La prise en compte de la souffrance des réfugiés, une priorité pour l’Azerbaidjan

Au cœur de Paris, une conférence consacrée à la souffrance des réfugiés et des déplacés azerbaïdjanais.

Dans le cadre d’une série d’événements ayant eu lieu dans le monde entier en marge de la Journée Mondiale des Réfugiés des Nations Unies, le bureau français du Cercle Européen d’Azerbaïdjan (The European Azerbaijan Society - TEAS) a organisé – au Palais du Luxembourg – une grande conférence intitulée Les Conséquences des conflits oubliés pour l’Europe et la France : Situation et perspective des réfugiés et déplacés internes de longue date – Le cas de l’Azerbaïdjan, en partenariat avec l’Institut Robert Schuman pour l’Europe (IRSE), et l’Association Paris-Ile-de-France de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), et sous le patronage de M. André Reichardt (Sénateur du Bas-Rhin et Président du groupe d’amitié France-Caucase au Sénat), en présence de plus de 50 personnes, diplomates, sénateurs, sportifs de haut niveau et représentants de l’UNESCO et de la société civile.

La crise internationale des réfugiés – due principalement aux conflits ayant cours en Syrie et en Irak – et les conséquences de migrations d’une ampleur sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale a donné une résonance particulière à cette nouvelle Journée Mondiale des Réfugiés des Nations Unies. La date du 20 juin a été choisie en 2001 par l’Assemblée Générale des Nations Unies pour commémorer le 50e anniversaire de l’adoption, en 1951, de la Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés. L’objectif de cette journée est de rappeler que le concept de « réfugié » ne se cantonnait pas aux phénomènes observés juste après la guerre et qu’il s’agissait toujours d’un problème majeur dont les conséquences sont lourdes pour toute l’humanité.

Comme chacun sait, en raison de la hiérarchie qui a cours dans le traitement de l’actualité, d’une mauvaise compréhension du monde post-soviétique et d’idées reçues à son sujet, un conflit de longue date, celui qui oppose l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans le Haut-Karabagh, a fait l’objet d’une couverture médiatique insuffisante. Les combats qui ont fait rage de 1988 à 1994 au lendemain de l’éclatement de l’Union Soviétique ont eu pour conséquence l’occupation illégale par l’Arménie d’environ 20% du territoire azerbaïdjanais, poussant à ce jour environ un million d’Azerbaïdjanais à quitter leurs terres pour devenir réfugiés ou déplacés internes. Aujourd’hui, deux générations ont grandi dans des camps mais comptent bien, un jour, retrouver leurs terres.

« Il était très important que cette conférence se déroule au Sénat, a déclaré M. André Reichardt dans son mot d’accueil. En Azerbaïdjan, plusieurs milliers de personnes ont été déplacées par le conflit, mais la grande majorité d’entre eux l’ont été à l’intérieur du pays. Bien que le Groupe de Minsk de l’OSCE s’efforce de parvenir à une paix négociée entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie depuis plus de 20 ans, la communauté internationale doit s’emparer de cette question. Toutes les personnes déplacées ou réfugiées émettent toujours le même souhait : rentrez chez elles, bien que le gouvernement azerbaïdjanais ait tout fait pour améliorer leurs conditions de vie.

« Une nouvelle ‘ligne de contact’ s’est dessinée après la ‘Guerre des Quatre jours’ de 2016, et de nombreuses voix en Azerbaïdjan ont appelé à la libération des territoires. Mais l’Azerbaïdjan s’est toujours dit favorable à un règlement pacifique du conflit. Le Groupe de Minsk de l’OSCE n’ayant pas atteint son objectif, il convient d’adopter de nouvelles stratégies. Il est impératif de trouver une solution juste et négociée. L’idée nouvelle de relations inédites passant par les sociétés civile des deux pays camps est de nature à me laisser un certain espoir. »

« L’objectif de l’IRSE est de créer de la solidarité entre les peuples, a rappelé Mme Yamina Benguigui (ex-Ministre française et Président de l’IRSE). En raison de la crise migratoire actuelle, la question des populations déplacées et réfugiées a plus d’écho en Europe occidentale. Il y a environ un million de déplacés et de réfugiés en Azerbaïdjan, et les nouvelles initiatives de la société civile sont précieuses, car elles représentent l’opportunité d’un dialogue. L’Azerbaïdjan et la France ont un rôle majeur à jouer dans sa mise en place.

