Face au fondamentalisme et aux poussées migratoires, le Maroc un allié solide.

Tribune d’Aymeric Chauprade. Le 15 novembre 2018, le président Macron et le Roi Mohammed VI inaugurent la ligne LGV la plus rapide d’Afrique, résultat d’un consortium international dans lequel la France tient le premier rang avec le savoir-faire de la SNCF et le co-financement de l’Agence française de développement.

Aymeric Chauprade Aymeric Chauprade
Le 28 juin dernier, le terminal maritime Tanger 2 est inauguré, faisant de la capitale économique du nord-Maroc le premier port méditerranéen avec une forte présence économique française. Et pourtant la France n’est plus que le deuxième partenaire économique du Maroc, l’Espagne nous ayant devancé !

C’est dire que la relation particulière qui unit la France et le Maroc doit être consolidée. Au moment où le Royaume du Maroc s’apprête à fêter les deux décennies d’un règne, il est utile de rappeler que nos deux nations partagent de solides intérêts stratégiques lesquels s’inscrivent dans la profondeur historique d’une amitié qui doit beaucoup au génial Lyautey.

Ne prenons que deux défis particulièrement sensibles sur lesquels le Roi Mohammed VI s’est particulièrement impliqué : la lutte contre l’islam radical, terreau du terrorisme islamique, et la maîtrise des flux migratoires Sud-Nord, résultant de la combinaison de paramètres africains essentiels, l’explosion démographique, la faiblesse de l’Etat-nation, la formation d’une classe moyenne qui pour l’heure préfère migrer plutôt que rester…

Le Maroc est tragiquement frappé par le terrorisme islamique en 2003. A Casablanca, sa capitale économique, quarante-cinq victimes paient de leur vie l’adhésion d’un pays et de son roi à un Islam du « Juste Milieu », ennemi affiché du fondamentalisme islamique, ainsi qu’à un processus de modernisation de la société et de l’Etat particulièrement audacieux.

Mohamed VI, fort de sa double légitimité politique (dynastique) et spirituelle (le Commandeur des Croyants) décide alors d’engager une lutte antiterroriste implacable dont l’efficacité sera rapidement démontrée. En 2015, le Maroc renforce son arsenal juridique afin de combattre le terrorisme bien en amont du passage à l’acte, en s’attaquant notamment à l’incitation au djihad. A la différence aussi bien de certains pays du Golfe qui, de manière « schizophrène », affichent leur volonté de combattre le terrorisme mais laissent prospérer des prêches haineux à l’encontre des « infidèles juifs et chrétiens »,  que d’une France qui peine encore à nommer l’ennemi par crainte de « l’amalgame » et de la « stigmatisation » de toute une communauté, le Roi Mohammed VI a établi, sans ambiguité, un lien clair entre terrorisme et islam radical.

Outre la lutte contre le terrorisme et l’islam radical, la maîtrise des flux migratoires est un deuxième terrain essentiel de coopération entre la France et le Maroc. Disons le sans détour, et cela devrait, en toute logique ( !), faire davantage plaisir aux détracteurs de la monarchie marocaine qu’à moi-même, le Roi du Maroc se refuse à résumer la question des migrations aux seuls flux, et a manifesté à plusieurs reprises (encore récemment aux côtés du Pape François), son attachement au droit des migrants. Compte-tenu de l’ampleur du problème migratoire pour l’Europe, la position de Mohammed VI apparaîtra peut-être à une partie de la droite française comme étant quelque peu idéaliste. C’est bien au Maroc qu’a été signé le 10 décembre 2018, le controversé Pacte de Marrakech portant sur la coopération des Etats en matière de migrations, un pacte soutenu par la France mais critiqué et même refusé par plusieurs pays de l’Union européenne. Pour autant, et au-delà des conceptions des uns ou des autres en matière de migration, un constat devrait faire consensus : le Maroc, du fait premièrement de sa stabilité politique, laquelle est indissociable de la solide légitimité politique et spirituelle de son chef de l’Etat, et deuxièmement de sa position géographique d’intermédiaire entre les pays d’Afrique sub-saharienne et les pays de la rive Nord de la Méditerranée, s’impose comme un partenaire incontournable pour la France et l’Union européenne en matière de régulation des flux migratoires africains.

Ceux qui en Europe veulent lutter efficacement contre ce fléau islamiste qui gangrène une partie significative du monde musulman ne doivent pas se faire d’illusion. Nous avons besoin d’alliés dans le monde musulman, en particulier de l’autre côté de la Méditerranée. Le Roi du Maroc a engagé, durant ces vingt années, des réformes courageuses résolument tournées vers la modernité occidentale, et dont la pierre angulaire est la marche vers l’égalité entre les femmes et les hommes ; ce roi a fait intégrer dans la Constitution marocaine de 2011, non seulement l’africanité du Maroc, au-delà de son identité arabo-islamique, mais ses identités judaïque, tamazigh (berbérité), saharo-hassanie (Sahara)… Tous ces pas sont autant de coups portés à une conception archaïque de l’islam et l’incontestable marque d’un monarque courageux.

Tout n’est pas parfait, et loin de là, au Royaume du Maroc. Mais il est permis de constater que rapportés à la longue durée de l’histoire, ces vingt années de modernisation sociétale, économique, sociale (sur ce terrain beaucoup de progrès sont à accomplir encore), et géopolitique (la multipolarité), constituent une rupture forte avec les archaïsmes.

 

Aymeric Chauprade vient de publier « Géopolitique d’un Roi, essai sur un Maroc moderne et multipolaire », éditions Ellipses, 256p.

 

 

 

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