La démocratie à petite vitesse

Chronique locale d'une démolition annoncée

Par une délibération du 18 octobre 2018, la Communauté de Communes du Pays d'Apt Luberon ( CCPAL) a voté la vente d'une partie des terrains situés sur l'esplanade de l'ancienne gare d' Apt au département de Vaucluse qui projette d'y construire un nouvel espace départemental de solidarité (EDES).

Mais, il faut, au préalable, nettoyer le terrain. Le bâtiment dit "de la petite vitesse", bâtiment industriel anciennement affecté au stockage des ocres avant leur expédition par voie ferrée et qui est, avec le four Esbérard pour les faïences, le dernier témoin remarquable d'une activité industrielle majeure, devra être détruit. Le permis de démolition a été acté le 14 août 2018. Tout est prêt, trace nette, du passé faisons table rase, changement de perspective, parking en vue (80 places, coût 205 000 euros HT)!

Ainsi, on fait voter les élus sur un acte de vente et un projet d'aménagement de l'esplanade de la gare, en occultant prudemment le fait que le bâtiment "de la petite vitesse" sera préalablement jeté à terre. Pas de concertation, encore moins de délibération sur un point qui concerne un édifice historique de la ville et du territoire d'Apt, qui, malgré sa vétusté, mérite d'être conservé et inscrit dans un projet global d'aménagement de cet espace d'entrée de ville ouest.

On nous dit que l'architecte des Bâtiments de France a donné son aval ! Bigre ! Mais existe-t-il une étude, un rapport, une trace écrite ?* La population, les associations concernées, les élus ont-ils été informés de la liquidation brutale d'un élément de leur patrimoine culturel ? Qui a pris une décision pour le moins obscure et arbitraire ?

On nous dit que "pour des raisons financières, il est préférable de démolir que de réhabiliter un ancien [sic] bâtiment". La belle affaire ! La courte vue ! Quel manque d'élégance ! Comment, alors que nos décideurs politiques disposent majoritairement de tous les pouvoirs, Commune, CCPAL, Conseil Départemental, Région, Etat, il serait impossible de trouver le financement nécessaire à sa rénovation et à son inscription dans un espace social et culturel ambitieux ? Baliverne ! Paresse intellectuelle, carence de volonté politique, manque de vision...
Que vaut l'argument de vétusté et de coût devant un témoignage, un récit, un patrimoine ?

C'est pourquoi, Marie-Christine Kadler et moi même avons voté contre cette délibération (approuvée par 45 voix.)

Lors du conseil municipal d'Apt du mardi 6 novembre, la question du bâtiment "de la petite vitesse" ne figurait pas de façon explicite dans la délibération intitulée : "Aménagement du territoire. Convention de maîtrise d'ouvrage unique relative à l'aménagement de l'esplanade de la gare". Mais notre groupe d'opposition "Apt nouveau cap" (MC Kadler avec procuration de Christophe Castano et moi-même) a bien évidemment relancé le débat et s'est prononcé contre pour les raisons évoquées ci-dessus. Et là encore nous avons protesté contre l'absence de concertation. Et nous ne sommes pas les seuls à la déplorer ! N'est-ce pas ? collègues de la majorité...

Faut-il préciser que nous n'avons rien contre l'EDES. Encore qu' il eût été préférable d'envisager sa construction plus près du centre ville, par exemple à l'emplacement des préfabriqués inesthétiques abritant des associations sportives (qu'il aurait fallu reloger ailleurs et de manière plus confortable) situés rue Philippe de Girard, plus proche des personnes qui auront recours à ses services. Vieux projet, semble-t-il, toujours dans de vieux cartons.

Ne nous y trompons pas : au delà de son aspect matériel, cette démolition annoncée porte atteinte à la culture et à l'histoire. Elle est symptomatique d'un monde sans esprit.

Et, pour le coup, la démocratie locale avance à petit vitesse, pas loin de la voie de garage.

 

*On a depuis pris connaissance de l'avis émis le 6 août 2018 par l'architecte des Bâtiments de France.
Le voici : "Toutefois, ce projet appelle des recommandations ou des observations au titre du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions, et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant : le bâtiment à forte valeur patrimoniale est un marqueur fort du territoire et de l'architecture ferroviaire en accord avec le nouvel office du tourisme de la communauté de communes réhabilité il y a peu. En ce sens, sa conservation et sa mise en valeur sont demandées. " (Ajout du 15/12/2018)
 

 

 

 

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