La PrEP en questions (introduction)

Introduction à une série d'articles présentant une critique argumentée de la mise en place de ce nouvel outil de prévention du sida auprès des gays.

La PrEP, prophylaxie pré-exposition, consiste à proposer aux personnes séronégatives de prendre à titre préventif un médicament antirétroviral[1], de même nature que ceux que l’on donne aux séropositifs pour contrôler le virus, afin de se protéger du risque de contamination au VIH. Ce procédé est en train de se populariser et d’être expérimenté auprès des gays, public considéré comme le plus à risque.

Cet outil « high tech » de la prévention, fait la une des médias, figure en vedette dans les programmes des conférences scientifiques internationales, et commence à être mis en place dans les politiques de santé publique. Il s’est établi peu à peu un consensus apparent sur l’intérêt de ce nouvel outil. Face à une telle unanimité, il est devenu difficile d’exprimer publiquement des doutes et d’exposer un avis contraire : on est aussitôt taxé de marginal, de réactionnaire, voire de négationniste[2] !

Pourtant c’est bel et bien mon expérience d’activiste gay et ma connaissance approfondie de l'histoire du sida[3] qui m'amènent à ne pas être d'accord avec la manière dont on introduit la PrEP chez les gays, en la présentant comme l'outil idéal de prévention, au détriment notamment de l'usage du préservatif.

La communauté gay me semble entrainée par certaines associations de lutte contre le sida, alliées aux intérêts d’un laboratoire pharmaceutique, dans une spirale qui risque de déboucher sur un scandale sanitaire. C’est pour cela que j’ai souhaité publier cet argumentaire, pour poser clairement toutes les questions soulevées par la mise en place massive de la PrEP, proposer une politique alternative, et prendre date avec ce qu’il adviendra dans les prochaines années.

1) Comment fut construit le consensus en faveur de la PrEP ?

Le consensus en faveur de la PrEP est issu d’un plaidoyer, orchestré par une coalition d’acteurs intéressés par sa mise en œuvre. Il a été établi à l’aide d’une campagne de communication couteuse et savamment organisée. De sérieux conflits d’intérêts existent.

2) IPERGAY : un essai démonstratif pas hyper convaincant

Comment un essai thérapeutique conçu pour administrer la preuve scientifique de l’efficacité de la PrEP a surtout été utilisé pour réaliser une campagne marketing de grande ampleur auprès du public gay.

3) Le mirage d’une nouvelle libération sexuelle

Le plaidoyer en faveur de la PrEP s’appuie sur une promesse faite aux gays : retrouver la liberté sexuelle mythique qui aurait existé avant l’apparition du sida. Cela s’apparente à de la publicité optimiste : la nouvelle libération sexuelle est placée sous haute surveillance médicale, elle va dépendre de l’industrie pharmaceutique et de la générosité des assurances sociales.

4) Le talon d’Achille de la PrEP : la flambée des IST

La mise en place de la PrEP en sabordant la culture du safer sex va amplifier la recrudescence des IST. Le suivi médical des usagers de la PrEP ne permettra pas de limiter les autres IST si les conseils donnés se polarisent sur la prescription du médicament en délaissant, voire en dévalorisant, la prévention comportementale traditionnelle.

5) Un « cout-efficacité » calculé à la va vite

Les calculs économiques présentant la PrEP comme « coût-efficace » se basent sur des hypothèses discutables, ils omettent les coûts externes et l’existence d’outils alternatifs moins onéreux.

Conclusion :
Santé des gays : pour un transition sexuelle écologique

 

[1] Le médicament expérimenté est le Truvada du laboratoire GILEAD.

[2] A la suite de la publication d’un texte critique sur la PrEP, intitulé « la sexualité gay : le bonheur dans la PrEP ? », j’ai subi une avalanche de réactions hostiles sur les réseaux sociaux, rarement argumentées, souvent insultantes. Ainsi Michel Bourrelly, Président de l’association Paris sans sida, mise en place par la Mairie de Paris m’a qualifié sur facebook de « négationniste du sida ».

[3] Je milite dans le milieu gay depuis les années 80, j'ai écrit un livre sur les jeunes gays séropositifs en 2012 (Génération trithérapie), j'ai monté en 2013 un collectif "Parlons Q le sexe gay dans tous ses états", qui a organisé des dizaines de rencontres, réuni des centaines de personnes concernées. J'ai animé le pôle santé du centre LGBT de Paris, nous y avons fait une enquête qui a recueilli 2600 réponses. J'ai rencontré des dizaines de professionnels de santé pour ébaucher un réseau de santé LGBT. Dans la discothèque parisienne où je travaille depuis 20 ans, je côtoie chaque weekend des centaines de gays et j’y reçois tous les dimanches les associations LGBT.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L’auteur·e a choisi de fermer cet article aux commentaires.