Les Émirats font diversion sur l’affaire Khashoggi avec une conférence anti-Qatar

Ce jeudi 8 novembre aura lieu aux salons Hoche une conférence dont l’objectif est de mobiliser l’opinion publique contre le Qatar. L’évènement organisé par le think-tank Trends Research and Advisory basé à Dubaï, réunit des intervenants ouvertement opposés au Qatar et des personnalités controversées comme Mohammed Sifaoui, mis en cause par le CSA pour dérapages racistes.

Après plus d’un an de blocus contre le Qatar, initié le 05 juin 2017, l’Arabie Saoudite et ses alliés émiratis ne sont toujours pas parvenus à faire plier le petit Etat Qatari. Pour François Chauvancy, auteur de  « Blocus du Qatar : l’offensive manquée », la guerre s’est déplacée désormais sur le terrain de la communication, par la diffusion de fake news sur les réseaux sociaux, le piratage des agences de presse, mais aussi par l’organisation de conférences à charge contre leur ennemi. Achetés au prix fort, les services d’ « experts » prêts à jouer le jeu du Qatar Bashing, sont en effet au cœur de la stratégie d’influence des Saoudiens et de leurs Alliés, qui ont déjà investi des millions de dollars dans un lobbying massif aux Etats-Unis et en Europe depuis le début de la crise de 2017.

Une conférence contre le terrorisme ?

Au programme de la table ronde proposée ce jeudi par Trends Research and Advisory, une agence de lobbying qui se présente comme indépendante alors qu’elle est entièrement financé par les Emirats Arabes Unis, un sujet en apparence pavé de bonnes intentions : « Etats souverains et mouvements fondamentalistes: des relations dangereuses ».

Le thème aurait pu faire l’objet d’un véritable échange si le choix des intervenants ne laissait percevoir les buts réels de l’entreprise. Ahmad Al Hamli Président et fondateur de Trends en maître de cérémonie, est l’auteur d’une tribune publiée en août dernier dans la lettre du Washington Diplomat dans laquelle il accuse le Qatar de financer le terrorisme, un leitmotiv bien connu de la rhétorique saoudienne.

Des intervenants controversés et anti-Qatar

L’analyse des comptes twitter des participants ne fait aucun doute sur les motifs de leur intervention : tous ont contribué au Qatar Bashing. Christian Makarian, directeur délégué de la rédaction à l’Express, qui a accusé le Qatar de prendre le parti des Frères musulmans par exemple. Parmi les invités figurent des personnalités aussi contoversées que Mohammed Sifaoui, connu pour ses reportages affabulateurs et mis en cause par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) pour des dérapages racistes à l'antenne de RMC, ou encore Gilles Clavreul, ex-délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (Dilcra), qui a fait le buzz il y a quelques mois pour des raisons similaires #DilcraGate. Richard Burchill enfin, Directeur des recherches à Trends, que l’on retrouve dans un certain nombre de conferences organisées par le même think-tank sur des  thèmes identiques, notamment aux Etats-Unis, et dont les articles publiés sur le site de l’agence traitent essentiellement des liens du Qatar avec le terrorisme et les djihadistes. Il est toutefois surprenant de voir un grand journaliste comme Ulysse Gosset, chroniqueur à BFMTV International, se prêter à un tel jeu anti-journalistique.

Inutile de se déplacer donc, on connaît déjà le script.

Henri Fourcadis

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