henri.pepin
Abonné·e de Mediapart

4 Billets

0 Édition

Billet de blog 16 août 2017

henri.pepin
Abonné·e de Mediapart

Macron est dangereux. Que faire à gauche?

Sa véritable légitimité, Macron la doit aux forces qui l'ont propulsé au sommet de l’État à partir du haut, des forces étrangères au bien commun. Macron représente le cœur d'une haute administration qui a enfin conquis directement le pouvoir. Cet effondrement du politique au profit du "management" et des intérêts particuliers est une situation exceptionnellement dangereuse. Que faire à gauche?

henri.pepin
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Macron est dangereux.

Macron est un pur représentant de ce que Bourdieu appelle la « noblesse d’état » : Lycée Henri IV, rate Normale Sup, ENA, inspection des finances, intérim de la direction de l’inspection des finances, banquier chez Rothschild. Un pur produit de l’élite et du monde de la finance.

Il doit son ascension fulgurante à son carnet d’adresse et à son profil de premier de classe dévoué aux intérêts financiers. Il a été perçu comme une opportunité par le monde de la haute administration, ainsi que par les mondes financiers et industriels, tous liés par une consanguinité de formation et de diplômes. Il permet de sauvegarder au mieux leurs intérêts après un président certes dévoué mais faible et ayant perdu toute légitimité. Pour réussir il fallait apparaitre au-dessus des grands partis traditionnels largement discrédités dans l’opinion, car perçus comme autant interchangeables qu’impuissants dans la conduite des affaires. Macron a réussi un sans-faute sur ce terrain, servi par de grandes ressources financières, une grande intelligence tactique,  les erreurs incroyables de ses adversaires et l’adhésion de beaucoup de Français gagnants de la mondialisation.

Macron est dangereux, car il est, de fait, le fondé de pouvoir des intérêts qui l’ont propulsé au sommet de l’Etat directement à partir du haut. Sa véritable légitimité il la doit aux forces qui sont derrière lui, des forces étrangères au bien commun et à la politique comprise comme servante de l’intérêt général ; il ne la doit pas au peuple. L’élection présidentielle a donné une onction qui n’est qu’un leurre. Ayant tous les pouvoirs, il va être amené à exercer un pouvoir autoritaire et arrogant pour maintenir les intérêts des forces qui l’ont porté là où il est. Il va appliquer l’agenda ultra-libéral d’ajustements structurels voulu par la Commission européenne sous la pression de l’Allemagne.  Cela est déjà à l’œuvre, avec entre autres :   la casse du code du travail et la primauté des contrats individuels d’entreprise, la restriction des libertés individuelles à travers la banalisation liberticide de l’état d’urgence et bientôt le démantèlement planifié du système de protection sociale.  Il faut ajouter à cela une politique inacceptable vis-à-vis des réfugiés qui bafoue les droits fondamentaux.

Macron est dangereux, car les Français ont à leur tête un homme qui représente le cœur de la haute administration. Cette haute administration dirige la France depuis très longtemps, mais toujours, jusqu’à présent, par l’intermédiaire politique. Désormais elle a conquis le pouvoir direct après avoir écarté les caciques politiques de gauche, du centre et de droite. Le pouvoir d’Etat va être exercé par une caste de même formation intellectuelle grisée de son succès et avec l’ambition de réformer de force la France. L’absence de contre-pouvoirs véritables renforcée par la domination d’un groupe parlementaire godillot pléthorique qui doit tout à Macron, va accroitre l’arrogance de cette haute administration et l’éloigner encore plus des Français. 

Que faire à gauche?

Tout d’abord, bien comprendre la situation exceptionnellement dangereuse dans laquelle on se trouve et en mesurer les conséquences. L’élite des technocrates a pris le pouvoir et va l’exercer sans états d’âme car elle n’est pas habituée à rendre des comptes. Au sommet de l’Etat, tout se passe comme s’il y avait un effondrement du politique au profit du « management ».

Ensuite, ne pas se situer dans la seule opposition, mais travailler à développer et à populariser une vision alternative du monde qui soit comprise et désirée par le plus grand nombre. Il s’agit de produire les armes intellectuelles adéquates, ainsi que les espaces relais qui permettent les résistances intellectuelles et populaires. Chacun des groupes de gauche a quelque chose à apporter à cette renaissance de l’optimisme. La défiance à l’égard des institutions et de la classe politique s’enracine dans un sentiment très profond : celui d’être impuissant face à son sort et à celui de ses semblables

Aussi et surtout, arrêter la fragmentation en petites chapelles à un moment politique critique. Il y une véritable urgence à se rassembler. Il faut un pôle de rassemblement et pour moi maintenant, c’est de toute évidence, « la France insoumise » de Mélenchon . Ce dernier peut agacer certes ; il ne faut pas s’arrêter à cela. Son mouvement représente l’élan de renouveau de loin le plus important et le mieux perçu par le peuple de gauche. Malgré les critiques, parfois justifiées à son endroit, il s’agit, du moins je le pense, d’un mouvement capable d’accueillir une pluralité d’idées et d’évoluer. Il est le mieux placé pour produire les armes intellectuelles et les espaces relais dont la gauche a besoin. Il faut aussi reconnaitre que les « Insoumis » font la preuve d’une combativité remarquable à l’Assemblée Nationale. La page est tournée pour le Parti Socialiste comme elle l’était pour la SFIO à la fin des années 1950. Deux partis discrédités pour avoir trahi leur raison d’être. Issus du Parti Socialiste, il y a, entre autres, la Gauche Démocratique et Sociale avec Filoche, ainsi que le Mouvement du 1er juillet avec Hamon. Ces groupes, avec d’excellentes idées, sont faibles et ne peuvent se présenter chacun comme le pôle de rassemblement. Les Verts sont terriblement affaiblis. Les communistes sont eux-mêmes divisés sur leur relation avec la France insoumise. La dispersion des forces est inquiétante et n’est pas à la hauteur des dangers et des enjeux actuels. Pour changer la trajectoire de l’histoire à un moment critique, il faut être rassemblé.

Enfin, être prêt à exploiter, avec une vision alternative crédible, les inévitables erreurs et faux pas que va commettre une « noblesse d’état » si loin du peuple, ainsi que les inévitables échecs qu’elle va rencontrer. La politique économique est la même, en plus dure, que celle de Hollande et se traduit par : austérité, chômage persistant, inégalités accrues. Il ne faut pas s’attendre à un changement de cap du conservatisme allemand qui va continuer à profiter sans partage de son monopole de zone de prospérité européenne, compte tenu de la docilité de Macron et de l’éloignement des menaces représentées par l’extrême-droite.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte