 novembre 2020 et à l’Assemblée nationale le 03 décembre 2020 concernant la reconnaissance de la république autoproclamée du Haut-Karabagh comme état indépendant.

A Paris, le 21/12/2020

Objet : Lettre ouverte au Président de la République, au Président du Sénat et au Président de l’Assemblée nationale

Monsieur le Président de la République,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Les signataires de cette lettre, qui ont un lien culturel, amical ou familial avec l’Azerbaïdjan et la France, souhaitent vous faire part de leurs sentiments suite aux déclarations faites au Sénat le 26 novembre 2020 et à l’Assemblée nationale le 03 décembre 2020 concernant la reconnaissance de la république autoproclamée du Haut-Karabagh comme état indépendant.

Il est louable que les représentants de la nation décident de débattre d’un sujet qui concerne le peuple arménien avec lequel la France entretient des relations privilégiées, mais cette amitié justifie-t-elle l’absence de l’objectivité la plus élémentaire ?

Nous souhaitons ainsi exprimer notre indignation concernant le contenu des discours qui se sont tenus. En effet, à coup de discours grandiloquents, manichéens et simplistes et par une rhétorique à charge invoquant les mots de génocide, de crimes de guerre, de dictature azerbaïdjanaise, d’islamisme, de djihadisme, d’expansionnisme, bien peu de place a été faite à la réalité de ce qu’est le peuple azerbaïdjanais.

  • Un peuple azerbaïdjanais profondément laïc à l’inverse de l’islamisme dont on l’accuse.
  • Un peuple azerbaïdjanais qui est un exemple d’intégration des minorités, notamment juives et chrétiennes.
  • Un peuple azerbaïdjanais qui entretient des relations pacifiques avec ses voisins turcs, iraniens, russes et géorgiens.
  • Un peuple azerbaïdjanais qui pleure aujourd’hui presque 3000 morts, civils ou militaires.
  • Un peuple azerbaïdjanais qui connaît le passé conflictuel et douloureux qu’il a eu avec l’Arménie et avec ses minorités arméniennes.
  • Un peuple azerbaïdjanais qui vit depuis 30 ans avec un sentiment d’injustice : celui de l’occupation de ses territoires par des forces armées arméniennes, ayant conduit à l’exode de plus de 700 000 azerbaïdjanais et celui de la tentative de nier la légitimité au peuple azerbaïdjanais à vivre sur ses terres.

Si à l’éclatement du conflit dans les années 90, l’enclave du Haut-Karabagh était à majorité arménienne, il est essentiel de rappeler que les 7 (sept) districts autour du Haut-Karabagh étaient à majorité azerbaïdjanaise avant que l’épuration ethnique ne pousse les azerbaïdjanais à fuir ces territoires. Rappelons également que la ville de Choucha qui se trouve au cœur du Haut-Karabagh est considérée par les azerbaïdjanais comme l’un des berceaux de la culture azerbaïdjanaise.

Les accusations de crimes de guerre, d’emploi d’armes à sous-munitions, de violences faites aux prisonniers de guerre sont extrêmement graves et indiscutablement condamnables. Cependant, il est regrettable que les intervenants ne retiennent que les accusations envers l’Azerbaïdjan et omettent de mentionner les bombardements commis avec des armes à sous-munitions sur la population civile azerbaïdjanaise dans les villes de Gandja et de Barda ou les actes de cruauté envers des soldats azerbaïdjanais, qui ont également été relayés sur les réseaux sociaux. Dans un objectif de paix juste et durable, il sera nécessaire de mettre la lumière sur ces actes, sans discrimination de camp.

Nous comprenons que les souffrances du peuple arménien soient profondes, mais celles de l’Azerbaïdjan le sont tout autant.

Par ailleurs, les différents intervenants ont accordé une place disproportionnée aux intentions du Président de la Turquie et à son influence dans ce conflit, mettant au second plan sa dimension caucasienne.

Or, c’est bien de l’avenir des peuples arméniens et azerbaïdjanais qu’il s’agit et il apparaît dérisoire et inapproprié d’essayer de régler ses comptes avec Ankara aux dépens des principaux intéressés.

L’argument de la défense d’un petit peuple chrétien et ami de la France a été répété à de nombreuses reprises. A l’heure de la réflexion sur l’unité nationale et lorsque la France aime à se prévaloir de son impartialité et de sa laïcité, il paraît problématique que l’amitié et la religion soient parmi les principaux arguments du débat.

