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Le Club de Mediapart ven. 12 févr. 2016 12/2/2016 Édition du matin

Le besoin d'obéir

"J'ai besoin d'obéir. Obéir et c'est tout. Manger, dormir, obéir".

(Jean-Paul Sartre - Les mains sales - III - scène IV)

Comment faut-il entendre ce "besoin d'obéir" ? Chez Sartre le problème se pose dans sa pièce chez un intellectuel. Mais on pourrait avancer qu'il en va de même pour tout homme, l'intellectuel n'ayant que la conscience de ce besoin ce qui le rend problématique face à des pensées qui entrent en conflit avec ce besoin d'obéissance. Manger, dormir et obéir..., deux fonctions du corps et une de l'esprit. On peut y distinguer ce qui relève de la nécessité et de la liberté humaine et admettre avec Sartre qu'obéir est tout autant un déterminisme à classer au niveau du corps sans jamais le rejoindre. Ce qu'il faudrait mettre en avant, c'est "obéir à quoi ?"

L'obéissance est la pente naturelle des adultes et non des enfants car elle est la longue et lente maturation de la raison qui oblige à rendre libre. C'est Kant qui dégagea le mieux ce principe. L'obéissance à la loi morale fait de l'homme un être libre. Le problème de la liberté passe par cette notion d'obéissance et d'ordre. Volontairement les hommes se mettent sous la coupe de la servitude. C'est très rarement une servitude morale capable de créer les conditions de l'autonomie mais bien plus souvent une servitude hétéronome, c'est-à-dire qui va le faire dépendre d'une cause extérieure.

La loi d'airain de l'obéissance ne s'applique pour autant que si nous avons bien à l'esprit, quoiqu'elle repose davantage sur un sentiment, un soupçon de la notion du juste et de l'injuste. Car on peut faire taire la révolte de la conscience morale, de l'indignation, bien facilement avec un prétexte rationnel qui sera en rapport avec l'utile ou l'intérêt. Ceci est le sommeil de la honte. Dans cette idée de nécessité de l'obéissance, il faut enfin remarquer que comme on peut manger n'importe quoi, on peut obéir n'importe comment. Alors, il ne s'agira pas de détruire ce besoin ou de lutter contre mais de le régler pour que l'obéissance devienne philosophie pratique.

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Selon moi, obéir c'est accepter de substituer le désir de l'autre à son propre désir, la volonté de l'autre ou la volonté commune, à sa propre volonté. Cela apporte, pour certains, un apaisement, car cela dégage de la nécessité d'exercer son libre-arbitre et d'assumer ses choix. Mais, dans cet acception, l'obéissance n'est, ni plus, ni moins, que de la soumission.

En revanche, quand l'obéissance est un choix, quand on sait que l'on dit oui alors que l'on peut dire non, elle devient une des facettes de l'exercice de notre liberté, celle-ci ne nécessitant pas d'exercer systématiquement son droit d'opposition pour être véritable, au contraire.

La difficulté vient de notre capacité à nous leurrer nous-mêmes, et à prendre pour un libre-choix ce qui n'est qu'une obéissance frileuse à nos instincts prudents et paresseux. L'addiction est un exemple de la façon dont on peut masquer sa soumission sous la revendication du libre-arbitre ( pour ceux qui ne connaissent pas : "J'arrête quand je veux !" est la phrase fétiche de l'addictif qui méconnait son aliénation).