Les Émirats Arabes Unis font de l’influence en France en achetant des journalistes

Depuis la crise du Golfe de 2017, isolant le Qatar sur la scène régionale, les liens entre Abu Dhabi et Paris se sont accrus, notamment en usant d’une communication d’influence de plus en plus agressive pour tenter de donner une bonne image des EAU et défendre leur politique à l’encontre de ses ennemis, devant l’opinion française.

Pour permettre aujourd’hui au prince héritier, Mohamed Ben Zayed, de diffuser sa pensée, son message, et pérenniser sa vision d’un Moyen-Orient autoritaire et stable, tout en avançant ses pions dans l’ingérence au cœur même de l’islam de France, il lui faut des relais et des influenceurs déjà bien implantés dans les médias. Pas de politique sans communication et publication d’articles, d’interviews par des spécialistes, experts, à priori reconnus dans l’hexagone qui n’attireront pas l’œil de l’opinion et qui dissimuleront leurs vrais intérêts. Et certains n’ont peur de rien.

C’est le cas notamment de l’un d’entre eux, qui a essayé de travailler un temps pour le Qatar et qui, manifestement « déçu », travaille désormais pour des pays qui ont essayé de mettre Doha au ban des nations en 2017 : les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite en personne. Ce sont donc des personnes sans grandes convictions d’une part, prêts à tout pour travailler pour un pays étranger quelle que soit sa politique, et de peu d’éthique vu les règles journalistiques ou académiques de base d’indépendance requises à minima.

Younes Belfallah est économiste et consultant en relations internationales. D’origine marocaine, il est enseignant-chercheur à l’université de Paris Créteil et a voulu un temps montrer patte blanche au Qatar. Cumulant articles et interviews dans les médias pour expliquer le Golfe en favorisant le Qatar dans ses analyses, il n’hésitait pas à faire étalage auprès de proches des Qataris des efforts qu’il fournissait. Il ne s’agit pas uniquement de n’avoir aucun scrupule à vouloir se faire acheter, encore faut-il qu’il y ait une demande ! Convaincu qu’il pouvait prétendre à la publication de textes en faveur du Qatar, il n’hésitait pas à proposer d’être payé en échange jusqu’à 1000 euros par tribune, au prétexte que ceux qui défendent les ennemis du Qatar en demanderaient jusqu’à 1500 euros ! Seulement voilà : Doha n’a jamais été demandeur. Du coup, Belfellah après avoir glorifié le Qatar à perte, s’est retourné, après moult chantages, vers les Émirats et l’Arabie Saoudite qui eux le paient désormais pour faire ce travail. Quelle crédibilité pour un universitaire qui sait dire tout et son contraire, et défendre en si peu de temps des thèses fondamentalement opposées ?

C’est aussi le cas d’Iman Al Hamood, journaliste cette-fois à RMC Radio Monte Carlo Internationale et qui a son émission « Gulf Hour ». Des sources sûres affirment même qu’Abu Dhabi lui aurait offert un appartement. Sur son twitter et à l’antenne, elle n’hésite pas dès qu’elle le peut à prendre la défense de Riyad, souligner les avancées importantes pour elle en termes de droits humains mais dont personne n’est dupe dans l’opinion, soutenir la politique d’Abu Dhabi et critiquer férocement le Qatar.

Tout cela montre à quel point, dans le contexte tendu d’une crise sans fin dans le Golfe, l’Europe et en particulier la France jouent un rôle majeur pour les Émirats car les contrats d’armements et commerciaux n’autorisent pas la protestation trop virulente. Ainsi, MBZ s’offre l’indulgence de quelques-uns sur ses pratiques peu scrupuleuses dans le monde arabe comme : faire taire les processus de démocratisation, les atteintes aux droits de l’homme, les nombreux morts sur tous les terrains de guerre où il essaie d’imposer sa marque pour réaliser son rêve : devenir l’homme le plus puissant du monde arabe !

 

Henri Fourcadis

 

 

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