Le Caucase sud, voisin de l’Europe, à l’Assemblée Nationale le 17 janvier 2018

Le 17 janvier 2018, se tenait une conférence à l’Assemblée Nationale sur les enjeux de compréhension du Caucase Sud pour l’Europe. Organisée à l’initiative du think tank Cap Europe, elle avait pour but de donner des clés à un public composé de parlementaires, de politiques, de chercheurs, de journalistes, qui méconnait souvent largement cette région et qui est venu s’y intéresser ce soir là.

Didier Chaudet, responsable des publications de Cap Europe et chercheur spécialiste de la région, est revenu en introduction sur l’importance que l’Europe doit avoir dans une région du Caucase Sud dont l’administration américaine de Trump s’est largement désengagée. C’est une opportunité unique et pour les Etats membres et pour la France, mais également pour des pays comme la Géorgie ou l’Azerbaïdjan de se rapprocher de nous. Il est longuement revenu sur le tropisme de la Russie à vouloir maintenir et étendre sa zone d’influence qui est une réalité plus que jamais dans les carrefours stratégiques mondiaux comme celui ci. Et l’intervenant a rappelé au combien était important le Caucase pour les routes énergétiques, les voies de circulation terrestre, ferroviaire, et maritime pour le monde.

Le second intervenant, Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques associé à l’ULB (Bruxelles), est revenu sur l’importance de la relation énergétique qui doit être poursuivie entre l’UE et le Caucase Sud. Entièrement dépendante de la Russie pour son approvisionnement en gaz et pétrole, l’Europe doit dans un contexte instable et changeant des relations internationales diversifier ses fournisseurs pour sa propre sécurité. L’intervenant est revenu sur la puissance qu’est devenu l’Azerbaïdjan depuis 1991 en la matière, entouré par de puissants voisins concurrents et parfois jaloux comme la Russie, l’Iran, le Kazakhstan et le Turkmenistan. Il a à la fois rappelé le rôle historique de Bakou dans le développement de l’économie et la production pétrolière dans le monde et la formidable alternative que le pays peut représenter pour augmenter son approvisionnement par différents pipelines permettant aujourd’hui d’éviter de passer par la Russie. Boussois a détaillé enfin l’avancée du Transadriatic Pipeline pour acheminer notamment le gaz depuis le gisement offshore en mer caspienne de Shah Deniz, le plus grand d’AzerbaÏdjan, une opportunité unique pour l’Europe d’augmenter son indépendance à l’égard de Moscou.

Le troisième intervenant Gil Mihaely, historien et responsable de presse, a dressé un panorama historique de la question du Haut Karabakh occupé, et des relations entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie depuis au moins un siècle et notamment la première République autonome d’Azerbaïdjan en 1918. Il a appelé à une résolution pacifique du conflit, tout en permettant que le droit international soit appliqué. L’historien s’est concentré sur deux faits majeurs qui ont transformé et la région et ses acteurs depuis des décennies : le pétrole et l’idée nationale qui ont bouleversé les rapports de force depuis l’URSS jusqu’à sa fin et face à la nouvelle Russie de Poutine. Depuis l’indépendance, Bakou est devenue une puissance régionale et qui est désormais militaire : les évènements de 2016 face à l’Arménie l’ont prouvé et devraient pouvoir permettre de rééquilibrer les forces et la situation, ne serait ce que pour faire valoir et respecter ses intérêts politiques.

Enfin Said Musayev, chercheur azerbaïdjanais invité en France et représentant de la LICRA à Bakou, est intervenu en retraçant l’histoire exemplaire du multiculturalisme en Azerbaïdjan. Pays chiite, laïc et libéral, il a par tradition toujours respecté et défendu ses minorités, notamment les juifs, dans le cadre d’un islam modéré. Ce qui a permis de montrer que les droits des femmes était largement respecté contrairement à de nombreux autres pays arabo musulmans, et que peut être que l’Europe devrait davantage s’inspirer de ce modèle pour intégrer davantage ses minorités et éviter que des tensions et des dérives ne conduisent à la marginalisation, à la délinquance, et à la radicalisation de certains éléments. Il est revenu sur le caractère moderne de l’Azerbaïdjan dès 1918, l’installation de la première République parlementaire  d’Orient et sur l’importance du choix de l’ancien président Heydar Aliyev de maintenir le caractère sécularisé de sa société pour qu’elle fonctionne.

Parmi les députés présents, Julien Borowczyk (LREM) a interrogé les panélistes sur les moyens de jouer un plus grand rôle auprès de l’éxécutif français pour faire valoir les droits de l’Azerbaïdjan face à l’Arménie dans le cadre du conflit du Haut Karabakh et pour lequel le droit international a donné raison à Bakou. Les rencontres bilatérales récentes entre le Ministre des affaires étrangères français Jean Yves le Drian et son homologue azerbaïdjanais Elmar Mammadyarov, ont été évoquées et Didier Chaudet a une fois encore souligné l’importance du rôle des députés pour sensibiliser le président Macron, un président qui s’inscrit dans la realpolitik et qui a bien compris que le rapport de forces était important et qu’il fallait pouvoir parler avec tout le monde pour résoudre un certain nombre de crises plutôt que de les exclure. Après de nombreuses questions, la conférence s’est achevée au bout de deux heures.

 

Henri Fourcadis, journaliste.

 

 

 

 

 

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