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Le Club de Mediapart jeu. 29 sept. 2016 29/9/2016 Édition de la mi-journée

Réflexions sur la stratégie du clivage

Nicolas Sarkozy est-il vraiment devenu fou? On peut être interrogateur sur la stratégie de l’Élysée. Il cumule les déclarations fracassantes en vue de l'électorat conservateur pourtant minoritaire.

Nicolas Sarkozy est-il vraiment devenu fou? On peut être interrogateur sur la stratégie de l’Élysée. Il cumule les déclarations fracassantes en vue de l'électorat conservateur pourtant minoritaire. Le gain en terme d’électorat reparti vers le Front National peut paraître limité vu la réprobation suscitée dans la droite modérée et au centre. Il en va tout autrement si l'on considère que la radicalisation du débat clive aussi la gauche et le centre.

Nicolas Sarkozy reste un stratège politique hors pair. Il a parfaitement identifié que ses challengers les plus menaçants sont les plus centristes. Un social démocrate comme Dominique Strauss Kahn le battrait bien plus certainement que Martine Aubry. Une écolo-centriste comme Eva Joly est bien plus redoutable pour lui qu'une Cécile Duflot. Car ces candidats sont capables de regrouper au deuxième tour des présidentielles, les voix centristes et celles de gauche. Pour cette raison, l'homme à abattre de la première partie du quinquennat a été François Bayrou. Des moyens immenses ont été déployés pour débaucher l'un après l'autre les anciens UDF dès les législatives. On a fait en sorte qu'il n'y ai qu'un minimum de candidats MoDem élus aux municipales. A Pau, on est même allé à l'alliance contre nature avec le PS pour empêcher le leader centriste d'être élu. L'Elysée a soutenu Europe Écologie aux européennes, car le mouvement écologiste a une base électorale commune avec le MoDem... Maintenant que François Bayrou est moins menaçant, l'attitude de nombre de médias est moins complaisante avec Europe Ecologie: Eva Joly tout d'abord encensée serait brutalement devenue très limite sur les questions autres que judiciaires, les Verts auraient pris le contrôle d'un mouvement amené à se radicaliser et où les querelles internes redoublent... Europe Écologie semble pris de MoDemite: le mouvement serait-il devenu trop dangereux?

Le meilleur moyen de couper l'herbe sous le pied des dangereuses candidatures sociales démocrates, écolo-démocrates ou centristes est de radicaliser le débat. Il vaut mieux déclencher une escalade verbale où l’affect prime que de poser les bases d'un vrai débat de société où les candidats les plus posés pourraient affirmer une stature présidentielle. L'absence de débat sur les retraites est un exemple du genre. Dès qu'on analyse un tant soit peu la problématique, on s’aperçoit que le véritable enjeu est la place du travail dans une société qui n'arrive pas à garantir le plein emploi. Reculer l'age de la retraite sans améliorer l'emploi des seniors est une escroquerie. La Finlande qui a réformé il y a 12 ans sa politique d'emploi des seniors a un taux de chômage chez les seniors à 4% et réquilibré ses comptes sociaux! Alors même que le pays descend en masse dans la rue pour contester l'absence de dialogue et le caractère injuste de la réforme proposée, le gouvernement s'obstine à passer en force quitte à déclencher une grève générale. On pourrait trouver cette stratégie suicidaire, mais elle commence à porter ses fruits. Alors qu'au départ beaucoup d'idées souvent novatrices ont étés proposées: système à points, salaire de vie... Ce sont les déclarations les plus radicales et clivantes comme la promesse par des dirigeants socialistes de revenir à la retraite à 60 ans en 2012 qui sont les plus audibles.

En se radicalisant, le mouvement renforce la gauche plus radicale et augmente les chances de voir Martine Aubry choisie par les militants socialistes aux primaires au détriment de Dominique Strauss Kahn. Elle renforce aussi ses chances de ne pas être dépassée au premier tour par Eva Joly. Mais au final, la radicalisation du PS diminue les chances que des électeurs centristes votent au deuxième tour pour un parti prônant le retour à la retraite à 60 ans.

La prochaine étape sera un recentrage très net de la politique gouvernementale. Très probablement en nommant Jean-Louis Borloo premier ministre. Ce dernier mènera à n'en pas douter une politique écolo-centriste, regagnant du terrain sur cet électorat pour avoir une base suffisante pour gagner le deuxième tour de la présidentielle. Reste à savoir si les postures clivantes, issues du débat sur l'identité nationale, le virage sécuritaire et la politique d'immigration n'ont pas définitivement vacciné cet électorat contre un vote Sarkozy au deuxième tour...

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Tous les commentaires
  • 26/10/2010 23:18
  • Par B MD

Strauss-Khan un socialiste??? Où avez-vous vu ça à part dans la propagande sarkozyste?

Un socialiste serviteur des banques, grand ami des USA et des Sionistes, qui affame le monde par chantage à ses dirigeants pour qu'ils cassent du service public et serrent de trois crans supplémentaires la ceinture à tout le monde déjà accablé???

Confessions of an economic hitman- John Perkins va vous expliquer le FMI; il est aussi en vidéo en ligne.