Les Bons, les Brutes et le Méchant

Réactions à la participation de Fabien Roussel, Secrétaire national du PCF, à la manifestation des policiers le 19 mai 2021.

          Dans les journaux, sur les plateaux, sur les réseaux, on scribouille, on gazouille, on s'emparouille. La zizanie tourne à la vésanie. Sur la sellette, le mis en cause, Fabien Roussel. Les procureurs ont tonné leur courroux, Torquemada, Fouquier-Tinville, dit-on, seraient jaloux. Le tribunal a prononcé, c’est sans appel, on dresse le bûcher.

          Donc, le secrétaire national du PCF a décidé de participer à la manifestation policière du 19 mai dernier. Aussi sec, oubliant que "Toute vertu est fondée sur la mesure." (Sénèque), la gôche, vous savez, la pure, la dure, la qui-lave-plus-rouge, est montée au créneau, a hissé les drapeaux. Florilège : "déshonneur, faute morale, suicide, on touche le fond, la honte, on ne mérite plus le nom (de gauche naturellement), on légitime (l’extrême droite), on flatte les flics (c'est là le hic), on est complice, au garde-à-vous, à fond dans le sécuritaire (peuchère), on justifie les violences (policières, vous l’avez compris), on louvoie, on se fourvoie, vous n’aurez plus ma voix…" Tels sont les attendus les moins malveillants (il y a pire, je passe) pour stigmatiser le coupable. Le pugilat, vous dis-je, loin du débat.

          Et pourtant, ce sujet complexe mérite pleine attention et saine disputation.

          Fabien Roussel s’est expliqué sur sa démarche et l’on peut, certes, la questionner à juste titre. On est en droit de désapprouver, mais rien à voir avec l’honneur, avec la faute, encore moins la morale. C’est un choix politique qui pose que ne pas participer à cette manifestation, c’est laisser le terrain libre à ceux qui font de l’insécurité leur indigne fond de commerce ; y aller, porter un autre message républicain et humaniste conséquent et resituer le problème de la paix publique dans un contexte populaire et conforme aux valeurs d’une gauche, qui a toujours été, elle, du côté des victimes des nuisances délinquantes et, sans relâche, pour la présence et la qualité des services publics dans des territoires paupérisés et abandonnés.

          Et qui n’oublie pas que, dans la police, il y a des policiers, comme aurait dit le père Ubu, des femmes et des hommes, des citoyennes et des citoyens, qu’il faut accompagner et gagner, pour certains, aux valeurs de l’éthique et des principes démocratiques.

          Ce qui fait la différence avec la droite et ses excroissances extrêmes, avec laquelle le PCF ne s’est jamais compromis, jamais, c'est que Fabien Roussel assigne le problème, réel, de l'insécurité, essentiellement sur le terrain du social. Ecoutez-le, lisez ses arguments, calmez-vous, après, on en parle.

          Toutefois, soyons clairs une bonne fois pour toutes. Si Fabien Roussel me l’avait demandé (je plaisante, je ne cotise plus), je lui aurais conseillé, plutôt que de participer à cette manifestation, tant elle pouvait, sans recul, paraître ambiguë, et se révéler salie de quelques présences nauséabondes et, parfois, de slogans fétides, de tenir, avant son déroulement, une conférence de presse et saisir cette occasion pour, à la fois, rendre un hommage nécessaire aux policiers assassinés, dénoncer les violences policières et les dérives fascistoïdes du pouvoir, et, surtout, exposer la vision du PCF sur les questions dites "sécuritaires", de s’exprimer dans la presse (il l’a fait dans l Humanité le 20 mai). Une adresse positive, donc, qui aurait permis d'éviter le désolant, univoque et fatigant "s'afficher avec" et dont la portée aurait été plus féconde que le "non je ne participe pas" de certains.

          Ce que je dénonce, ce sont la violence des attaques dont il fait l’objet, les amalgames indignes, les anathèmes, l’excommunication, la malhonnêteté de celles et ceux qu’un anticommunisme trivial, conduit, alors qu’ils sont intelligents, à tenir des propos imbéciles. Il est vrai que "Meilleur est le méchant, meilleur est le film." (Alfred Hitchcock.)

          La paix civile est condition de liberté, d'égalité et l’Etat en est le garant. En affirmant l’ Etat chez lui, l’Etat sur ses deux pieds, l’Etat dans les quartiers, Fabien Roussel a eu le grand mérite de placer l’exigence de tranquillité publique à sa juste place, au cœur de la question sociale et de la promotion des valeurs républicaines.

          Selon moi, c’est ce qu’il faudrait, avant tout, retenir. Est-ce trop demander ?

 

 

 

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