Ainsi, dans la tenue de ces débats, la France n’a pas été au rendez-vous de ses valeurs de justice et d’impartialité. Une fois de plus, nous revendiquons le droit à des débats équilibrés et justes dans lesquels une nation n’est pas stigmatisée dans le simple but de contenter un camp ou de servir des objectifs géopolitiques ou électoraux.

Quant aux votes des résolutions demandant à l’Exécutif de reconnaître la république autoproclamée du Haut-Karabagh, nous sommes partagés entre consternation et incompréhension : les législateurs français voudraient-ils remettre en cause l’intégrité territoriale et les frontières internationalement reconnues de l’Azerbaïdjan ?

Cette position unilatérale pose des problèmes inextricables, dans sa légalité et dans son application. Elle apparaît malheureusement bien plus comme une posture politique que comme un instrument de résolution du conflit.

Aujourd’hui, il appartient à l’Exécutif de décider de la position de la France et nous espérons de tout cœur que, par une réaffirmation de ses valeurs de justice et d’impartialité et par son expérience inestimable de la réconciliation franco-allemande, la France pourra œuvrer à la normalisation des relations entre les communautés et à l’établissement d’une paix durable dans cette région.

Les signataires, par ordre alphabétique :

  1. Hijran A., Comptable
  2. Rasim A., Agent immobilier
  3. Nigar A.
  4. Murad A., Étudiant en thèse
  5. Etibar A., Entrepreneur
  6. Aysel A.
  7. Shahla A.
  8. Atifa A., Étudiante
  9. Babak A.
  10. Parviz A., Professeur de français
  11. Renara A., Pianiste, compositeur
  12. Gunay A.
  13. Djéyhoun A., Chercheur
  14. Yegana A.
  15. Madina A.
  16. Nurana A., Chercheur
  17. Konul A., Enseignante
  18. Rashid A., Étudiant
  19. Farid A.
  20. Mammad A., Professeur à l’Université de Bakou
  21. Aygun A., Professeur de français
  22. Elmira A.
  23. Gulara A.
  24. Gunel A.
  25. Vusala A.
  26. Rana A., Économiste
  27. Zeynal A., Agent de tourisme
  28. Nargiz A.Leproux
  29. Sophie A.
  30. Antonio A., Retraité
  31. Raphaël A.
  32. Mahsati A.
  33. Elgül A., Docteur
  34. Ramin A., Fonctionnaire
  35. Alexandre A.
  36. Wilhem A., Informaticien
  37. Leyla B., Graphic Designer
  38. Nushaba B., Enseignante
  39. Ayan B.
  40. Renaud B., Artiste peintre
  41. Aynur B., Etudiante
  42. Araz B., Chirurgien Urologue
  43. Elena B., Traductrice
  44. Parvine B.
  45. Pervin B.
  46. Hikmet B.
  47. Patrtick Ch.
  48. Stephane C.
  49. Sevda D.
  50. Gulia D.
  51. Sengul D.
  52. Kamalia Dz.
  53. Florent F.
  54. Aliyeva F., Responsable Développement
  55. Tad F.
  56. Aysel G.
  57. Mahir G., Salarié
  58. Emil G.
  59. Ragub G.
  60. Rena G., Aide-soignante
  61. Aytan G., Correspondante de magazine
  62. Capelli G., Chef de ventes
  63. Afag G., Professeur de français
  64. Kamala G.
  65. Gulnar S.
  66. Vusala G.
  67. Jean Clément H.
  68. Gulnara H., Professeur de français
  69. Hadjali H., Étudiant
  70. Gulshan H., Ingénieur
  71. Esmira H.
  72. Guler H., Professeur
  73. Leyla H.
  74. Aymeric H., Ingénieur
  75. Gaetan H.
  76. Sabina H.
  77. Akbar H., Géologue
  78. Konul H.
  79. Saida Céline H., Journaliste
  80. Simuzar Solene H.
  81. Tarana H., Professeur de français
  82. Madina H., Professeur
  83. Afsana H.
  84. Matanat I., Senior specialist
  85. Sona I., Étudiante
  86. Ilahe H.
  87. Rafael I., Chef d’entreprise
  88. Sabuhi I., Responsable de logistique
