De Brignoles à Strasbourg...en passant par la Lorraine.

Rappelez-vous.

13 octobre 2013 : le candidat du Front national remporte l'élection cantonale partielle de Brignoles (Var) avec 53,9% des voix, "un jour sombre pour les valeurs de la République, Liberté, Egalité, Fraternité" disait-on alors. C'était le tsunami politique du jour, le bourdonnement médiatique, la levée en masse des indignations républicaines, la poussée de "moraline"  !    

Et voilà que ça recommence !  Nouveau dérèglement climatique, le même, mais plus cher, comme aurait dit le regretté Pierre Dac.                 25 mai 2014 :  Le Front national arrive en tête des élections européennes avec 25% des voix qui se sont exprimées. Aussitôt, les métaphores géologiques, "séisme" ,  "éruption", "effondrement" les "vagues" et tempêtes déferlent sur les plateaux télévisés, phares et balises submergés.

C'est  la consternation, l'abattement, l'accablement, les coeurs saignent, les voix trémulent, on baisse la paupière, on sanglote, l'heure est grave, voyez-vous, la droite extrême et brune assoit son "hégémonie culturelle" sur le bon peuple.

Seul Manuel Valls relève fièrement le menton et le défi : il faut poursuivre, résolument, obstinément, comptez sur moi,  une politique qui pourtant vient d'être massivement condamnée. C'est bien cela le vrai courage politique, non ? Persévérer dans l'adversité ! C'est Ubu, sans Jarry. Le titre est déjà pris : "La nausée".

Pour remettre les idées en place...avant inventaire : observons le rapport de force réel au sein du corps électoral.

L'émotion, la confusion, les grandes envolées lyriques, les mots d'ordre anachroniques ("le fascisme ne passera pas" !) , masquent la vraie zone grise : le désintérêt pour la chose politique, le discrédit des "élites" dont le discours est désormais sans écho.

Pour le coup, c'est bien un effondrement de la démocratie représentative, peut-être de la République, qui s'annonce. Les partis politiques (un récent sondage montrait que 8% seulement des Français leur faisaient confiance !), feraient bien d'entreprendre, sans tarder, une mise à jour véritablement radicale, sur le fond et sur la forme, une révolution culturelle, une insurrection pacifique de la pensée. De nouvelles Lumières, celles du XXIème siècle. Pas moins.

Les métaphores géologiques, l'accablement larmoyant des crocodiles de service, et de leurs médiocres complices médiatiques qui focalisent l'élection de dimanche sur qui vous savez (pour son plus grand profit) , ne résistent pas à l'analyse : l'adhésion au FN ne représente que 10 électeurs sur 100 ! (C'est déjà trop, mais c'est loin d'une majorité !!!). En revanche, 58 électeurs sur 100 n'ont pas voté ! Pourquoi ? Pourquoi les forces progressistes (mais ce mot a-t-il encore un sens ?) sont inaudibles, voire invisibles ? "Osons savoir" comme nous y invite Kant depuis quelques deux siècles.

Catastrophe naturelle" ? Ce n'est pas une "catastrophe" : 9 électeurs inscrits sur 10 n'ont pas voté FN, ne l'oublions pas. 1 électeur sur 10, ce n'est pas le peuple ! Et ce vote n'a rien de "naturel", il est la conséquence de la faillite, de la démission d'une classe dirigeante politico-médiatique inculte, dogmatique et soumise, d'une part, et de la défiance (ou de l'indifférence) populaire vis à vis d'une gauche radicale, divisée, qui n'a pas su rendre crédible un projet politique alternatif. Demandons-nous pourquoi. Reprendre la main, reconquérir les esprits et les cœurs de ceux qui ne votent pas, tel est  le grand dessein.

Car  l'abstention massive, majoritaire, ne doit pas masquer le désir de politique : les citoyens veulent être entendus, pris en compte, veulent voir leurs choix respectés. Ils s'intéressent à la vrai vie, ils s'intéressent à la cité et au monde, ils veulent agir. Voyez les vrais larmes de joie des Fralib de Gémenos !

C'est pourquoi de cette crise politique peut émerger une perspective réelle et crédible à gauche sur fond de rupture avec ce système soumis aux thèses libérales. Il faut pulvériser ce dogmatisme, cet intégrisme économique dévastateur pour les peuples.

La gauche, ou plutôt la droite de la gauche hollandaise  s’est trop éloignée de ses valeurs, a abandonné l'histoire et les idées.

Ecoutons Paul Valéry : « La pire faute en politique consiste à laisser en l’état ce qui doit disparaître alors même qu’on s’attache à détruire ce dont la permanence est la raison d’être, est la marque d’une civilisation ».

 "...en sorte qu’on a laissé la Nation, idée de gauche, aux nationalistes et on a laissé le Peuple, idée motrice, aux démagogues."  poursuit Régis Debray.

Valmy, bien sûr...la Commune...

Et  Jeanne, toi, "la bonne lorraine", pourquoi t' a-t-on abandonnée ? Et ton pays, devenu plus tard industriel, aujourd'hui dévasté ?

La gauche, elle,  ne pourra retrouver le peuple que dans un mouvement social et politique de grande ampleur porté par un récit et une visée. Pour cela, toutes les forces vives du pays, la jeunesse et les salariés, les femmes, le monde du travail et de la culture, doivent être appelées à s’unir sans attendre.  

Et comme le propose Pierre Laurent, le Front de gauche doit être à leur service.

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