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Le Club de Mediapart lun. 25 juil. 2016 25/7/2016 Édition de la mi-journée

La politique est-elle la guerre ?

La guerre est-elle à l'origine de la politique ? C'est en tout cas ce que laisse entendre Michel Foucault dans "Surveiller et punir".

La guerre est-elle à l'origine de la politique ? C'est en tout cas ce que laisse entendre Michel Foucault dans "Surveiller et punir". Il faut tout de même faire preuve de prudence car, de la guerre, il s'agit essentiellement d'une application à la politique de mécanismes militaires définis sous la forme d'un modèle. La discipline est ainsi un héritage politique dans lequel le "militaire" prend entièrement sa place. Pour aller un peu plus loin, le champ de l'espace politique a mis en place des dispositifs pour maintenir la paix en employant des méthodes militaires (1). Prévenir la guerre au moyen donc de la guerre ou du moins de ses méthodes, tel est le ressort sur lequel nous sommes assis. Stratégie, tactique, habileté..., des armes héritées du champ militaire et employées pour faire tourner sur elle-même la société, comme l'enseignent les écoles de commerce ou comme, s'ennuyant sans doute des larmes des veuves, la guerre économique dévore un peu plus chaque jour les lois de la nature humaine.

On ne résout pas ici la question de savoir si la politique est la continuation de la guerre par d'autres moyens (Clausewitz prétend l'inverse), c'est-à-dire, qui de la poule ou de l'œuf a fait la poule (ou l'œuf), cependant Foucault pencherait plutôt pour la première version, sans précisément circonscrire la question de l'origine, mais en démontrant que la guerre accompagne la politique, dans la politique, pour maintenir ordre et discipline en temps de paix.

Dans la lumineuse première partie du "Citoyen" et dans une préface où le verbe est taillé par des formules à la précision chirurgicale, Thomas Hobbes est bien décidé à nous terrifier. La guerre est l'origine du monde, comme Héraclite l'avait dit avant lui. L'état naturel de l'être humain est de se mettre dessus, de faire un monde où la guerre est le principal rapport pré-social, celui du tous contre tous. D'où la nécessité de l'Etat, d'où le pacte social et d'où, la paix qui en résulte uniquement par pure convention. Les remarques de Foucault deviennent ainsi plus éclairantes. Car ce vieux fond, furieux et bruyant, n'est jamais bien loin dans notre voisinage ce qui pourrait laisser à penser que la guerre, y compris dans la paix, commande à toutes les actions humaines. Au contraire, mais nous n'irons pas jusque là, les cartes sont pour le moins brouillées.

Ce système de la guerre dans la paix imprègne tellement la politique qu'il serait hasardeux, voire tout à fait faux, de prendre le produit de l'Histoire pour la Vérité. N'est vrai que ce qui parvient à actualiser sa puissance. Or rien ne dit que cette puissance soit effectivement la guerre. C'est en tout cas ce que les penseurs du droit naturel, Hobbes y compris, ont bien mis en évidence. L'homme ne veut pas la guerre mais il l'a fait, l'homme n'est pas mauvais mais il fait le mal (2), l'homme est bon mais ne parvient pas à l'être. La généalogie de la surveillance et de la punition de Michel Foucault s'arrête là où commencent les formidables et terriblement lucides descriptions de Hobbes. Si nous ne sommes plus dans le monde du philosophe anglais mais de plus en plus dans celui que décrit Foucault, il nous faut pourtant revenir à ces questions fondamentales pour inventer toujours la politique. L'enjeu est simple : éprouver ce divin dans l'homme qui a semble-t-il disparu de nos écrans et se trouve quelque part par là, tout près, à portée d'une main à laquelle il se dérobe.

(1) "Mais il ne faut pas oublier que la "politique" a été conçue comme la continuation sinon exactement et directement de la guerre, du moins du modèle militaire comme moyen fondamental pour prévenir le trouble civil" (Surveiller et punir - tel Gallimard, p. 197).

(2) On oublie souvent que la fameuse maxime que l'on attribue à Hobbes, mais qu'il reprend de Plaute (Asinaria), "L'homme est un loup pour l'homme" est précédée par : "Et certainement, il est également vrai, et qu'un homme est un dieu à un autre homme..." (Epître au comte de Devonshire). Spinoza reprendra aussi la formule à son compte (Ethique IV - prop. 35).

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Tous les commentaires

Vous n'êtes pas facile, Hestia.

On pourrait facilement échapper à votre sujet tant il est puissant, et tant les chemins de traverses sont séducteurs, ou trompeurs.

Mais la citation de vos références incline à la plus grande humilité, et il ne faut surtout pas s'essayer à commenter ce que vous suggérez de leurs idées, on ne peut rien y ajouter, par contre on sortirait tout à fait de la problématique que vous posez.

D'ici, je considèrerais simplement l'opposition, comme le moteur de ce que vous traitez de l'esprit humain. Une opposition qui s'organise, et où chacun des termes vise à subjuguer l'adversaire.

Le nouvel enjeu que vous suggérez et que nous attendrions, pour espérer quelque part en finir, avec ce problème de l'opposition et de ses travers, ou de ses avantages, dépasse ainsi la somme stratégique ou tactique.

La question qui devient fondamentale, c'est son inverse, l'adhésion.

En cela, la politique, c'est l'anti-guerre.

Là où une opposition s'exprime par la nécessité de détruire la force de l'adversaire, et l'annihilation de ses facultés, voire lui-même, l'autre instille les savantes constructions qui dénouent l'adhésion à l'adversaire, pour se l'approprier.

Les moyens sont ceux habituels du calcul, de la réflexion, de la combinaison, en stratégie, tactique, évaluation des forces.

La guerre et la politique restent intimement liées, elles ont le même objet, la victoire, mais elles n'ont pas, fondamentalement, la même nature.

Alors où chercher ce divin que vous évoquez, le pouvoir de cette lucidité de nature qui concevrait par exemple une harmonie en tout, simplement par la compréhension qu'on a des désordres les plus fous, auxquels on reconnaît la logique et la raison de leur désorganisation?

C'est encore dans l'opposition, celle d'un ordre qui veut s'imposer à un autre.

Il faut donc la nécessaire conception de justice, celle d'un ordre qui a raison, en face d'un autre qui aurait tort.

Tout commence et finit là, le jugement, et sa légitimité.

Qu'on y adhère, et les oppositions tombent.

Le multiple des conceptions individuelles empêche la stase d'un ordre définitif, mais permet assez d'organisation dans la collection de suffisamment d'adhésions à un ordre qui en devient juste.

L'humain reste encore une fois la seule variable, comme la seule valeur fondamentale. La première clé du problème, est toujours en soi-même.

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