  89. Vusala I., Professeur de Français
  90. Bahar I.
  91. Parvana I., Infirmière diplômée d’Etat
  92. Nigar J., Professeur de français
  93. Parvana J., Étudiante
  94. Gunay K.
  95. Aygun K.
  96. Sanubar K., Médecin
  97. Zurab K., Diplomate
  98. Anar K., Economiste
  99. Tukazban Kh.
  100. Mariya Khan-Khoyskaya M.
  101. Khatira M.
  102. Rasim Kh., Responsable export
  103. Céline K., Sage-femme
  104. Alexandra K., Photographe
  105. Kuteis H.
  106. Alexander K., Entrepreneur
  107. Meri L., Chargée d’Affaires
  108. François L.
  109. Antoine L., Analyste
  110. Guillemette L.
  111. Christophe L., Informaticien
  112. Eline M., Gérant d’entreprise
  113. Aynura M., Enseignante
  114. Elnur M., Journaliste
  115. Zahra M.
  116. Ayten M., Professeur de français
  117. Gounay M., Professeur de français
  118. Arif M.
  119. Karam M.
  120. Aicha M., Fonctionnaire
  121. Guldasta M., Professeur de français
  122. Aygun M.
  123. Azar M., Économiste
  124. Saida M.
  125. Simon M.
  126. Maryam M.
  127. Metanet M.
  128. Leyla M.
  129. Narmin M.
  130. Vugar M.
  131. Emil M., Etudiant
  132. Aytan M., Spécialiste Assurance qualité
  133. Nigar M., Professeur de français
  134. Vougar M., Interprète
  135. Éric M., Directeur Commercial
  136. Tarana M., Artiste
  137. Aline M., Juriste
  138. Kamala M., Consultante aux affaires internationales
  139. Akshin M.
  140. Fidan M.
  141. Rena M.
  142. Kamran N.
  143. Samit N.
  144. Ilaha N.
  145. İlhama N., Étudiante
  146. Nazim N.
  147. Gani N.
  148. Nurana H., Project manager
  149. Patrick O.
  150. Selim O., Traducteur-interprète
  151. Mehriban O., Juriste
  152. Elnur P.
  153. Elnara P., Chargée de projets
  154. Marina P., Fonctionnaire
  155. Guler Q.
  156. Rashad Q.
  157. Khayala Q., Professeur
  158. Akhsura R., Professeur
  159. Afag R., Professeur de français
  160. Rahim R.
  161. Nahid R.
  162. Gulia R.
  163. Rasmiya I., Professeur
  164. Aghasalim R., Chef d’entreprise
  165. Parviz R., Manager
  166. Altay R.
  167. Ziba Xanım R.
  168. Gulsum R., Agent d’accueil dans un musée
  169. Martin R., Chef d’entreprise
  170. Konul R., Etudiante
  171. Sabuhi M., Étudiant
  172. Gunel S., Architecte designer
  173. Gul S.
  174. Cavid S., Technicien de maintenance
  175. Gunel S., Chercheur
  176. Valida S., Spécialiste Marketing réseaux sociaux
  177. Salatin M.
  178. Frédéric S., Chef cuisinier
  179. Samir M.
  180. Sardar S., Étudiant
  181. Sayali V., Chirurgien
  182. Sevda G.
  183. Sevinj M., Professeur
  184. Vefa S., Professeur de français
  185. Lala Sh.
  186. Shain S., Écrivain, traducteur
  187. Claude S., Investisseur
  188. Philippe S.
  189. Michael S., Chef de service sécurité incendie
  190. Sudaba Kh., Retraitée
  191. Shabnam S.
  192. Reyhan S.
  193. Ilkın S., Avocat
  194. Gunash T., Étudiante
  195. Elshan T.
  196. Severcan T.
  197. Khatira T.
  198. Alina T.
  199. Gulnar V., Web developper
  200. Nigar V., Traductrice
  201. Shafiga V.
  202. Julien V.
  203. Stéphanie V., Infirmière puéricultrice
  204. Ségolène W.
  205. Francoise W.
  206. Thomas W.
  207. Salman Y., Enseignante
  208. Ercan Y.
  209. Elmar Y., Ingénieur cadre/entrepreneur
  210. Zaur S., Administrateur civil
  211. Togrul Z.
  212. Aysun Z., Etudiante
  213. Nigar Z., Architecte
  214. Nigar Z., Ingénieur

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L’auteur·e a choisi de fermer cet article aux commentaires.