« Nous apportons notre soutien total au retour de populations étrangères vers leurs terres d’origine. C’est l’un des droits fondamentaux de l’humanité. Nous devons ouvrir les portes de l’espoir. »

« L’occupation arménienne a été condamné à plusieurs reprises au niveau international, à travers notamment des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies et du Parlement européen, a rappelé Mme Marie-Laetitia Gourdin (Directrice de TEAS France) dans son propos introductif. L’objet de la conférence d’aujourd’hui est d’aider à mieux comprendre la condition des réfugiés et des déplacés en Azerbaïdjan, en présentant le contexte géopolitique et à travers leurs témoignages. Elle vise aussi à cerner le potentiel d’un règlement pacifique et juste du conflit, que ce soit par le biais d’initiatives diplomatiques ou par d’actions émanant de la société civile. »

« Nous devons toujours prendre la défense nationale en considération, réfléchir à des passerelles susceptibles de favoriser le dialogue interculturel et de réduire les problèmes, a expliqué M. Édouard Detaille (Président de l’IHEDN). Nous devons comprendre les problèmes sous-jacents qui poussent les populations à grossir les rangs des réfugiés et des déplacés internes. »

« Une solution au problème des déplacés internes dans le Sud Caucase est dans l’intérêt de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, a prévenu S.E.M. Elchin Amirbayov(Ambassadeur d’Azerbaïdjan en France), qui s’exprimait devant une carte montrant l’ampleur de l’agression arménienne. Il s’agit d’un conflit oublié qui s’est aggravé durant la chute de l’Union Soviétique. Chaque semaine, des soldats sont tués sur la ‘ligne de contact’. L’Arménie a entrepris une purification ethnique à l’encontre de la population civile azerbaïdjanaise.

« Il existe des points communs entre le Massacre de Khodjaly perpétré par les Arméniens, et le massacre de la population d’Oradour-sur-Glane par les Nazis en 1944 pendant la Seconde Guerre mondiale. L’occupation arménienne a été condamnée par quatre résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Entre les deux pays, nous devons parvenir à un rapprochement qui constituerait une étape majeure sur la voie d’une solution. Une nécessité toutefois contrariée par l’attitude non-constructive du gouvernement arménien et par l’inefficacité du Groupe de Minsk de l’OSCE.

« Le gouvernement azerbaïdjanais a tout fait pour améliorer les conditions de vie des déplacés internes et des réfugiés. Pour autant, toutes les régions restent sous occupation. L’impact de la ‘Guerre de Quatre Jours’ a montré l’importance qu’attache la populationazerbaïdjanaise à ce problème. Après avoir contraint l’Azerbaïdjan à des représailles en 2016, l’Arménie doit maintenant s’asseoir à la table des négociations. Il y a des déplacés internes et des réfugiés dans 60 districts azerbaïdjanais. Ces personnes doivent rentrer chez elles. C’est une situation intolérable pour l’Azerbaïdjan.

« J’espère qu’avec la présidence d’Emmanuel Macron, la France redoublera d’efforts et permettra de mettre rapidement un terme à cette occupation. »

Après la projection d’Offside, un petit film réalisé par Thomas Goltz consacré au Qarabağ FK (une équipe de football qui doit jouer tous ses matchs ‘à l’extérieur’ depuis l’occupation de son stade d’Agdam par les forces arménienne en 1993), M. Pascal Gentil (champion de taekwondo) a pris la parole pour rappeler l’impact du sport. Parrain d’une compétition de taekwondo pour réfugiés organisée à Paris quelques jours plus tôt, il a expliqué le lien évident qui existe entre la participation à un sport et la naissance d’un sentiment de solidarité. Il est aussi revenu sur la capacité de l’Azerbaïdjan à jouer un rôle dans le programme Peace and Sport, sous le haut patronage de S.A.S. le Prince Albert II de Monaco. Rappelons au passage que Pascal Gentil est l’un des Champions de la Paix de Peace and Sport.

