Khodjaly,1992 : le génocide azerbaïdjanais dont personne ne parle

Ce mardi 21 février, le service culturel d’Azerbaïdjan organisait une conférence-débat à l'occasion des 25 ans du massacre de Khodjaly, au cours duquel 613 Azerbaïdjanais, dont 63 enfants et 107 femmes ont été tués par les forces arméniennes. Les interventions de témoins du drame et de spécialistes du Caucase ont levé le voile sur un pan de l'histoire encore largement méconnu du grand public.

Khodjaly,1992 : le génocide azerbaïdjanais dont personne ne parle

Le 25 février 1992, les Arméniens s'emparent de 7 districts azerbaïdjanais du Haut-Karabagh et le village de Khodjaly est bombardé, brûlé, détruit par les forces arméniennes. Totalement encerclés par les Arméniens, les habitants qui tentent de s'enfuir sont massacrés, dans d'atroces scènes de violence où les balles coulent à flot. Afsana Alakbarova, une rescapée de cette journée noire, qui avait 10 ans au moment des faits, a livré un témoignage poignant sur l'horreur vécue. Ce 25 février 1992, Afsana a perdu son père, son oncle, sa tante, ses grands-parents, mais aussi sa mère dont elle n'a jamais vraiment pu faire le deuil car son cadavre n'a pas été retrouvé. Aujourd'hui mère de deux enfants, Afsana confie son souhait que le pays soit enfin en paix afin que ses filles ne connaissent pas l'enfer qu'elle a vécu. Des histoires comme celle d'Afsana, il y en a plusieurs dizaines : en tout ce sont 25 enfants qui ont perdu leurs deux parents. Aux 613 morts du massacre de Khodjaly, il faut ajouter les 150 personnes qui, comme la mère d'Afsana, ont définitivement disparu.

La paix : un horizon auquel les Azerbaïdjanais veulent croire en dépit des circonstances

Le massacre de Khodjaly est le point culminant de la politique de repeuplement menée par l'Arménie dans le Haut-Karabagh. Comme le rappelle l'historien Maxime Gauin « Les violences qui accompagnent la politique de purification ethnique de l'Arménie sur son territoire et en Azerbaïdjan commencent en 1985 et explosent en 1992 à Khodjaly ». Depuis l'instauration du cessez-le-feu en 1994, les tensions entre les deux pays ne sont pas retombées, et des affrontements éclatent ponctuellement. Lassés par deux décennies de négociations piétinantes encadrées par le groupe de Minsk (co-présidé par la France, la Russie et les États-Unis), les Azerbaïdjanais pourraient choisir de répondre avec plus de véhémence à la prochaine provocation arménienne, car, note le géopoliticien Didier Chaudet « Si lors de la guerre de 4 jours d'avril 2016, les Azerbaïdjanais ont su faire preuve de beaucoup de retenue, il est à craindre que le prochain conflit prenne une tournure plus dangereuse ». Malgré des perspectives d'avenir peu optimistes, les Azerbaïdjanais continuent de porter un message de paix et de justice, à l'instar du député Rovshan Rzayev, à l’initiative d'une plate-forme Arménie-Azerbaïdjan, dont le but est d'inviter les journalistes et politiques afin de faire entendre la voix de la paix. C'est sur une note d'espoir que l'ambassadeur de la République d’Azerbaïdjan en France, Elchin Amirbayov, a clôturé la soirée, appelant chacun à promouvoir la paix et à rejoindre le mouvement initié par Rovshan Rzayev. 

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