« Cela fait 24 ans que nous sommes dans cette impasse et que le droit international n’est pas respecté à cause de l’intransigeance des Arméniens, a affirmé M. Samuel Carcanague (Chercheur à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques - IRIS). La ‘Guerre de Quatre Jours’ a montré la détermination des Azerbaïdjanais à retrouver leurs terres, mais il est nécessaire de parvenir à une résolution pacifique. Il est impératif de renouer le dialogue pour y parvenir. »

« Cette question est le problème N°1 pour l’Azerbaïdjan, a estimé M. Fuad Huseynov (Vice-président du Comité d’État pour les Réfugiés et Déplacés internes de la République d’Azerbaïdjan). Cela fait 25 ans que les relations franco-azerbaïdjanaises sont excellentes. Or depuis tout ce temps, le conflit est au cœur de nos discussions. Aujourd’hui, un Azerbaïdjanais sur dix est une personne déplacée, avec les conséquences économiques énormes que cela suppose pour l’Azerbaïdjan. Et pourtant, la question des déplacés est toujours d’actualité à cause des positions non-constructives des autorités arméniennes.

« Le Comité d’État s’est donné deux grands objectifs : l’amélioration des conditions sociales et la définition d’une stratégie au bénéfice des populations ayant retrouvé leurs terres après la résolution du conflit. Bien que l’UE soit elle-même touchée par les phénomènes migratoires, la nature spécifique du problème azerbaïdjanais est relativement méconnue. Beaucoup de choses ont été faites pour améliorer les conditions de vie des déplacés et des réfugiés. 250 000 personnes ont été relogées mais plus de 400 000 vivent encore dans des conditions très difficiles.

« À ce jour, un seul point du Programme ‘Grand Retour’ a pu être mis en place, à Jojug Marjanli, la ville libérée pendant la ‘Guerre de Quatre Jours’. Nous garantissons qu’à la fin du conflit, les populations arménienne et azerbaïdjanaise jouiront des mêmes droits. »

« La population azerbaïdjanaise du Haut-Karabagh est favorable au dialogue avec leurs homologues arméniens, et cherchent une issue pacifique au conflit, a expliqué M. Rovshan Rzayev (Député du Parlement de la République d’Azerbaïdjan et cofondateur de la Plateforme Azerbaïdjan-Arménie pour la Paix, une nouvelle initiative visant à rapprocher les deux camps par l’intermédiaire de la société civile).

« Oui, il est indispensable de renouer le dialogue, mais l’Arménie brille par son absence. L’Arménie n’a pas émis la moindre réponse positive à l’intention de la Plateforme pour la Paix. Or pendant ce temps, chaque jours, des hommes meurent sur la ‘ligne de contact’. Notre but est de transmettre un message de paix. »

« Le Groupe de Minsk de l’OSCE anime le dialogue depuis plus de 20 ans, a rappelé S.E.M. Bernard Fassier(Ambassadeur et ancien Représentant permanent de la France près du Groupe de Minsk de l’OSCE). Il convient de donner un nouvel élan aux négociations. Les Principes de Madrid établis en 2009 ont été acceptés par Bakou mais pas par Erevan. L’Arménie ne cesse d’appeler à la reconnaissance du Haut-Karabagh indépendant, alors qu’il ne s’agit que d’un territoire qu’elle occupe.

« Nous devons éviter une seconde guerre. La communauté internationale ne doit pas se satisfaire éternellement d’un statuquo. Les Présidents doivent se montrer plus disposés à faire des compromis, et une nouvelle culture de la négociation doit s’installer. »

La séance de questions et réponses a permis d’aborder des sujets divers, dont le rôle à donner à l’Allemagne au sein du Groupe de Minsk de l’OSCE, le rôle du Président arménien Sargsyan dans le Massacre de Khodjaly, les liens actuels entre la Russie de l’Arménie, l’intransigeance et l’agressivité de la diaspora arménienne en France, et le rôle de l’art dans la facilitation du dialogue.

 

Henri Fourcadis

 

 

 

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